‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 45 sur 144 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

OÙ L’ON VERRA COMMENT FRANÇOIS DE XAVIER ALLA DE YAMAGUCHI À FUNAÏ ET RETOURNA DANS L'INDE,

(Septembre-novembre 1991)

Tous les faits accomplis, durant les deux derniers mois du séjour de François au Japon, le P. Frois les résume en une page :

Le Père Maître François désirait cependant répandre la Foi en d’autres royaumes; mais il voulut laisser à Yamanguchi quelqu'un, pour y conserver les chrétiens déjà faits et poursuivre l’œuvre de la conversion des païens, et aussi leur garder la faveur du Roï. Il appela donc à Yamanguchi le Père Cosme de Torres et l’y établit, avec le Frère Jean Fernandez, ainsi que les deux garçons; et lui, en compagnie de quelques païens convertis et de Bernard et Mathieu, jeunes convertis de Cangoxima et de Yamanguchi, s’achemina, à pied, au royaume de Bungo. [ls prirent la direction du port de Figi, à soixante lieues de là, où il savait qu'était récemment abordé le vaisseau de Duarte da Gama.

Le Roï de Bungo était alors à Funaï, qui est la principale ville du royaume. IT fut extrêmement joyeux de voir le Père, et, quoique jeune encore en ce temps, il sut apprécier et honorer ses mérites. Les Portugais lavaient, 1l est vrai, renseigné

et instruit : jamais encore Roi du Japon ne s'était montré,

aussi affectionné aux Portugais et aux prédicateurs évangéliques. Ne pouvant, comme 1} leût désiré, retenir le Père François, qui devait retourner dans lInde, 1l envoya, en sa

compagnie, à Goa un ambassadeur, chargé de faire un traité.

d’amitié et d'alliance avec les Portugais. Grâce aux entretiens qu'il eut avec le Père François, durant la traversée, cet am-

bassadeur se fit depuis chrétien, et le Père François lappela

Lorenzo Pereira ; 1l vit encore, à Bungo. Le Roi pria instamment le Père ani oe d'obtenir qu’on lui envoyât, de Goa, quelques Pères de la Compagnie : « Ils résideront à Funaï, près de mot, disait le Roï, et je les favoriserai plus que

ne pourront faire tous les autres rois du Japon. » Le Père … François promit d'envoyer ou de demander ces mission=

naires.

Outre l’ambassadeur, le Père François amena avec lui deux Japonais chrétiens, qui désiraient aller voir l'Inde et les choses d'Europe. L'un, Mathieu, après avoir passé un mois au collège de Goa, y mourut de maladie : 1l était natif de Yamanguchi.

L'autre, appelé Bernard, originaire du royaume de Saxuma,

avait une physionomie peu agréable (peu à vendre), mais beau-

coup de dons meilleurs : tout le monde était charmé de sa vertu, de sa dévotion, de son zèle pour la Foi. Plus tard, Maître Gaspard, en vertu d’un ordre du Père Maître François,

Penvoya à Rome. Il y fut accompagné par le Frère Alexandre

Fernandez. Là il passa quelque temps, et, lorsqu'il eut assez.

admiré les merveilles de Rome, il revint en Portugal, où il tomba malade et mourut,

IE

La relation de l’Annaliste de Macao est plus circonstanciée :

Tandis que les choses prospéraient ainsi à Yamaguchi, un vaisseau portugais, ayant pour capitaine Duarte da Gama, aborda au port de Figi, du royaume de Bungo. Des marchands japonais en donnèrent nouvelle à François, qui aussitôt expédia à Figi le chrétien Mathieu, avec une lettre pour le Capitaine et les marchands du vaisseau : 1l leur demandait

quelques renseignements, et leur annonçait une visite pro-

chaine, à l’occasion de laquelle 1l les confesserait.

D’après Fernand Mendez Pinto, cette lettre était ainsi Conçue :

L'amour et la grâce de Jésus-Christ, notre vrai Dieu et Seigneur, fasse, par sa miséricorde, continuelle demeure en vos âmes.

Par certaines lettres d'avis, venues de la ville où vous êtes,

les marchands d'ici ont eu la nouvelle de la bonne venue de vos mercedes ; mais cette nouvelle, me paraissant moins vraie

que ne le désire mon cœur, je me suis déterminé à envoyer

ce chrétien, pour en avoir la certitude.

Je vous prie donc vivement de me faire savoir d’où vous venez, de quel port vous êtes partis, en quel temps vous avez résolu de retourner en Chine, car je voudrais (si c'était le bon plaisir de Dieu, Notre-Seigneur) faire le possible pour aller, cette année, dans l’Inde. Dites-moi vos noms, celui du vaisseau, celui du Capitaine; donnez-mot les nouvelles les plus

sûres de Malaca : la ville est-elle en paix ? Et préparez-vous à … dérober un peu de temps à vos négoces, pour examiner vos

consciences ; parce que c’est à une fasenda où le gain est

plus assuré qu’à la soie de Chine, pour tant que vous doubliez, à la vénte, le prix d’achat: — je suis, en effet, décidé, s'il

plait à Dieu Notre-Seigneur, à me rendre vite là-bas, auprès de vous, — dès votre réponse reçue. ï Jésus-Christ Notre-Seigneur vous tienne tous de sa main, : et vous garde, cette vie durant, en sa grâce, pour Son saint service. Amen. LE De cette ville de Ayamanguchi, le 1°" septembre 1551. Frère, en Jésus-Christ, de vos Mercedes.

FRANGISCO À. 10 L’Annaliste de Macao reprend :

Les Portugais répondirent avec grande affection, et ils remirent à Mathieu les lettres qui venaient à François des Pères de Goa. Le Duc de Bungo, Yoxixighe, connaissait déjà, par le bruit public, la science et la sainteté de François ; 1l le savait en grand crédit auprès du Gouverneur de l’Inde, et il dési= rait, pour les intérêts du commerce, entrer en relations amicales avec le Portugal. Pour ces raisons, il écrivait lui-même à François. Sa lettre est ainsi conçue : |

« Ge que J'ai oui dire de vous, dans ces derniers temps, m'a donné grand désir de vous voir et de m’entretenir avec vous personnellement; mais, jusqu’à présent, occasion ne s'était pas offerte à moi de contenter mon désir. Or, voici que je suis informé par les Portugais que V. R. se détermine à venir en ce mien royaume ; chose qui me fait grand plaisir, et je suis tout à l'émotion que me cause l'espérance de votre prochaine arrivée, Ce que J'aurais encore à dire, je le réserve pour le jour de notre entrevue. Le Duc de Bungo, Yoxixighe. » -

Ces lettres donnèrent bien de la joie à François, parce qu’elles lui faisaient entrevoir de nouvelles :

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