‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 56 sur 144 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

OÙ L'ON ENTREVOIT QUELLES DURENT ÊTRE LES SOLLI- CITUDES DE FRANÇOIS DE XAVIER, EN ARRIVANT DANS L'INDE.

(Fin décembre 1551, février 1552)

La lettre que François écrivait, de Yamaguchi, aux Pères de Goa, au mois de mai 1551, autorise à penser que l’apôtre n’avait pas, alors, le dessein de s'éloigner du Japon. Si le vaisseau portugais, abordé à Firando, à la fin de l’année 1549, lui apporta des nouvelles de l’Inde, ces nouvelles ne purent rien ajouter de notable à ce qu’il savait déjà; et, de novembre 15/49 au mois de mai 1551, les relations entre l’Inde et le Japon demeurèrent interrompues. Trois mois plus tard, François se décide à partir ; il Juge nécessaire son retour immédiat à Goa; quelles raisons le déterminérent, nous l’apprenons de ses premiers historiens.

L'Annaliste de Macao écrit : « Des lettres, venant

… de Goa, que lui apportaient les Portugais débarqués

à Figi, lui montrèrent nécessaire son retour dans. l’Inde. »

Le P. Valignant : — « François parut, se croyant obligé de veiller de plus près au bien de la Compaenie dans l’Inde ; 1l avait, d’ailleurs, besoin de Sy rendre pour recruter les missionnaires qu’il enverrail au Japon, et préparer l'expédition apostolique en. Chine, qu’il méditait. » |

Le P. Frois : « Le Roi de Bungo ne put retenir François, qui devait se rendre dans l'Inde !, »

Ce que François apprit par les lettres reçues à Yamaguchi, en septembre 1551, si toutefois il en reçut, d’autres lettres, envoyées de Goa à Lisbonne ou à Rome, de 1549 à 1552, nous lapprendront :

Notons, d’abord, que Gracia de Saa, mort le 6 juil-

1. Nous ne retrouverons pas, de longtemps, le P. Valignani et le P. Frois; un mot sur leur vie et.leurs mérites sera done, ici, bien placé :

Le P. Alexandre Valignani, né à Chieti oh de Naples, Abruzze- Citér.), le 24 octobre 1537, d’après le P. Boero, — le 20 décembre 19538, d’après le P..Sommervogel, — en 1539, d’après le P. Bartoli, fut admis au noviciat, le 29 mai 1566. Nommé visiteur des Missions de l'Orient en 1573, . il partit de Lisbonne, avec de nombreux missionnaires, le 23 mars 1574, et arriva à Goa, le 6 septembre de la même année. Il aborda au Japon, pour la première fois, au mois de juillet 1579. L'histoire de ses travaux remphrait des volumes. Ce digne successeur de l’apôtre des Indes et du Japon mourut en une ile proche de Macao, le 20 janvier 1006.

Le P. Louis Frois, arrivé au Japon en 1563, y mourut, à Nangazachi, le. 8 juillet 1597. Son nom est glorieusement associé à celui du P. Valignani et de tous ceux dont les ne qualités et les hautes vertus firent le mieux revivre François de Xavier sous les yeux des Japonais. On le trouve ainsi loué par tous les historiens et annalistes de la Compagnie de Jésus.

Pourquoi l’excellent travail du P. Frois (//isloire du Japon) n’a-tl Jamais été publié ni, ce nous semble, utilisé? Le P. Franco (Annus glor'rosus. p. 381) se le demandait, au commencement du dix-huitième siècle, et il ne savait que répondre,

let 1949, tandis que François naviguait vers le Japon,

eut pour successeur le Capitan de Baçaïm, Jorge

Cabral, duquel Correa résume les louanges en ces deux mots : © Il fut le premier Gouverneur qui eût sa femme dans l'Inde. Cabral ne vola rien : il se contenta du bon salaire qu il plut au Roi de lui donner. » Cabral ne devait gouverner que jusqu’à l’arri-

vée d’un Vice-Roi : Afonso de Noronha arriva, avec

ce litre, à Goa, vers la fin de novembre 1550, un an avant que François s’éloignât du Japon pour retour-

ner dans l'Inde.

Gracia de Saa eut l'honneur d'accueillir et d’installer les dominicains à Goa, et il reprit, moins heu-

reusement, avec le P. Antonio Gomez, l'affaire de la

conversion du Roi de Tanor, que Diogo de Borba aval sagement tenue pour suspecte. François venait de s’embarquer, à (Goa, pour le Japon, lorsque Antonio Gomez associa son zèle à celui du Gouver-

neur. Si l’on en croit Correa, le zèle de Gomez alla

au-delà de ce que voulait de lui la sagesse du Gou-

verneur Gracia de Saa, de son successeur Jorge

Cabral et de leur Conseil; et lorsque François arriva à Goa, 1l y trouva et Gomez, et le Vice-Roiï, et PEvéque gravement compromis, en celle affaire.

Quelques extraits de lettres, sous forme de chro=

nique, achèveront, maintenant, de renseigner le lec-

teur au sujet des faits qui, d'avril 1549 à janvier 1992

auraient intéressé ou préoccupé François de Xavier, s’il les avait connus :

Francois n’était pas encore à Malaca, lorsque, Il 1R

au milieu de mai, à Comorin, dans la région de Remanancor, le P. Antonio Criminale, à l’âge de vingt-neuf ans, était mis à mort par les Badages et les Mores, en haine de la Foi. Gomez écrit : (Jésus Notre-Seigneur n'oublie pas sa Compagnie : voilà le. P. Criminale décoré de la couronne du martyre: j'aurai soin de faire retrouver et garder ses reliques; c’est un trésor précieux que Dieu donne à la Compagnie de Jésus. » François, lui aussi, se réjouira sans doute ; mais il ne pourra que ressentir vivement la perte d’un tel homme, lui qui, au mois de janvier précédent, écrivait à saint Ignace : « Antoine Criminal est à Comorin, avec six autres ; Croyez-moi, c'est un saint; il est né pour cultiver ces contrées. ». Le P. Enrique Enriquez, prit, à la place de Criminale, la charge de supérieur; mais le P. Criminale disparu, Enriquez gémit : « Pères et Frères, sans lui, quelle solitude est la nôtre! Sa mort a vivement affligé nos chrétiens ; ils ont perdu leur père, et nous sommes orphelins comme eux. »

Le départ d’un tel chef était d’autant plus regrettable, que la chrétienté de Comorin devenait merveilleusement florissante, depuis que les missionnaires commençaient d'instruire les peuples en parlant la langue du pays et que, devenu supérieur, le Père Enriquez se plaignait de ne plus trouver de loisirs pour composer grammaires, vocabulaires et autres écrits dont ses frères ne pouvaient se passer !; encore 1. Plus haut, nous avons hier François bénir Dieu de la grâce que le

P. Enriquez eut d'apprendre vite et bien le tamoul. Un missionnaire écrit : « Orationes sunt aliquot a Patre Enriquez in malavaram linguam versæ ;

Pre, MONT LS ‘4

L'INDE, FRANCOIS absent (1549-1552). 179 Enriquez, le seul capable de diriger les œuvres de Comorin, eut-il, peu après le départ de François, à se défendre contre l'autorité plus que douteuse d’Antonio Gomez, qui voulait faire de lui son messager auprès du Roi de Tanor.

Antonio Gomez allait fui-même, de mi-avril à miseptembre 1549, perdre cinq mois de labeur auprès d’un homme qui né voulait que tromper, et il l’attirat ensuite à Goa : là, le Gouverneur, l’'Évêque, les gentuilshommes furent joués, à leur tour. Baptüisé, à Tanor, le Roi fut confirmé à Goa, dans le collège de Sainte-Foi. Et le Gouverneur et l’'Évêque allèrent, peu après, subir une mysüfication nouvelle dans les États mêmes de ce Roi, que l’on revit bientôt aussi païen qu'auparavant et, de plus, ennemi déclaré des Portugais. |

Tandis que ces choses se passaient, François était

à Cangoxima. 3

Durant l’année 1550, alors que le Saint allait de Cangoxima à Firando, à Yamaguchi, à Miyaco, posant partout les fondements d’édifices nouveaux, Antonio Gomez démolissait, à Goa, l’œuvre de Diogo de Borba, devenue celle de la Compagnie, et 1l préparait la ruine des œuvres de François [ui-même et

de ses frères, en déconcertant, d’une part, la bonne é K L volonté des ouvriers de l’heure présente, tandis que,

d’une autre, il leur recrutait et préparait des sucéesseurs incapables de poursuivre leurs travaux.

nam in his quas P. M, Franciscus transtulerat, multa erant quæ mutari oporteret. » (Ayuda, Leltres des Indes, Select, eprst., p. 120.)

Ces démolitions, on les entrevoit imminentes,

quand on écoute Gomez lui-même, écrivant au Roi de Portugal : &Il ne saurait venir de Portugal au-

tant d'hommes qu'il en faut pour notre grande entreprise : il est nécessaire de recevoir, ie, des Frères de la Compagnie ; nous en avons déjà, dans ce collège, qui se forment aux Lettres et aux ver-

tus : le Père Simon vous informera à plein de tout

Cela: 2

À Simon lui-même Gomez écrit :

« Avec les enfants et Jeunes gens de ces pays, natures dépourvues d'idées surnaturelles et d’es-

prit de morlificauon, J'ai bien de la peine à tout-

réduire à la forme du collège de Coïmbre. J'ai exposé à Maître François la facon de procéder de Ia Compagnie dans les collèges; je lui ai dit ce qui se fait au collège de Coïmbre et quel esprit v règne. Maître François s’en est ébahi : il semblait n’y pas croire, tant 1l désirait que cela fût ainsi. Je lui ai expliqué comment, au sentiment du Père Ignace et de V. R., le nerf, la force de la Compagnie est dans la création de collèges, où soient instruilts aux Lettres et formés à la vie spirituelle ceux qui auront ensuite à faire fruit dans le monde, et que notre visée principale en ces pays devait être d’y propager en tout lieu Ja Compagnie; ce qui ne se pouvait faire sans collé-

ses. Je lui ai longuement exposé tout cela : 1l

en a été fort content... »

Enfin, à saint Ignace, Gomez écrit :

« Le Père Maître Simon m'envoya ici, en 1047,

« avec charge de gouverner ce collège de Sainte-Foï. « Le Père Maître François est allé au Japon : nous € espérons tous qu’il y fera beaucoup de fruit, si ar- « dents sont les désirs que nous avons vus en lui. Il « y a, dans ce collège, vingt et (ant de Frères de la « Compagnie, séparés des garçons du pays : ils « commencent d'apprendre la grammaire, et sont

« déjà avancés et exercés en divers offices et très

« adonnés à l’oraison. Les jeunes Portugais qui & arrivent ici sont fort ignorants : il est très néces- « sare que V. R., chaque année, nous envoie le plus € qu'il pourra de jeunes gens nouvellement admis, «€ pourvu qu'ils aient appris le lan, parce que ici,

« dans ce collège, on les éprouvera...!, »

Antonio Gomez, on le voit, avait bien pris au sérieux sa mission de 1547, qui ne lui venait ni de François n1 d’Ignace; et d’autres, malheureusement, n’avaient pu que la prendre au sérieux comme lui : de ce nombre étaient les Gouverneurs, les hommes puissants, tels que Cosme Anes, et l’'Évêque luimême. Encore Antonio Gomez ne laissait-1l pas ignorer à ceux des personnages, qu'une telle considération pouvait lui affecuüonner, qu'il leur serait bon patron, bon avocat auprès du Roï. Cosme Anes, de 1549 à 1901, eut à craindre d’être rappelé en Portugal, pour se montrer, de concert avec d’autres, opposé à certains actes de l’administration des Gou-

verneurs. Antonio Gomez, sans accuser les Gouver-

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