‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 57 sur 144 · Select, epist., pp · texte numérisé non relu

Select, epist., pp

neurs, plaidait la cause de Cosme Anes, Il écrivait

au Roi :

« Cosme Anes dans sa charge de Vedor de fasenda, rend grandement service à V. A.; il prend beaucoup de soin de ce collège, dont il fut le fondateur, et quand il n’aurait ici qu’à soutenir cette œuvre, V. A. l’v devrait laisser... Il semble

que Jorge Cabral, depuis qu'il est Gouverneur, a

erandi encore, et pour le zèle à votre service, et pour la sagesse dans la direction des affaires. L’Evêque aide beaucoup aux conversions, par les

‘aumônes qu'il fait aux nouveaux chrétiens...; ses

saints exemples nous aident bien à vivre... Il dépense beaucoup en bonnes œuvres, et il a peu de revenus. V. À. devrait bien avoir égard à ses longs travaux, à son âge : toute merced de V. A. est bien placée dans ses mains; il n’en fait que bon emploi... Ces jours passés, 1l a donné les saints Ordres à quelques-uns de nos Frères. Ce fut au collège qu’il confirma le Roi de Tanor... »

Aucun intérêt humain ne touchait le saint Evêque

de Goa; mais Antonio Gomez était, à ses yeux, en l’absence de François de Xavier, le premier ou principal représentant de son autorité et de celle de Saint Ignace dans les Indes : 1l ne faut donc pas

étonner que, le 28 novembre 1550, au lendemain

d’un acte d’étrange inconsidération d’Antonio Go-

mez, l’'Evêque de Goa le recommandât ainsi, en une lettre adressée à Simon Rodriguez et à saint Ignace :

Que V. R, envoie des Pères choisis entre les plus doctes,

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mortüfiés, vertueux, ardents pour le bien des âmes, car il les

faut tels en ce pays; et bien que je sois persuadé, — et tout

le monde avec moi, — que dans la Compagnie de V. R. tous ont ces qualités, 1} me semble qu'il ne se perd rien à vous rappeler ce qu'il nous faut.

Le Père Antonio Gomez frucüfie et prêche angéliquement ; c’est une plante d’où procède beaucoup de fruit en ce pays : la vie, le renom, l'exemple, la doctrine, sont chez lu principes de bien, etc.

Tout ce que V. R. me commandera, pour difficiles et labo

rieuses que solent les choses, tout ce qui sera en moi et où mes forces atteindront, je le ferai de très bonne volonté comme un de vos subordonnés.

Jésus-Christ soit toujours, par sa grâce, dans l’âme de Votre Charité, afin que toujours vous fassiez sa volonté sainte,

‘De Cochin, 28 novembre 1550.

Fr. Juan DE ALBUQUERQUE.

Le P. Gomez venait d’expulser du collège de Sainte-Foi tous les enfants de la région des Indes, pour qui seuls le collège avait été fondé et renté, et, à leur place, vivaient, de fonds qui ne leur’appartenaient pas, vingt-huit adolescents ou jeunes hommes Portugais, introduits par Antonio Gomez, à ütre de novices de la Compagnie de Jésus. Cet acte, au rap-

port du Vice-Ro:ï Afonso de Noronha, scandalisa

toute la contrée. Et le Vice-Roi et PÉvèque durent contraindre Gomez à réparer son lort, et, au mois de janvier 15571, quarante nouveaux enfants du pays jouissaient d’une maison et de rentes, dont 1ls avaient seuls droit de jouir; mais il restait une 1m-

pression fâcheuse, et le nuage, en atteignant le chef,

atteignait, par là même, les membres.

En ce temps aussi, Gomez entreprenait de bâur

un somptueux collège, et le Vicé-Roi dut lui faire

observer qu’il ne pouvait ainsi agir, sans licence de ses Supérieurs et du Roi, et qu'il convenait, le pays élant si pauvre, de ne pas scandaliser les gens par la somptuosilé de l'édifice. - Une tentauive analogue, à Cochin, indisposa la ville entière contre Gomez et la Compagnie.

Ajoutons enfin que le joug d’Antonio Gomez pesait à tous ses frères, et que deux hommes de

Dieu, le P. Lanciloti, à Coulam, et le P. Enriquez, à Comorin, jugeaient, en 1551, k Compagnie com-

promise dans les Indes, si saint Ignace, en l’absénce de François, ne se hätait d’y envoyer un Supérieur. Le P. Enriquez écrivait au saint Fondateur :

« Ce que Je vais dire peut sembler bien hardi; € mais 1] me paraît bon d'informer V. P. que, si le

« Père Maître François doit rester longtemps au

« Japon, il est nécessaire d'envoyer en ce pays-ci « un Père profès, homme sur qui V. P. compte,

« pour avoir charge et soin de nous tous; et Jose

« insister encore, parce que c’est chose très néces-

« saire : la Compagnie (quod Dominus avertat) « PRUREAN avoir à souffrir détriment, s'il n’y était pourvu !. »

Si grande était l'urgence, qu’à la veille de lotion

inespérée de Francois, Pères et Frères de l’Inde s’as-

1, Select. epist., pp. 124, 125, 129,

semblaient, à Goa, pour élire un Supérieur à qui tous obéiraient!.

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Ce que Duarte de Gama et les marchands portu-

gas connurent de tels faits; ce que, par eux, en

apprit François, à la fin de septembre 15571, le Saint n’eût-1l pas recu des lettres plus instructives encore, l’obligeait, on le comprend, d'accélérer son retour à Goa; et la Providence semblera intervenir pour seconder les désirs de François : 1l trouvera, à San- Chuan, le vaisseau de Pereira mettant à la voile, et, quand il arrivera à Malaca, un vaisseau sera là, près de lever l'ancre, comme s'il eût attendu Francois pour le mener à Cochin.

Le Saint avait moins d’une année à vivre. Vers le milieu du mois de décembre 1951, il part de San- Chuan:; nous l’y retrouverons, mourant, à la fin de novembre 1552. Déjà son œuvre est achevée, et les

derniers actes de son zèle n’auront guère d’autre

résultat immédiat, que d’affermir ce qui déjà était

fondé ; aussi, pour mieux entendre ces derniers actes de l’apôtre, jusque dans leurs détails, 1l est utile de

considérer l’ensemble des fondations existantes, à la date du retour de François dans l'Inde et d’avoir

sous les yeux l’état de ces chrétientés. Des informa-

tions très sûres nous sont fournies, à ce sujet, par

.1, Select. epist., p. 154; cf, p. 162.

les: lettres du P. Lancilot, du P. Enriquez et d’'au= |

tres missionnaires.

A Goa, au collège dit de Sainte-Foi, vivent le le P. Antonio Gomez et le P. Paul Camerino, avec vingt-huit Portugais, que le P. Gomez a admis dans la Compagnie. Ce collège n’appartüent pas encore à. la Compagnie : elle n’en a que l'administration. H jouit de 2,500 ducats de rente, donnés par le Roi pour être employés à l’éducation de fils d’Infidèles nouvellement convertis. Le P. Gomez fait beaucoup de bien par ses prédications. Le P. Paul, venu à Goa avec le Père Maître François, est, avec quelques autres, la colonne, le fondement de la Compagnie dans l’Inde : tous, à Goa, l’appellent leur Père. Il est in< cessamment occupé ou à confesser, ou à consoler les malades de l’hôpital : 1à, des aumônes des fidèles, il a fait construire une chapelle. Il n’est pas rare que des Portugais malades demandent admission à l'hôpital, pour s'assurer l’assistance du P. Paul, à leur mort. Bien qu'il n’ait jamais quitté Goa, la bonne odeur de ses vertus s’est répandue au loin. |

A Cochin, où le Père Maître François précha, allant au Japon, on lui proposa [a fondation d’un collège; mais lui poursuivit son chemin. Depuis, il. y à eu essai de fondation ; mais, à vrai dire, Cochin n’a pas de collège, ni de rentes déterminées pour le fonder, et ce projet a soulevé des discussions encore pendantes, Le P, Baltasar Gago y amène, chaque.

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jour, à la Foi de nombreux Infidèles : il faudrait, à

Cochin, beaucoup d'ouvriers de la Compagnie.

A Coulao, le P. Nicolas Lancilotti, tout consumé qu'il est par la maladie, élève et instruit cinquante enfants, la plupart âgés de dix à douze ans, fils de païens convertis. Faute de revenus, le collège n’en

peut nourrir davantage. Un si rude travail n’em-

pêche pas le P. Lancilotü de faire, chaque jour, le catéchisme au peuple, et de prêcher, tous les dimanches, aux Portugais. Beaucoup de païens se convertissent. :

Au cap de Comorin, plusieurs Péres travaillent, avec admirable fruit, sous la conduite du P. Enrique Enriquez, homme de grande doctrine et de grande vertu. Le P. Enriquez parle très bien la langue du

pays; les autres Pères s’y exercent, à son école, et

les fidèles, non seulement s’instruisent mieux, mais ils peuvent, enfin, recevoir les Sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; de quoi ils sont merveilleusement consolés et affermis en tout bien.

À San-Tomé de Méliapour réside le P. Cypriano : il est très aimé des Portugais, des anciens chrétiens

du pays et des Infidèles ; on l'appelle communément

le S'aint-Père.

A Baçaïm, dans la région de Cambaïe, réside le P. Melchior Gonçalvez avec deux compagnons. On

parie beaucoup du grand bien qui, par eux, se fait

à Baçaïm. La maison qu'ils habitent appartüent à la Compagnie; elle sert de collège, et les Pères y gardent et instruisent des enfants pauvres : à cela est affectée une rente de mille ducats.

À Ormuz, ville de Perse, le P. Gaspard Barzée se rendit, un peu avant que le Père Maître François allât au Japon. Le commerce attire à Ormuz des sens de toutes nations. Le P. Gaspard, homme très docte et d’un zèle ardent, y a fait un bien immense : non seulement les Portugais, mais les Maures et les Juifs le vénèrent comme un saint. Le Père Maître Francois lui a écrit pour l'appeler au Japon : il est à Goa, se préparant au départ.

À Malaca, travaillent, avec beaucoup de fruit, le P. François Perez et son compagnon, Roch de Oli- À veira.

Aux îles de Maluco, depuis trois ans, les Pères ou Frères Jean de Beira, Nuno Ribeiro, Nicolas Nunez et Baltazar Nunez, auxquels le Père Maître François envoya pour auxiliaires, quand 1l parut pour Île Japon, les Pères ou Frères Alphonse de Castro, Manoel de Moraes et François Goncçalez!, |

Outre ces ouvriers, de lui déjà bien connus, et le - Frère Louis Froes ou Frois, qu'il avait aussi vu arriver avec Gaspard Barzée et Antonio Gomez,

1. Select. Indiar. epist,, pp, 119, 120, 186; — 138; — 140, = 127 = Fe 1 è

L'INDE, FRANÇOIS ABSENT (1549-1552). de)

François rencontrerait bientôt, à Goa, et y pourrait étudier presque tous les nouveaux venus de Lisbonne : c'étaient, entr’autres, les Pères Melchior Nunez, Manuel de Moraes, Gonzalo Roiz; les Frères Christophe da Costa, Melchior Diaz, Alexo Madeira,

. Manoel Texeira, Antonio Diaz, Francisco Durao,

Pedro d'Almeida... Connaissant ces hommes, Francois disposerait d'eux avec une sagesse plus éclai-

rée !.

Disons, enfin, que providentiellement venaient d'arriver à Goa les Patentes, par lesquellés saint

Ignace communiquait largement à François la plé-

nitude de sa propre autorité. L'acte avait élé signé, à Rome, le 2 octobre 1549.

Après avoir dit que cette délégation de ses pou-

voirs est jugée nécessaire, pour l’administration de Ju3

la Compagnie dans les pays d'outre-mer, sounus à

la puissance du Roi de Portugal, et autres de ces

régions, saint Ignace conclut :

« Nos ergo Te in Præpositum omnium Fratrum nostrorum, qui in prædictis regionibus versantur, cum omni ea auctoritate, quam Sedes A postolica

nobis concessit, et Constituliones nostræ S'ocretatis

nobis tribuunt, creamus et instituimus, — ac in virtute sanctæ obedientiæ injungimus ut hac curæ

nostræ parte et auctoritalis in Eadem, ad inqui-

1. En 1583, Valignani, après avoir nommé ces derniers venus, moins Melchior Diaz, ajoute : «Ils ont tous fait beaucoup de fruit dans l’Inde. Les six premiers y sont déjà morts au service de Notre-Seigneur. Les deux dermers (M. Texeira et F. Durao) vivent encore. »

rendum, ordinandum, reformandum, jubendum, prohibendum, admittendum in Societatem, et ab ea expellendum quos videbitur; constituendum etiam

in quovis officio et deponendum ; et, in Summa, ad.

disponendum de omnibus, quæ Nos, si præsentes

essemnus, circa loca, res et personas, quæ ad Socie-= =

talem pertinent, possemus disponere, et ad Dei glo-.

riam facere judicabis, — plenissime ularis..….» Avec ces Patentes, François trouvera à Goa d’auy

tres Patentes, signées à Rome par le saint Fondateur, le 23 décembre 1549, qui confirment les précé-.

dentes, étendent aux privilèges spirituels Ia communicauon de pouvoir faite pour le régime de la

Compagnie, et se terminent par cette importante.

clause :

QSr aulem Te in remotissimis locis a Collegio,

Goæ agere contingat, ill, qui ex Fratribus nostris præfati collequ Rector pro tempore exstiterit, eandem quam tibi facultatem et auctoritatem (quam Lamen minuere vel penitus removere, prout in Domino judicaveris expedire, tibt licebit) per hasce patentes Litteras... concedimus. »

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