V. — Travaillez à accroître, pour votre part, le bon renôm
de la Compagnie, et, à cette fin, affermissez-vous grandement D , , ) () dans l’humilité ; ainsi par vous la Compagnie sera connue. Souvenez-vous, en effet, que ceux, de qui les travaux ont donné à Dieu sujet de mettre en relief (accrecentar) le nom de la Compagnie, s’appuyèrent sur le fondement d’une grande PAasnle, À 5
vertu ; ainsi, vous, par la vertu, travaillez à vous acquérir une part de l’honneur de la Compagnie ; sans cela, vous détruirez
ce que les autres ont fait.
VI. — Rappelez-vous, par-dessus tout, que Pautorité auprès du peuple, Dieu la donne à ceux qui ont assez de vertu, pour qu'Il puisse se fier à eux en leur donnant ce crédit;
mais quand les hommes prétendent, pour eux-mêmes, à cette autorité auprès du peuple, s’attribuant ainsi ce qui n’est pas
d’eux, Dieu la leur refuse (laisse de la donner), afin que ses dons ne tombent pas dans le mépris (nao vengao em desprezo), et que l’on discerne les parfaits des imparfaits. Demandez toujours à Dieu qu'il vous donne de sentir, dans l’intime de votre âme, les obstacles, venant de vous, à cause desquels il laisse de se manifester par vous au peuple, et de vous
donner le crédit qui vous serait nécessaire pour opérer le bien.
VII. — Ne négligez pas, dans vos examens de conscience, de rechercher particulièrement les fautes que vous faites, en prêchant, en confessant et dans les entretiens, et amendezvous, car, à mesure que vous corrigez ces fautes, Dieu vous communique plus abondamment ses dons et ses grâces.
VIII. — Ne faites pas comme beaucoup d’autres, qui sont à la recherche d’artifices par lesquels ils espèrent se faire agréer du peuple : de tels hommes, le souci de se bien poser dans le
peuple les occupe plus que la gloire de Dieu et le zèle des.
âmes. Ce genre (este modo) est fort périlleux; il ne va pas sans une certaine vanité d’avoir nom dans le peuple et de s’accréditer auprès de lui.
IX. — Votre travail principal, à vous, doit être d'acquérir le sentiment intime des choses dessus dites; et quand Dieu Notre-Séigneur vous en donnera plus particulière vue, notez-la, écrivez-la, parce que ces vues sont le principe de l’avancement spirituel. Il y a, en effet, grande différence entre la lettre nue de certaines paroles des Saints, et le goût, l'impression vive
qui les leur dictait. De là vient que pour n’avoir pas ce sens
intime, qui les fit écrire aux Saints, les hommes souvent tirent
de leurs paroles peu de profit; et c’est pour cela que je vous.
recommande de tenir note écrite des lumières, dont vous au-
rez impression plus vive. Estimez-les grandement, et humiliezvous-en; abaissez-vous, afin que Dieu vous fasse grandir.
X. — N'omettez rien pour savoir par d’autres, vos amis, les fautes, les erreurs que vous commettez, dans la chaire, au confessionnal et dans vos autres ministères, afin de vous en
Corriger.
XI. — Dans les confessions, procédez à loisir, de manière à procurer l’avancement des âmes. Donnez-leur quelques méditations, comme sur la mort, le jugement, l'enfer, afin qu’elles en retirent contrition, douleur et larmes de leurs péchés. Vous ferez cela, après avoir ouï les péchés et avant de donner l’absolution, surtout s’il s’agit de pénitents qui sont engagés dans des inimitiés, des accointances criminelles, des injustices. Bien entendu, vous ne pouvez demander cela qu’à des personnes ayant des loisirs. Vous leur recommanderez ensuite à ces pénitents de se confesser fréquemment.
XII. — Les restitutions que vous trouveriez à faire, appliquez-les, ou bien selon la dévotion de ceux qui ont obligation de les faire, ou bien à la Miséricorde, ou bien en aumône à des maisons ou personnes particulières. Il s’agit, ici, de sommes restituées, qui n’ont pas de créancier certain, car il faut bien vous garder d’appliquer à d’autres, n1 de vous laisser attribuer à vous-même ce qui est dû à une personne déterminée ; de là viendraient ensuite des suspicions préjudi-
ciables au service de Dieu.
XIII. — Voici une règle de prudence que vous garderez, en toutes vos relations spirituelles : parlez, conversez, comme si ceux avec qui vous êtes en de telles relations devaient, un jour, être vos ennemis ; afin que, si vous perdez, en effet, leur
amitié, ils n’aient pas de quoi vous accuser. Cette règle, ob-
servez-la avec tous ceux que vous fréquenterez ; elle sera de
grand profit et à eux, et à vous,
XIV. — Dans les confessions, s’il y a empèchement à à l’absolution, faites, avant de la donner, que le pénitent accomplisse d’abord ce qu'il a promis de faire; comme sil s’agit d’inimitiés, de restitutions, d’impures liaisons, et autres choses; car les hommes de ce pays sont très libéraux de promesses, mais fort lents à les tenir : ce qu'ils auraient donc à exécuter après l’absolution, faites-le leur faire avant de les absoudre ‘ |