‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 72 sur 144 · Ajuda · texte numérisé non relu

Ajuda

cois, et un peu éclairé les ombres de la fin d'Antoine Gomez. |

Ecoutons Valignani :

Antonio Gomez s'était acquis, par ses talents, grande faveur auprès du Vice-roi et de toute la noblesse; mais il avait lui-même trop de confiance en ces talents, et le sentiment qu'il avait de son mérite rabaissait, à ses yeux, le mérite meilleur de la simplicité et de l'humilité du P. Paul Camerino, que François, en allant au Japon, avait établi Supérieur de tous les Pères de l'Inde. Gomez en était, peu à peu, venu à perdre le respect qu'il lui devait, et à se comporter à son égard comme un Supérieur. Humble comme il était, le P. Camerino évitait les contestations, et, s’occupant du soin des malades de lhôpital, il laissait le P. Gomez agir à sa guise ; de sorte que, bientôt, Gomez, non content de régenter, comme il lui plaisait, le Collège de Goa, s’arrogea le droit de gouverner pareillement toutes les autres maisons de la Compagnie dans l’Inde. À Goa, il se permit de chasser du Collège

tous les enfants, pour qui le Collège avait été fondé et pourvu de rentes. À Cochin, ayant l’idée d’y fonder un Collège de la :

Compagnie, 1l abusa de la faveur du Vice-roi pour enlever.

aux Confrères de Notre-Dame leur église et se Pattribuer;

d’où procéda une violente opposition de la Confrérie, avec agitation et scandale de la ville entière.

Dès qu’il fut arrivé à Cochin, informé des actes de Gomez, -

François les réprouva et les annula ; il restitua à la ville et à

la Confrérie les clefs de l’église, et se comporta, envers tous les offensés, avec tant de modestie, et d’affection, que, peu -

après, de leur propre mouvement, les Confrères donnèrent

l’église à la Compagnie, pour servir au collège que l’on fon-

derait à Cochin; et, de fait, c’est aujourd’hui Péglise de notre collège de Cochin.

À Goa, François réprimanda et punit Gomez pour ces excès, et particulièrement pour ses irrévérences à l'endroit du P. Camerino ; mais le coupable ne lui parut pas assez reconnaître et regretter le mal qu'il avait fait; de sorte que, le voyant pieux sans doute et d’honnête vie, mais également infatué de

ses talents et même de sa prudence, il lenvoya prêcher à

Diu, et depuis il le déclara expulsé de la Compagnie. Et la noblesse, et le Vice-roi s’en offensèrent; ils se firent les patrons de Gomez contre François ; ce qui donna sujet à François de maintenir plus fermement sa décision, de telles ingérences ne pouvant, selon l’esprit de la Compagnie, être tolérées ; et 1l profita de l’occasion pour fermer la porte à toutes prétentions pareilles et faire bien entendre que, dans la Compagnie, ce que l’on estime, c’est moins le talent que Phumilité et l’'obéissance.

Après la mort de François, Gomez reconnut ses torts ; il se

repentit ; il écrivit au P. Ignace, de sainte mémoire, pour lui

demander pardon, et notre Père lui fit savoir qu’on agréait

son humble démarche, et qu'il eût à venir à Rome, où l’on

verrait quelle miséricordieuse décision se pourrait prendre à

son sujet. Gomez partit, mais il plut à Dieu que le vaisseau et

lui périssent en mer. Ce fut, croyons-nous, un miséricordieux châtiment : Dieu ne frappa Gomez, en ce monde, que pour le pardonner en l’autre, et enseigner à tous combien il leur 1mporte de s'établir solidement dans humilité et en toute vertu;

/à cette condition seulement, nos autres talents nous seront

profitables.

Ainsi parle Valignani. La leçon divine fut alors bien comprise : on ne peut, sans être impressionné,

observer le zèle, la jalousie, l’affectation étrange que l’on mit à effacer totalement, dans le premier registre des Lettres des Indes, partout où il se rencontrait, le nom de Gomez.

François redoutait probablement un pareil avenir pour André Carvalho. On comprend que des puissants s’efforcaient de le retenir à Goa, et l’on entre-. voit que le jeune homme, du moins au Jugement de François, n’était pas assez déterminé à rompre avec ceux qui le retenaient. Sans Lettres, sans vertu affermie, à quoi serait-1l bon? À remplir, à Goa, au préjudice de tous, quelque importante charge d'Église; et de là venait, peut-être, l’empressement de ceux qui voulaient pour lui, sans retard, les saints Ordres.

Peu de jours auparavant, le 27 mars, André, sous. la dictée de François, avait écrit la lettre suivante : elle achève d’éclairer la situation du jeune homme : François parle à Simon Rodriguez :

La grâce et l'amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables. Amnen.

Mon très cher frère en Jésus-Christ, Maître Simon, ma présente lettre sera courte ; je m’étendrai beaucoup en d’autres, où J’exposerai les choses de la Compagnie en ces pays.

J'ai jugé à propos qu'André Carvalho, qui me sert de secrétaire pour vous écrire, soit envoyé en Portugal; 1c1, le climat est contraire à sa santé : l’air du pays natal lui vaudra peut-être mieux. Tout le monde, ici, m’affirme qu’il est personne considérable, en Portugal, et tel, que l’on espère beaucoup de lui, à cause des vertus dont il a plu à Dieu de le doter, et qui, par sa Miséricorde, grandiront. Pour moi, je ne

puis dire de lui que beaucoup de bien, et j'espère de Dieu que, lorsqu'il aura acquis et plus de science et plus de vertu, il fera grand fruit dans la Compagnie. !

Je vous en prie, mon frère Maître Simon, pour l’amour du service de Dieu Notre-Seigneur, accueillez-le, consolez-le, avec

l'amour et la charité que lui, André Carvalho, et moi atten-

dons de vous.

Des nouvelles de ces régions de lInde, je vous en écrirai plus expressément avant de m’éloigner de Cochin.

Dieu nous réunisse dans sa gloire du paradis, car j'ignore quand, dans cette vie, nous pourrons nous rencontrer. 5a-

chez-le bien, mon frère Maître Simon, je vous porte imprimé

dans l’âme ; c’est continuellement que mon âme vous visite. Je désire ardemment vous voir des yeux du corps ; mais ce désir me tourmente moins, quand je considère que je lui dois de vous avoir toujours présent dans l’âme.

De Goa, 27 mars 1552.

: François.

* André Carvalho obéit. En l’embrassant, au départ

pour la Chine, François lui dit : &« Vous mourrez là

où perdent la vie plusieurs de votre parenté. » Dix

ans plus tard, la prophélie se réalisa sur la terre d'Afrique, et André mourut, captf des Maures, pour avoir cédé à un jeune chrétien, capuf comme lui, le

prix de son rachat qui lui élait venu de Portieali

1, Franco, Ann. glorios., p. 53.

Page 1