‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 77 sur 144 · XVI. — Votre sollicitude, votre vigilance principale aura · texte numérisé non relu

XVI. — Votre sollicitude, votre vigilance principale aura

pour objet le spirituel et le temporel des Frères et Pères du collège, ainsi que des écoliers et des orphelins du pays : avant de songer à des affaires d’étrangers, occupez-vous de celles

des gens de la maison. Après eux seulement, ceux du dehors.

C’est là ce que je vous commande et recommande forte-

ment,'et de la part de Dieu, et de la part de notre Père Ignace, et de la mienne, parce que Je sais combien cela importe. Sachez-le bien, comme il est dans une erreur totale, l’homme qui, pour plaire aux hommes, cultive ses dehors ét néglige, au-dedans, les intérêts de Dieu et sa conscience, ainsi errent encore et marchent hors de toute voie ceux qui, ayant la charge d’une maison, ont l'œil aux affaires du dehors et ne: s'occupent que négligemment de celles dont ils sont chargés.

Tous les jours donc, vous vous ressouviendrez de cet article.

XVII. — Et comme vous ne pouvez, par vous-même, atteindre à tout, vous donnerez, à des personnes bien choisies pour cela, charge de faire certaines choses ou d’y veiller, et vous,

avec grand soin, vous veillerez sur elles; vous leur demanderez

compte de ce qu’elles font; vous examinerez si ce qu’on leur a recommandé s'exécute; vous corrigerez leurs fautes ; en un mot, ici, vous exercerez l'office de surintendant; mais n’y

soyez pas négligent : dans une surintendance active, tout le

bien est enclos (encerrado); de la négligence à l’exercer, tout le mal procède : c’est pour cela que je vous recommande beaucoup cette surintendance.

X VIIL. — Après avoir rempli ces obligations plus personnelles, et sans jamais perdre de vue les intérêts de la Maison, vous aurez soin des intérêts du public; — et, visant au bien le plus général, vous vous préoccuperez d’abord des prédications ; — ce point réglé, vous songerez aux confessions ; puis au ministère des réconciliations et autres œuvres pies.

XIX. — Prenez efficacement les moyens d’avoir nouvelles des Frères, et du fruit qu'ils font, et des nécessités qu'ils souffrent. Ayez pour règle de leur écrire souvent, et eux, par suite, feront de même. Pour ceci, savoir est, d'écrire souvent aux Frères et d’avoir d’eux fréquentes réponses, mettez-y une

telle application que la chose se fasse. Quand il arrive ici

quelqu'un venant de ces régions où sont nos frères, Imformezvous auprès de lui du fruit qu'ils font et de ce que le peuple dit à leur sujet.

XX, — Vous m'écrirez à Malaca des nouvelles très parti-

culières de ce collège, et de tous les autres endroits où il y a des Frères, et du fruit qu’ils font. Que la lettre que vous m'écrirez soit bien longue (muito comprida); faitez-m’y savoir beaucoup de choses, comme des nouvelles politiques de l’Inde (novas de Estado da India), des nouvelles du fruit que font les autres Religieux pour la gloire de Dieu et le bien des

âmes; des nouvelles du Portugal et des frères de Coïmbre;

des nouvelles de Rome et de toutes les parties de l’Europe où il y a de nos frères. |

Les lettres qui viendront pour moi, et par plus d’une voie, vous m'en enverrez un exemplaire à Malaca, à François Perez; et un exemplaire de toutes, qu’elles soient du Roi, ou de Maître Simon, ou de Rome. Si l’on ne m'écrit que par une voie, adressez copie des lettres à François Perez, à Malaca: et lui, par plusieurs voies, m’enverra, où je serai, des nouvelles de Portugal, de Rome, de ce collège et de toute l’Inde. À ceci, de m'écrire tous les ans à Malaca, n’y manquez pas.

Vous aurez soin que les Pères qui sont hors du collège m'écrivent, tous les ans, très longuement, du fruit que Dieu fait par eux : j’entends parler des Pères de Baçaim, de Cochin, de Coulao, du cap de Comorin, de San-Thomé et d’Ormuz. Faites que cela s'exécute comme je le recommande.

XXI. — Songez que je vous recommande et vous commande d’être fort obéissant au seigneur Évêque, et vous, et tous les autres Pères; ne lui faites, pour rien, aucune peine ; donnezlui, au contraire, tout le soulagement, toute la satisfaction que vous pourrez, puisque tant il nous aime et que si grande est l’obligation que nous avons de le servir et de aimer.

- Aux Pères qui sont dehors, vous recommanderez par let-

tres d'écrire au seigneur Évêque le fruit qu'ils font, là où ils résident, et cela, brièvement et sans lui rien dire d’autres affaires. Que s’ils veulent lui parler d’autre chose que du fruit qu'ils font eux-mêmes, que ce soit du fruit des travaux du Père Vicaire ou des autres Pères qui travaillent en ces mêmes régions ; mais veillez (et donnez-leur sur ce point un avis de ina part) à ce que jamais ils n’écrivent au seigneur Évêque rien de mal des Vicaires ni des Pères, mais seulement le bien; le mal, il n’en manquera pas d’autres pour lécrire.

XXII. — Vous écrirez, de ma part, à tous les Pères d’avoir grande obéissance. Il me pèse beaucoup de savoir qu'il y a des discussions entre eux et les Vicaires ou les Pères du pays. Quand ils m’écriront, qu'ils me parlent de la bonne entente qui règne entre eux et ces prêtres. J'aurais grand plaisir à recevoir de ceux-ci des lettres, où ils m’informeraient du fruit que font, dans leurs Vicariats, les Pères de la Compagnie. Encore une fois, notez-le bien, je vous recommande que, pardessus tout, vous recommandiez vous-même aux Pères qui résident dans les forteresses d’être très amis des Vicaires et de n'avoir, pour aucun motif, de discussions avec eux ; et pour que mon ordre soit plus diligemment exécuté, vous leur direz, dans vos lettres, qu'avant de partir pour la Chine, je vous ai laissé, dans ce collège, le commandement de chasser de la Compagnie ceux qui vont disputant avec les Vicaires ou leur causant des ennuis.

XXIIT. — Quand je serai part, obtenez du seigneur Évêque que, dans les pays où résident des Pères de la Compagnie, il fasse publier, au sujet du Jubilé, une ordonnance, telle que les âmes puissent, durant l’année 1552, jouir des fruits spirituels de ce Jubilé. Tous ne sauraient avoir cet avantage, dans un même bref délai, à cause des confessions, et aussi à cause des

distances qui séparent les unes des autres les forteresses de l'Inde : on ne peut, en un même temps, suffire au travail, sur tous les points ; il me semble donc nécessaire, pour le service de Dieu, que l’on v emploie tout le cours de l’année 1552.

XXIV. — Si, cette année, 1l vient quelques Pères de Por= tugal qui soient prédicateurs, et que Dio n’ait pas encore le sien, vous y enverrez un de ces Pères, avec un Frère, et vous donnerez au Père copie des règlements (regimentos) remis à ceux qui sont allés à Ormuz; y compris ceux,que je vous don-

nai, en partant pour le Japon,

XXV. — S'il venait de Portugal un Père qui ne fût pas prédicateur, mais bien doué (que... tiver boas partes), assez instruit et capable de supporter des fatigues, vous l’enverrez, lors de la mousson d'avril, à Malaca, et de là il ira au Japon joindre le Père Cosme de Torres. Vous lui chercherez quelque aumône, afin qu'il apporte de quoi manger (leve de comer) à ceux qui sont au Japon. Avec lui ira le Frère que vous jugerez ! à propos de choisir; mais d’une intelligence vive, afin qu'il puisse apprendre la Due du Japon. Autant que je le puis, je vous le recommande : ayez sollicitude bien spéciale de ceux du Japon, et pour les recommander à Dieu, et pour leur procurer le nécessaire. ne

XXVI. — Si les Pères qui viendront de Portugal étaient tous lettrés et prédicateurs, vous en enverrez un (s’ils sont bons prédicateurs) à Cochin ; et s’il prêchait mieux que le père Eredia, vous appelleriez ici le Père Eredia, pour aller au Japon, — et le Père venu de Portugal resterait, à sa place, à Cochin. Ceci s’entend du cas où le Père nouvellement arrivé ferait, pour avoir don meilleur de Dieu, plus de fruit par ses prédications que le Père de Eredia; car s'il ne devait faire qu’un.

fruit égal, en ce cas, le Père de Eredia restera à Cochin, et le

Père venu de Portugal ira au Japon.

Si, entre les Pères qui viendront de Portugal, deux étaient prédicateurs agréés du peuple, et qui eussent le talent de la prédication, vous en enverrez un à Bacaïm, pour y remplacer le Père Belchior Nunez et, comme lui, avoir soin des rentes de la Maison, prècher et faire du fruit. Quant à Belchior, il viendrait ici, pour se rendre, lors de la mousson d'avril, à Malaca, et de Malaca au Japon. J'aimerais bien que Maître Belchior allât au Japon, à cause de sa doctrine, qui serait bien mieux employée là qu'ici, et que Antonio de Eredia demeurât à Cochin. D’une manière ou d’une autre, travaillez ferme pour que, dans l’année, un Père aille au Japon tenir

compagnie au Père Cosme de Torres.

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