‹ Saint François de XavierChapitre 28 sur 84 · I . Ajuda, ms. Lettres des Indes · texte numérisé non relu

I . Ajuda, ms. Lettres des Indes

214 FRANÇOIS Alî CAP DE COMORIN (1542-1513).

A celle admirable leltrc de François (après Dieu», la Compagnie de Jésus doil la conquête de Jérôme i Nadal. Lui-même raconte :

J'ai vu liïiîço de Loyola, sans l'y connaître, à Alcala. Je le connus iutimemenl à Paris, en i535. Relevant d'une ^vf maladie, je rencontrai Ifiigo au faubourg* Saint-Jacques, et jf lui dis comment, malade, j'avais eu peur de la mort : « Pauvrf « de moi ! dit Ifii^ço, pourquoi avez-vous eu peur? — Eh! rc- « pondis-je, Jésus-Christ a craint la mort et vous ne la crain- « driez pas? — H y a quinze ans, reprit Iiîiço, que je m « crains pas la mort. » ,

J'allai depuis me confesser à E. Miona et, comme faisaient Iniço et ses compagnons, communier, tous les dimanches, dans l'église des Chartreux. Laynez vint me visiter dans ma chambre pour m'avancer dans la piété; ce qu'il me dit ne me toucha point, lierre Le Fèvre vint aussi et revint à moi pour la même fin ; il ne gagna rien. Miona, de son côt^, m'inclinait vers Inigo; mais je lui répondais : « Pourquoi voulez-vous mf « faire ifîiguiste, vous qui ne l'êtes pas? »

Inigo lui-même m'entreprit aussi, à la porte Saint-Jacques; il me raconta comment on l'avait poursuivi et examiné à Salamanque, etc. Peut-être soupçonnait-il que des préventions pareilles m'empêchaient de me fier à lui ; j'étais cependant bien loin de les avoir. Un autre jour, il m'amena en cette petite et vieille église qui est du c(Hé de la porte des Dominicains, et là, aux fonts baptismaux, il me lut une longue lettre qu'il avait adressée à un sien neveu d'Espagne : tout ce qu'il y disait tendait à tirer ce neveu du monde pour l'amener à la vie parfaite. Le démon vit bien quelle action exerçaient sur mon îlme Inigo et sa lettre, et il me détourna violemment de l'Esprit qui m'attirait. Sortis que nous fûmes de l'église, et arrêtés devant la porte, sur la place, je dis à lùigo, en lui montrant

le livre des Evane^iles (jiie j'avais à la main : « Moi, je veux « suivre ce LivrtM'i. » Au fond, je me disais : « Qui sait si ces « lioniines ne tomheroul pas un jour entre les nmins des In- « quisîfeurs? Je ne veux pas me joindre à eux. »

Dès ce jour, je ne vis plus à Paris ni Iniço ni aucun de ses rompafçiious; je ne sus rien d'eux, ne m'informîii pas de ce qu^ils faisaient, et n'y pensai mc^me pas... »

Nadal était rentré à Majorque depuis sept ans, lorsque, vers le mois de juin i545, la lettre de François de Xavier vînt l'y visiter :

Je cherchais, dit-il, la paix sans la trouver, parce que Dieu m'appelant je le fuyais, et cependant sa Bonté m'atteignit par uo miséricordieux détour et j'entendis de nouveau son appel. Uïïi ami m'envoya de Rome (par l'entremise de l'ambassadeur d'Espagne ou du vice-roi de Majorque) copie d'une des premières lettres de Maître François de Xavier, celle où l'admirable Père, après avoir exposé le grand bien que Dieu, par ses travaux, avait opéré dans les âmes, lui rend grâces de ce que vivant il a pu voir la Compagnie de Jésus confirmée par le Siègi'e apostolique.

Quand j'en fus là de ma lecture, les derniers mots me tirèrent comme d'un long sommeil ; je me ressouvins d'Inigo, de tout ce qui s'était passé entre lui et moi, et, le cœur vivement ému, je m'écriai en donnant de la main sur une table : « Ceci, ce maîulenanl, c'est quelque chose ! w Et, dans mon esprit, ces mots faisaient suite au dernier entretien (|ue j'avais eu avec Iiii§r^ ^ Paris. Je vis clairement la grâce (|ue Dieu me faisait et, dès ce moment, j'arrêtai que j'irais à Home... ^

I. Ijes premières lettres de François îirrlvèrent à Lisbonne, h la fin de Fannée i543. On les attendait inipatieniinent en Navarre. Estehan de 10i>;>uia achevait de Tégler ses affaires de père de famille à Estella, pour aller rejoiu-

Une fois les lettres expédiées, François se remit à son labeur de missionnaire avec tels de ses précédents auxiliaires et quelques auxiliaires nouveaux*,

dre Diego à Rome. François de Rojas lui écrit, de Lisbonne, le 3o janvier i544 ' << J'aî <iû, faute de messager, retarder la joie que vous donnera, en N. s., je le sais, la lecture des lettres de Maître François. »

Epist. mixt.,1, pag. i56.

I . « Laissant au collège de Goa quelques garçons paravas qu'il \. avait amenés pour être instruits, il repartit, prenant avec lui, à la Pêcherie, un « clerc indien, un prêtre castillan, appelé Juan de Lizano, et quelques dévots (1 séculiers, un desquels s'appelait Juan de Artiaga » (Sébastien Gonçalvez). ,

D'après Gonçalvez, François serait arrivé à Goa en décembre i543, et il \ en serait reparti au mois de février 1 5^4 î ^sXs il faudrait, pour cela, qu« François fût «illé deux fois à Goa, de décembre i543 à février i544» p"**" qu'il est certainement à Gochin le i5 janvier i544' U faut donc admettre qu'après avoir réglé ses affaires à Goa, au mois de décembre, il redesceocffl à Gochin pour de là, ses lettres écrites, aller reprendre, en février, son ministère apostolique dans la région du cap de Comorin.

Entre autres actes que François accomplit à Goa, à la fin de décembre i5{J ou dans les premiers jours de janvier i5449 Sébastien Gonçalvez si§;iialesi profession, qu'il aurait faite entre les mains de l'Ëvêque. La formule de es | vœux, François la porta, jusqu'à la mort, sur sa poitrine, en un reliqnitfe où se trouvaient aussi la signature de saint Ignace et une relique de suot Thomas, que François reçut de son ami Gaspard Goelho, vicaire de l'église de Meliapour.

L'original de sa profession, François l'avait expédié à Rome^ et la pièce était déjà arrivée en Portugal avant le mois de février i545. Le 9 de ce mois, le P. Araoz écrit d'Ëvora à saint Ignace : « Je vous ai déjà annoncé l'eavoi « de la profession de Maître François avec lettre de lui... »

Epist, mixt., I, p. 198.

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