LES MARTYRS DE MANAR
chrélieiis, il leur commande de le faire mourir ou d'agir à son éçard selon les réquisitions qui leur seront par moi adressées, en vertu de Faulorité qu'il me délègue. J'espère de la miséricorde infinie de Dieu Notre-Seigneur et des ardentes prières de ceux qu'il a martyrisés, que le roi reconnaîtra ses torts, demandera pardon à Dieu et fera une salutaire pénitence.
En un autre royaume, à quarante lieues des terres où Francisco Mansilhas et moi résidons, le prince héritier se résolut à être chrétien ; ce qu'ayant appris son père, il le fit tuer. Ceux qui assistèrent à l'exécution disent qu'à l'endroit où elle eut lieu, la terre s'entr'ouvrit en forme de croix et qu'on vit dans le ciel une croix couleur de feu. On ajoute que la vue de ces choses extraordinaires incline beaucoup d'infidèles à se faire chrétiens. Un prince, frère du défunt, après en avoir été témoin, pria les Pères de celte région de le baptiser. Il est, depuis, allé demander protection au Gouverneur contre le meurtrier de son frère. J'ai vu ce prince, et je pehse qu'avant longtemps, le royaume sera chrétien, si vive est Fimpression produite par les prodiges, et aussi parce que le prince, frère du défunt, a maintenant droit au royaume.
Dans un autre pays, bien loin de notre résidence, savoir, à cinq cents lieues, trois grands seigneurs et bien des gens du peuple se sont faits chrétiens, il y a huit mois. Ils envoyèrent aux forteresses du Roi de Portugal des messagers qui disaient, qu'ayant jusqu'à présent vécu comme des animaux sans raison, ils voulaient désormais mener une vie d'hommes, connaître Dieu et le servir, et ils priaient les capitaines de leur procurer des prêtres qui les instruisissent et les fissent chrétiens. Les capitaines y ont pourvu.
En voilà bien assez, pour vous faire entendre combien ces terres sont aptes à donner une belle moisson : Rogate ergo dominnm messi's ut mittat operarios in messem suam. J'es-
LES MVRTYRS DE MANAR (1544-1545). 295
père de Dieu Notre-Seie;neur faire, cette année, plus de cent mille chrétiens, si bonne est la disposition des âmes.
Micer Paul est à Goa, au collège de Santa-Fé, confesseur des écoliers ; il s'occupe, à la fois et avec un soin continu, de leurs infirmités spirituelles et corporelles. Le Roi de Portugal témoigne tant de zèle pour l'accroissement de cette sainte maison, qu'il y a sujet d'en louer Dieu.
Ceux qui, pour le seul amour et service de Dieu Notre- Seigneur, viendront ici accroître le nombre des fidèles et étendre les limites de notre Mère la sainte Église, y trouveront toutes les faveurs et tout l'appui nécessaires. Les Portugais de ces contrées y pourvoiront autant qu'il le faudra, et feront aux nouveaux arrivants un accueil plein d'amour et, de charité. La nation portugaise est miiy amiga de su ley (sic) et fort jalouse de voir les infidèles de ces pays convertis à la foi de Jésus-Christ, notre rédempteur et seigneur. N'y eût-il qu'à répondre à cette grande charité et à reconnaître l'amour que les Portugais témoignent à la Compagnie, vous devriez en envoyer ici des sujets : combien plus le devez-vous, en présence du mouvement de ces peuples vers la foi chrétienne.
Je finis, priant Dieu Notre-Seîgneur de nous donner la connaissance intime de sa très sainte volonté, et, une fois connue, beaucoup de force et de grâce pour la faire, en cette vie, par amour {de charidad).
De Cochin, le 27 janvier i545.
Vester in christo filins minimus.
Francisais \
Les lettres de François produisaient, en Europe, une impression profonde. Le Recteur de Coïmbre