LES MARTYRS DE MANAR
idoles mêmes. Je ne saurais dire la consolation que ressent mon àme, quand je vois les idoles ainsi détruites par les mains de ceux qui les adorèrent. Dans chaque localité je laisse un exemplaire des prières écrites, et dispose les choses de telle «orte que, tous les jours, une fois le matin et une fois le soir, les cens se réunissent pour les apprendre.
Tout cela fait en une localité, je vais le faire dans une autre, et je vais baptisant ainsi, tour à tour, ces populations, TAnie remplie d'une joie dont je ne saurais, ni par lettres ni de vive voix, donner une juste idée.
D'un autre pays, à cinquante lieues de celui où je me trouve , les habitants me firent savoir qu'ils voulaient être chrétiens et qu'ils me priaient de venir les baptiser ; mais, retenu par de graves occupations qui intéressaient le service de
' Dieu, je n'y pus aller : je priai un prêtre de s'y rendre, ce qu'il fit, et un grand nombre reçurent le baptême. Irrité contre eux pour cela seul, le roi du pays fit mettre à mort ou cruellement tourmenter un nombre considérable de ces nouveaux chrétiens. Béni soit Dieu que, de nos jours encore, il y ait des martyrs, et que là où la piété ne suffirait pas à peupler le ciel, la cruauté. Dieu le permettant, y supplée et serve à compléter le nombre des élus.
Le Gouverneur de l'Inde, notre ami et de toute la Compagnie, de qui je vous ai souvent parlé, a ressenti une si vive tristesse du meurtre de ces chrétiens, qu'à peine informé par moi de l'événement, il a fait armer une flotte pour envoyer prendre ce roi et le mettre à mort : j'ai dil travailler à apaiser
' sa sainte colère. Ce roi a un frère, héritier présomptif, qui vit hors du royaume dans la crainte que le roi ne le fasse mourir, et il dit que si le Gouverneur lui assurait la possession du royaume, il se ferait chrétien avec les principaux seigneurs. Le Gouverneur a donc ordonné à ses capitaines d'entrer, pour cela, en négociation avec ce prince. Quant au meurtrier des