I. Epist. mixt.y 1, p
peu fait8 pour les ministères de la Compaç^nie, mais capables d'aller d'un endroit à l'aulre, enseijti^nant les prières et donnant le baptême, envoyez-nous-Ies ; ils rendront çrand service à Dieu Notre-Sei^i^neur.
Il leur faut, ai-je dit, des forces corporelles. Le travail, ici, est plus accablant, à cause des grandes chaleurs; puis, en bien des endroits, il n'y a pas de bonnes eaux ; les vivres y sont peu variés : du riz, du poisson, des poules, c'est tout; point de pain ni de vin, aucun de ces autres aliments si divers qui abondent en Europe...
La viçueur corporelle leur est donc nécessaire ; mais elle ne leur suffirait pas : Dieu Notre-Seig^neur leur fera la |;^râce de se voir en des périls de mort. On n'y pourrait échapper qu'en t pervertissant l'ordre de la charité : qui l'observe doit en passer par là et se souvenir qu'ils naquirent pour mourir au service de leur Rédempteur et Seigneur. Ici, les forces nécessaires sont celles de la vertu. Elles me font défaut, et cependant, là où je vais, j'en aurais souvent grand besoin. De çrâce et pour l'amour et service de Dieu Notre-Seijy^neur, ayez spécial souvenir de moi et recommandez-moi à tous ceux de la Compagnie. G*est à leurs prières, c'est aux vôtres, je le crois sans aucun doute, que je dois la protection divine qui m'a jusqu'à présent cxmvert.
Ceux que vous verriez capables de supporter les labeurs corporels dont j'ai parlé, mais non d'aller plus loin, ne laissez pas de les envoyer, car il y a telles ré^-ions où, sans péril de mort, ils pourront servir Dieu très utilement.
Quant à ceux qui, ayant aptitude pour entendre les confessions et donner les Exercices, ne pourraient, faute de santé, se livrer à d'autres travaux, envoyez-les; ils vivront à Goa, à Cochin et ils y rendront grand service à Dieu. Ces villes sont peuplées de Portugais : tout y abonde, comme en Portugal. Les malades y trouveront beaucoup de médecins et toute
sorte de remèdes. Il n'en va pas ainsi là où les Portugais ne résident point, comme est la région où nous sommes, Francisco Mansilhas et moi. Ne fîtK)n, à Goa et à Cochin, que donner les Exercices, Dieu en serait grandement servi.
Voici quatre ans que je partis de Portugal. En tout ce temps, je n'ai reçu de Rome qu'une lettre, la vôtre ; j'en ai reçu deux de Portugal : elles sont de Maître Simon. Je désire savoir, chaque année, de vos nouvelles et de tous ceux de la Compagnie, bien particulières. Je sais que vous m'écrivez tous les ans, et moi aussi je vous écris ; mais j'ai peur que, comme je ne reçois pas vos lettres, vous ne receviez pas les miennes. Deux de la Compagnie venaient cette année; le vaisseau qui les portait n'est pas arrivé, ou il est retourné en Portugal, ou il a hiverné à Mozambique, île de la région de Tlnde, où bien des vaisseaux venant de Portugal passent l'hiver...
François désire apprendre si le D' Inig'o Lopez, médecin de la Maison de Rome, qu'il laissa malade en i54o, est rétabli.
D'ici, plus de nouvelles à vous donner. Je finis en vous redisant : envoyez-nous le plus de sujets possible ; grande est la pénurie d'ouvriers ; et je prie Dieu Notre-Seigneur que si, en la vie présente, nous ne nous revoyons pas, ce soit pour l'autre, en un repos meilleur que celui de ce monde. De Cochin, le 27 janvier i545.
Vester mini mus Jilius.
Magister Franciscus ' .
Enfin, au Père Simon Rodrig-uez, le même jour :
La grâce et l'amour de Jésus-Christ Notre-Seiç^neur nous soient toujours en aide et favorables. Amen.
I. Rcç. des Lettres des Indes (Min. des afif. étrang., Lisbonne).
Les lettres que j'écris à Rome, je vous les envoie ouvertes pour que vous les lisiez et sachiez les nouvelles de Goa, et vous disposiez à envoyer ici tous les ans de nombreux sujets. Quelque nombre qu'il en vienne, ils pourront tous servir Dieu Notre-Seigneur. Quant à vous, si les forcés du corps égalaient celles de l'esprit, votre venue serait très désirable. Ceci toutefois soit dit, au cas où le P. Ignace vous le conseillerait ou commanderait, car il est notre père : à lui nous devons obéir, et ne pas bouçer de nous-mêmes sans son avis et ses ordres. De Diego Fernandez, vous saurez que je l'ai vu à Goa, il y a un mois; il est fort tranquille, bien portant, et très heureux de vivre au Collège de Sainte-Foi, en la compagnie de Maître Diog'O (de Borba) et de Micer Paulo; il y rend, et avec joie, e^rand service à Dieu Notre-Seigneur. Il me dit qu'il vous écrivait longuement. Ne manquez pas de lui répondre, puisque tant il vous aime et chérit; vos lettres le consoleront, quand il y verra que vous avez plaisir à le voir vivre au Collège comme il fait.
Francisco Mansilhas et moi nous recommandons à vos dévotes oraisons et à celles des autres de la Compagnie. Nous tous, qui vivons ici, sommes vos créatures (feitura); puis, nous sommes en grande nécessité de secours spirituels ; nous les attendons de vous et de toutes les saintes âmes qui sont autour de vous. Recommandez-nous donc à leurs prières et à leurs saints sacrifices.
Je vous en prie, pour l'amour de Dieu Notre-Seigneur, écrivez-moi ou chargez quelqu'un de la Compagnie de m'écrire longuement, au sujet des Frères de Portugal et de Rome, de tous en général et de chacun en particulier. Notre meilleure consolation, c'est, quand les vaisseaux de Portugal arrivent, la lecture de vos lettres.
La lettre que j'écris aux Frères de Rome {Companheros de lioma)^ vous la lirez à Pedro Carvalho, notre grand ami, et
VOUS lui direz de ma part que, le tenant pour un de nos Frèr« de Rome et de Portujçal, je ne lui écris rien en dehors de la lettre commune à eux adressée. Vous en direz autant à tous ces Frères qui vivent avec vous. Cette lettre unique, lue à plusieurs, n'est déjà plus une lettre, mais plusieurs lettres.
Quant à celle que j'écris au P. Ignace, lisez-la seul, si vous ne jugez à propos de la lire à d'autres. Après quoi, vous les caché terez et les expédierez à Rome par voie silre.
Notre-Seigneur nous soit toujours en aide ; qu'il nous donne la grâce de connaître sa très sainte volonté et les forces pour l'accomplir, et exécuter ce que, à l'heure de notre mort, nous serons heureux d'avoir fait.
Un mot des, indulgences et autres grâces que je priai de solliciter à Rome, sut les instances du Gouverneur, ^ti la nécessité qu'il y a d'elles en ces contrées. J'en écris cette année au Roi, le priant de les obtenir pour la consolation du peuple fidèle des Indes. Et vous, pour l'amour de Noire-Seigneur, charge2^vous, de grâce, de rappeler au Roi d'en faire la demande à Sa Sainteté.
Ces années passées et la présente encore, j'ai prié le P. Ignace de solliciter une autre faveur spirituelle pour le Collège de Sainte-Foi ; ce sera complaire aux pieux personnages qui ont fondé cette maison , et contribuer efficacement à sa durable prospérité. 11 s'agit d'obtenir que Sa Sainteté déclare prhfilégié l'autel majeur de Sainte-Foi, de sorte que les prêtres qui y diront la messe retirent une âme du Purgatoire, comme s'ils célébraient sur les autels privilégiés de Rome. Cette indulgence, cette faveur, telle que je la fis demander, par ordre du Gouverneur, accroîtrait la dévotion de tous à cette sainte Maison.
Envoyez bien du monde dans l'Inde; ce sera étendre grandement les frontières de la sainte Mère Église. Je sais, par une expérience personnelle acquise et déjà grande, le bien
que font ici les ztHaleurs de la Foi de Jésus-Christ, notre Rédempteur et Seiçiieur ; de là mes si fréquentes insistances.
Dieu sait comme il est vrai que je désirerais grandement vous voir, et quelle grande consolation ce serait pour moi. Vous devez cela à votre vertu, et c'est aussi l'effet d'un don spécial de Dieu à votre endroit, que Ton désire à tel point vous revoir. J'explique ainsi la vivacité de mes propres désirs. Si, pour le meilleur ou avec un égal service de Dieu, ils se pouvaient réaliser, quel contentement, quelle joie j'aurais à vous voir et à vous servir ! c'est la vérité. Dieu le sait.
Ne permettez pas qu'aucun de nos amis vienne aux Indes, investi de charges et offices royaux. C'est de ceux à qui échoient de tels emplois que Ton peut dire, et la parole semble faite pour eux : Deleantur de libro vitœ et ctini j'ustis non scribantur. Quelque confiance que vous ayez en leur vertu, s'ils ne sont pas confirmés en grâce comme le furent les Apôtres, n'espérez pas qu'avec des dons inférieurs ils feront ce qu'ils doivent. Il est tellement passé en coutume, ici, de faire ce qui ne se doit pas, que nul ne s'en inquiète ; tous vont par le chemin de rapio, rapis^ et j'admire comment ceux qui nous arrivent de par-delà savent enrichir ce verbe rapio^ rapîs de modes, de temps, de participes nouveaux. Ils ont d'ailleurs la conscience tellement formée, que, de ce qu'ils ont une fois pris, ils ne lâchent jamais rien ; jugez par là comme elles s'en vont mal dépêchées de cette vie, les âmes qui furent ici dépêchées avec leurs offices et charges.
Le Vicaire général Miguel Vaz se rend en Portugal ; il fut toujours, dans ce pays de l'Inde, très zélé pour le service de Dieu : vous le verrez, et à ce zèle pour l'honneur de Jésus- Christ, à la sainteté de ses entretiens, vous reconnaîtrez ce que vaut sa personne. Il vous informera longuement des choses d'ici. J'écris au Roi, à son sujet ; je le fiiis pour la décharge de ma conscience et de celle de Son Altesse. Je prie le
302 FRANÇOIS A NÉOAPATAM (1545).
Roi de renvoyer vite Miguel Vaz ; sa présence est très nécessaire dans rinde ; c'est Thomme qu'il faut pour défendre les ouailles contre d'insatiables loups. Gardien du troupeau des nouveaux convertis, Miguel Vaz ne cesse d'aboyer contre ceux qui le traquent ou le dévorent. Si Son Altesse en envoyait un autre, je ne sais quels pourraient être les bons résultats de sa détermination. Miguel Vaz est si aimé des bons, si redouté des méchants; puis, le nouveau venu aura-t-il, de si tôt, acquis l'expérience des choses que douze années de séjour dans l'Inde ont acquise à Miguel Vaz ? Parlez au Roi, afin qu'il nous le rende.
De Cochin, 27 janvier i545.
Votre vrai et très affectionné frère en Jésus-Christ,
Francisco'.
François, au commencement d'avril, se trouvait à Negapatam, avec la flotte, que Ton croyait destinée à conquérir Geylan à Jésus-Christ, et qui ne servit qu'à sauver, par son immobilité calculée et criminelle, un misérable intérêt de négoce.
De là, avant de connaître ce vil calcul, François, le 7 avril, écrivit à Mansilhas :
Mon très cher Père et Frère, Dieu sait combien plus j'aimerais vous voir et vous dire de vive voix, au lieu de le faire par lettre, comment vous devez servir Dieu sur cette côte, dans la grande vigilance des chrétiens. Je parle ainsi parce