AJuda, ms. lettres des IdiIcs
FRANÇOIS A NÉGAPATAM (^1545). 303
que j'ignore, encore à présent, ce que Dieu voudra faire de moi. Plaise à Dieu Notre-Seiçneur nous donner, en temps opportun, de connaître sa très sainte volonté et d'être prêts à l'exécuter, toutes les fois qu'il lui plaira de nous la manifester et de nous la faire sentir dans Tintime de Tàme; et de bien entendre aussi que, pour être heureux en ce monde, nous devons nous y tenir pour étrangers, tout disposés à vivre indifféremment ici ou là, selon que le demandera le plus ^[xand service de Dieu Xotre-Seiçneur.
Pour moi, j'ai nouvelle certaine cjue, dans la réjçion de Malaca, il y aurait belle porte ouverte au service de Dieu, et que, s'il ne s'y fait pas beaucoup de chrétiens, si notre sainte Foi ne s'y étend pas grandement, c'est faute d'hommes qui y travaillent.
Je ne sais à quoi aboutira l'affaire de Jafanapatam; c'est pour cela que je n'arrête pas encore si j'irai à Malaca, ou si je demeurerai ici : j'espère pouvoir me déterminer dans le courant du mois de mai.
Il s'est fait récemment des chrétiens aux îles de Macassar, et le roi de ces îles a fait demander, à Malaca, des Pères qui leur enseignent notre sainte Foi et Loi. Je ne sais quels Pères (prêlres) y pourront aller de Malaca. Si Dieu Notre-Seigneur voulait se servir de moi dans ces fies, et (jue je me déterminasse à partir dans le courant de mai, vous enverrez un patamar à Goa, au seigneur Gouverneur, pour lui faire savoir nion départ vers ces régions, afin qu'il ordonne au Capitan de Malaca de me donner l'aide et faveur dont j'aurai besoin, en vue du service de Dieu Notre-Seiçneur. Si je pars en effet pour ces îles de Macassar, je vous en écrirai.
Ne vous lassez pas de travailler auprès de votre [leuple; prêchez continuellement par tous ces Ingares; baptisez très dilî/çemment les enfants qui viennent au monde, et faites qu'en tout lieu les prières soient enseignées.
304 FRANÇOIS A NÉGAPATAM (1545).
Réclamez de Juan da Criiz deux mille fanoens, levés sur la pêcherie pour rinstructioii des enfants; recouvrez de même les fanoens que vous laissâtes au P. Juan de Liçano. Puis, avec grande activité, faites enseitjner les prières par toute la côte; ne vous fixez nulle part; allez sans relâche d'une localité à une autre; visitez tous ces chrétiens, comme je le faisais quand j'étais là. Ainsi faisant, vous servirez mieux Dieu Notre-Seiçj^neur.
Dressez bien, à Manapar, le compte des dépenses qui se sont faites pour Téçlisc. Je remis en garde à Diego Rebello deux mille fanoens, don d'Iniquitrihirin pour les églises de ses terres. Le P. François Coelho sait ce qui a été dépensé et ce qui est de reste.
Vous emploierez deux mille fanoens pour renseignemenl des enfants; vous visiterez les chrétiens nouvellement faits de la côte de Travancor; vous distribuerez par toutes ces terres, dans l'ordre que vous jugerez meilleur, ces Pères nialabares, et vous veillerez bien à ce qu'ils édifient le peuple par Thonnêteté, la chasteté de leur vie et leur diligence au service de Dieu.
Vous remettrez au Père Juan de Liçano cent fanoens, qu'il me prêta pour l'utilité des chrétiens, quand vous étiez à Punicale. Vous les prendrez de l'argent destiné à l'instruction des enfants. Mais vous n'en tirerez pas autre chose, et remploierez tout entier à payer des maîtres qui apprennent diligemment aux enfants les prières.
Je vous recommande [)lus spécialement deux choses : la première est que vous alliez continuellement d'un lieu à un autre, baptisant les nouveau-nés et faisant enseigner avec grand soin les [irières; la seconde, que vous ayez Toeil sur la conduite de ces prêtres nialabares, afin qu'ils ne se damnent pas, et chàtiez-les au besoin, car c'est un grand péché que de ne châtier point qui le mérite, et plus encore ceux de qui la
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mauvaise vie est pour une foule d'autres sujet de scandale.
Aidez Cosnie de Payva à décharg^er sa conscience de beaucoup de vols qu'il a faits sur cette côte; des maux, des meurtres même que sa grande cupidité occasionna à Tutucurin; donnez-lui aussi, comme ami de son honneur, le conseil de restituer Tardent qu'il accepta de ceux qui tuèrent les Portugais. C'est si vilaine chose que de vendre à prix d'argent le sang des Portugais! Je ne lui écris pas, car je n'espère pas du tout qu'il s'amende; mais avisez-le, de ma part, que je dois écrire ses méfaits au Roi et au seigneur Gouverneur, afin qu'ils le châtient, et, de plus, à l'Infant don Enrique afin que, par voie d'inquisition, il châtie lui aussi ceux qui persécutent les nouveaux convertis à notre sainte Loi et Foi. Qu'il songe donc à s'amender.
Si Juan de Artiaga est par delà, ne permettez pas qu'il réside plus sur cette côte, et dites à Cosme de Payva de ne lui plus rien payer désormais, parce qu'il n'est pas fait pour habiter ce pays.
Accueillez chez vous le basque Fernandez, porteur de la présente; j'espère de Dieu Notre-Seigneur qu'il sera des nôtres. Il me paraît très bon enfant (muito bom Jîlho) et fort désireux de servir Dieu : il est donc juste que nous l'aidions.
Ecrivez-moi longuement, et de vous, et de vos chrétiens. Dites-moi aussi si Cosme de Payva se corrige, s'il restitue les levées indues faites sur les chrétiens.
Notre-Seigneur vous soit toujours en aide, comme je désire qu'il me le soit.
De Nagapatam, 7 avril i545.
Votre frère en Jésus-Christ, François'.
i. Ajttda, ms» Lettres des Indes.
306 FRANÇOIS A MÉLIAPOUR (1545).
Quand la Irahison deceux qui dirig-eaient Texpédilion de Jafanapatam eut été consommée^ François, sans en connaître cependant tout le lamentable résul tat, alla se consoler auprès de saint Thomas, à Meliapour, d'où il écrit, le 8 mai, à Diog-o de Borba eli Paul Gamerino :
Mes très chers et bien-aimés frères, la grâce et l'amour df Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.
On n'a pas pris Jafanapatam ; on n'a pas mis en possession du royaume le prince qui devait se faire chrétien. On a laissé l'entreprise, parce qu'un vaisseau du Portugal venant de Pcçii a donné à la côte, et que la cargaison étant venue aux mains du roi de Jafanapatam, on a voulu, avant tout, recouvrer II cargaison : pour ceci, on laisse ce qu'avait commandé de faire le Gouverneur ; plaise à Dieu qu'on le fasse, s'il y va de son service.
Je fus quelques jours à Negapatam, et la saison ne me pe^ mit pas dé retourner au cap de Comorin : j'ai été obligé de venir à San-Tomé, et je me suis donné, dans cette sainte maison, l'office de prier Notre-Seigneur de donner à mon âme intime connaissance de sa sainte volonté, avec ferme propos de l'accomplir et ferme espérance qiiod dabit per/icere qaod dederit velte. Il a plu à Dieu de se souvenir de moi, selon sa miséricorde accoutumée : sa volonté est (je l'ai compris avec grande consolation intérieure) que j'aille dans la région de Malaca, où deux rois du pays appelé Macaçar se sont nouvellement faits chrétiens, afin de leur expliquer la doctrine de notre sainte Foi. Je traduirai en leur langue les articles du Credo et les Gommandemenls, et j'y ajouterai un bref commentaire. Il est bien juste, très chers frères, que, s'étant faits spontanément chrétiens, nous les traitions avec une spéciale
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faveur. Je traduirai eu leur laug^ue le Pater noster et VAve " Maria^ afiu qu'ils sachent comment demander à Dieu Taccroissement de leur foi et la grâce d'observer sa loi; et, de > même, le Confiieor^ afin que, en attendant que Dieu leur envoie des confesseurs qui entendent leur langue, cette confession quotidienne des péchés leur tienne lieu de la confession sacriamentelle.
Le Père Francisco Mansilhas et autres Pères, malabares, demeurent avec les chrétiens du cap de Comorin ; là où ils sont, oh n'a pas besoin de moi.
Les Pères qui ont hiverné à Mozambique et d'autres qui, je Fespère, viendront de Portugal, iront en compagnie des princes de Ceylan, quand ceux-ci retourneront en leur pays.
Quant à mon voyage vers les nouveaux chrétiens de Macaçar, j'y espère de Dieu Notre-Seigneur de grandes grâces, puisqu'il m'a fait celle de comprendre, avec de si vives impressions de joie spirituelle, que sa très sainte volonté me le commande. Je croirais, en ne le faisant pas, désobéir expressément à ses ordres et me condamner à en porter la peine dans ce monde et dans l'autre. Aussi suis-je tellement déterminé à partir que, s'il n'y a pas cette année de vaisseau pour Malaca, j'irai par quelque bâtiment de Mores ou de païens, (^est pour le seul amour de Dieu Notre-Seigneur que je fais ce voyage : telle est donc ma confiance en lui, mes très chers frères, que si pcs vaisseaux mêmes font défaut et qu'un patamar (j'entends une petite barque quelconque) prenne la mer, j'irai, sans hésiter, sur le patamar, mon espoir tout en Dieu. Je vous prie donc, très chers frères en Jésus-Christ, pour son amour et service, de vous souvenir de moi en vos saints sacrifices et continuelles oraisons et de me recommander à Dieu.
Ce sera, je l'espère, à la fin du mois d'août que je partirai pour Malaca : les vaisseaux qui doivent s'y rendre attendent la mousson. J'écris au Gouverneur, lui demandant provision
SOS FRANÇOIS A MÉLIAPOUR (1545).
à l'adresse du capilaiiie de Malaca, afin que celui-ci me pourvoie d'embarcation et de tout le nécessaire pour aller aux îles de Macaçar. Ayez soin de l'avoir de sa Seigneurie, et favoyez-la-moi par ce patamar, ainsi qu'un petit bréviaire romain.
Mes amitiés à notre grand et véritable ami Cosme Anes. Je ne lui écris pas, la présente étant pour lui comme pour vous deux.
S'il arrivait des Pères de notre Compagnie étrangers an Portugal et n'en sachant pas la langue, qu'ils l'apprennent : on ne trouverait pas aisément d'interprète qui pût les entendre.
De Malaca, je vous écrirai plus longuement : je vous dirai ce que sont les nouveaux chrétiens et les moyens qu'il v a d'en multiplier le nombre, afin que, de Groa, vous y envoviez ceux qui pourront aider à la propagation de la Foi. Volit maison s'appelle Santa-Fé : les œuvres doivent répondre an nom.
Les patamares qui partiront au mois de juillet vous appo^ teront des lettres de nous plus longues que celle-ci. Je ne sais si nous nous reverrons en ce monde ; plaise à Dieu nous réunir en sa sainte gloire. Amen.
San-Tomé, 8 mai i545.
Vester minimus f rater,
Franciscus '.
Gaspard Goelho, vicaire de Fég^lise Saint-Thomas de Meliapour, écrivit plus tard, au sujet du i séjour que fil François dans sa maison :
Je soussigné, Gaspard Coelho, vicaire perpétuel de l'église