I . Ajnda. — Lettres des Indes
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du bifen qu'elle rêvaîl. Un autre Mîg'iiel Vaz se rendait à Lisbonne ; mais, de ce côté non plus, François n'attendait pas un secours efficace : deux lettres, une du saint évêque Jean de Albuqnerque, Taulre du saint Vicaire des Dominicains, le Père DiogoBe^ inudez, révéleront à la fois, et les sentiments des deux personnages, et ceux de François de Xavier. L'Evêque écrit au Roi, le 28 novembre :
Je sais bien que d'autres vous écriront le nouvel événemenl spirituel arrivé dans votre ville; les Pères du collège Sainte Foi, en particulier, vous l'exposeront dans leurs lettres; j'ai voulu cependant mettre ici quelques lij^es à ce sujet, parcf que j'ai eu part à l'ouvraçe, bien que la palme en appartienne à de plus vertueux que moi. Ceci soit donc à la gloire de Notre-Seigneur et pour la consolation de V. A., qui ne ponrsuit rien tant, dans ces pays, que la conversion des Infidèles à la vraie Foi catholique de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il plut à Dieu, pour cela, de préférer à tous les autres rois votre père le roi Don Manoel (qu'il ait la sainte çloire!) et V. A. demeure avec son h^^ritage et la charge de continuer sa sainte entreprise.
L'événement est que, dimanche dernier, nous baptisâmes, au collège de Sainte-Foi, un païen que l'on appelait Loquu, et que l'on appellera, maintenant, du nom de Lucas de Saa. C'était un autre Saul, si bien il soutenait les païens de cette île, et les favorisait dans leurs erreurs. Il fut très riche, an temps où on l'eut pour grand Fermier des douanes et autres revenus de V. A. Durant ces longues années, en grande amitié avec les Gouverneurs, il hantait fort le palais ; et, de sa faveur, de ses aumônes, de ses largesses il soutenait les païens, les empêchant d'embrasser le Christianisme. Ses succès, à cet égard, dépassaient ceux du Fermier général Chris-
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naa, bien que celui-ci ait plus de crédit auprès des païens et, - sans cesse, ait favorisé et favorise, de tout son pouvoir, le paj^nisine.
II a donc plu à Notre-Seigneur de le renverser de cheval y (j'entends de l'honneur où il vivait), et cela, sans bâton ni pierre, c'est-à-dire, sans nos répréhensions ou prédications; car, depuis longtemps, nous ne faisions guère que prier, sans a.jK^r autrement auprès de lui. Tandis que nous semblions l'abandonner, Dieu, par des coups salutaires, qui Fatteig'naient et au dehors et au dedans, a fait tomber de ses yeux les écailles qui les voilaient; je veux dire, il Ta détaché de ses idolâtries, et il a ouvert les puissances de son âme à la vérité; de sorte qu'il a occupé son entendement à connaître les articles de la Foi, sa mémoire à les apprendre, et sa volonté à aimer les préceptes divins.
Avec lui se baptisèrent sa femme, deux nobles QuamquareSy un sien neveu et une autre femme. H y eut une grande fête : toute la ville vint voir ce baptême : les Jidalgos et le Gouverneur s'y trouvèrent. — Fifres, trompettes, timbales, sonnerie des cloches, rien ne manqua. Je baptisai : un Père de la Compagnie de Jésus tenait le bassin, un autre les saintes-huiles, un autre un cierge à la main, etc. On fît procession dans le cloître : les hommes y furent nombreux, et plusieurs émus jusqu'aux larmes. Le Gouverneur, Garcia de Saa, fut parrain; le Père Antonio Gomez prêcha fort bien ; il parla de la Foi, du prix auquel Jésus-Christ a racheté les âmes, et il recommanda les chrétiens du pays. Je m'étends ainsi, parce que je sais le plaisir qu'a V. A. d'entendre parler d'âmes sauvées, de ce pays surtout.
Le fils de Chrisnaa a succédé à son père dans l'office de Fermier général : qu'il tombât, à son tour, bien que superbe, — et qu'on nous laissât abattre discrètement quelques-uns de ces païens puissants, — les Pères de la Compatçnie de Jésus
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et moi, leur conipa^uon, en un an ou deux au plus, niiut î ferions toute cette fie chrétienne. Après la tçràce de mon salut. je ne demande rien tant que de voir, avant de mourir, cette j fie entièrement chrétienne. A mon âiçe, après les travaux de | la vie reliçieuse, et ceux de ce pays, accompag^nés de bien des ; ennuis, je ne saurais vivre louij^lemps : ma joie, en mourant, serait là. J'ai parlé au Gouverneur; je Tai prié de donner i Lucas de Saa l'office de Chrisnaa : favoriser les païens convertis, c'est le mieux pour atteindre notre fin. Je ne saisc? que fera le Gouverneur.
Il y a deux mois, j'envoyai à l'fle de Divar un merinu d'Église, avec le Père de l'Ermitas^e et deux témoins, pour chercher et saisir dans la maison d'un infidèle noble, des pag^odes et des livres païens. On m'apporta un panier de res livres. Or, le païen eut assez d'autorité pour obtenir que If Gouverneur me fft réclamer ces livres : un domestique m\ chez moi, de la part du Gouverneur, et il entra, en compaçnif du noble païen, me disant que j'eusse à lui rendre les livres. Je ne pus supporter cette insolence, et, me levant de ma chaise, sans rien dire, je pris un bâton (un bourdon) qui se trouvait là, et, tout vieux que je suis, je courus après le païen, qui s'enfuyait : je traversai ainsi, à sa poursuite, la chambre et la salle : je l'atteignis près de la porte, et, voulant lui donner du bâton sur le dos, le bâton atteig-nit le haut du portail et se rompit. Je retournai à la chambre et je dis au domestique du Gouverneur : « Dites â Sa Seigneurie que ce que j'ai fait, il propos de ce païen, je l'ai fait pour tous, depuis bien des années, et sous les (iouverneurs précédents, afin de détruire le [)aiî^anisme et [)r()paî^er la sainte Foi de J<isus-Christ. Ce païen n'aurait pas du être favorisé, ni ouï, ni reçu au palais. Que si Sa Seigneurie ne trouve pas à propos que jVi^isse ainsi, dites-lui que, par ordre du Roi, je ne suis pas venu ici p<iur autre chose. Quant a ordonner des prêtres et souffleter {dar
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bofetadas) les enfants, à la Confirmation, le fasse (jui voudra... »
Le domestique partit : Je n'ai pas eu de réponse, et n*ai pas, jusqu'à présent, dit mot de cela moi-même au Gouverneur. Je montrai le panier de livres au Père Antonio liomez. II en prit un, pour voir s'il trouverait quelqu'un qui le pût lire. Je n'avais rien dit de ces choses à V. A., jusqu*à ce jour : je lui en parle; elles me pèsent. Il me semble hou (pie Lucas de Saa re<;oive quelque honneur signalé; que V. A. lui donne la charge de Chrisnaa, savoir, celle de Fermier général sur tous les païens : rien, après Dieu, ne saurait les attirer au baptême, autant que ces honneurs : ils sont, en effet, très vaniteux. Loquu étant, maintenant, Lucas de Saa, il convient que Chrisnaa, comme Ësaû, soit supplanté par Jacob, et que celui-ci ait la bénédiction , l'autre ne la méritant pas.
Je vois, par expérience, qu'il n'est pas venu dans ce pays d'hommes plus zélés, plus soigneux, plus dihgents dans l'cruvre de la conversion des Infidèles et pour aider les Portugais à se sauver, que les Pères de la Compagnie de Jésus. Ils vont, chaque jour, à l'hôpital, confesser et servir les malades; ils sont fort assidus à la prison et à la table des Lascarins que tient le Gouverneur, car lui ne dîne ni ne soupe à cette table. Trois fois la semaine, avant le dîner, ils prêchent, tous les Lascarins étant là assis, en bon ordre, à leurs tables. C'est un Père de la Compagnie, appelé Maître Gaspard, qui, debout, leur prêche. Quand il a fini, on apporte le dîner, et les Lascarins dînent. Beaucoup de gens nobles font des confessions générales aux Pères; nous sommes, quasi toute l'année, grâces à eux, en une sorte de Carême; ils vont, par les Er^ mitages, où prêchent aux Canarins, en leur langue, des jeunes gens élevés dans le collège. Je les acconq)agne quelquefois. Dieu veuille conserver et mener à perfection de si
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bonnes œuvres. Ce qui nous manque, c'est que le Chefiw» aide davantai^e.
Tous les autres Pères, Franciscains et Dominicains, (jw V. A. a récemment envoyés, sont très vertueux et ils fort ce qu'ils peuvent, avec leurs prédications... Le Père desânt Dominique, qu'on appelle Vicaire «général, m*a dit vouloir envoyer deux de ses Pères à Chaul, vu qu'ils sont bons prédicateurs et confesseurs : j'en ai été très content et leur ai donnr le meilleur ermitage qu'il y ait dans cette forteresse : joint à l'ermitage, est une maison qui leur suffira. Je lui ait dit dVnvoyer deux autres Pères à Cochin, pour les mêmes ministères, et que je leur donnerai un autre ermitaiçe : nous en sommes d'accord.
Ils doivent, je crois, écrire à V. A., pour lui demander de fonder une nouvelle maison de leur Ordre à Chaul et uni» autre à Cochin. 11 me semble à moi, selon Dieu, que, pour le présent, ce n'est pas à faire : maintenant, leur maison de Goa suffit. Les raisons de cela, si V. A. les veut connaître, je les lui écrirai : il en est une que je hii dirai, aujourd'hui: la voici : — Cette Inde tout entière, je voudrais la voir remplie (ïapdtresy pour les raisons ci-dessus dites. Si j'en avais, j'en aurais déjà peuplé Chaul, Cochin et toutes les forteresses, et un grand fruit se serait fait : j'en voudrais rencx>ntrer un et même deux dans chaque rue des endroits habités de l'Inde : la dévotion que le peuple leur porte, la modestie de leur extérieur (honestidade de sens trajos)^ leur mépris de la mondanité ravit (trespassa) les cœurs des hommes. Leur armure spirituelle les laisse bien libres et déiçaçés; ils ne sont pas à charité au clergé séculier, parce qu'ils ne prennent ni trentenaires, ni messes, ni sépultures de morts; ils ne vont pas, avec la croix, par les maisons, faire la levée des corps. Le clergé de re pays est très pauvre. Ainsi, à Cananor. depuis qu'un rouvent y est établi, au lieu de quatre bénéfi-
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ciers et du vicaire, qui s'y trouvaient et célébraient l'office divin dans l'église principale, le vicaire seul peut vivre, et il ne s'y dit qu'une messe basse. Mais les Pères de la Compagnie, tout leur travail est auprès des âmes, sans oppression du clergé séculier. Je suis obligé de dire, surtout en cette matière, les vérités (as verdades) à V. A...'.
Il y a dans cette ville un prêtre français, appelé Gabriel Fermoso (Le Beau), qui fut chapelain de Martin Afonso de Sousa. Je lui donnai, pour l'amour du Gouverneur, la vicairie de Notre-Dame de La Luz. II s'en alla, avec lui, en Portugal, mais il est revenu, avec le titre de Capellan de V. A. et celui de Protonotaire, que lui a délivré le Nonce qui est à Lisbonne ; de sorte qu'il est exempt de mon autorité et relève immédiatement du Pape... Le voilà maintenant, qui me requiert de lui laisser porter rochet aux processions générales, etc. : c'est grand dommage, car personne, avant lui, n'était venu ici avec ces prétentions, et déjà tous les clercs de la ville veulent être protonotaires : on aime tant et les vanités, et le peu de sujétion ! Que l'on révoque vite ce Bref de Protonotaire, et, avec cela, les autres se tairont. Ce Gabriel Fermoso n'est qu'un ignorant (idiota). Priez les Nonces de ne pas envoyer ici de pareils titres.
Il me paraît bien que V. A. charge le Père Antonio Gomez de venir, quelquefois, prêcher à la cathédrale : il le fait, sans doute, par vertu et quand je l'en prie; mais, en ayant charge,
I. Peu après la mort de Miia^el Vaz, entre les avisos pour la réforme lie rinde, que TEvêque faisait parvenir au Roi, se trouvait le suivant : — « Les hommes de meilleur zèle et qui conviennent le mieux pour cette sainte œuvre sont les Pères de la Compagnie de Jésus : ils sont, en effet, les mieux appareillés en toute vertu ; ceux qui donnent le plus de profit et le moins de peine : il semble donc superflu (esciisodo) d'en envoyer d'autres que ceux-là. »
Plaise à Dieu faire toujours revivre, sans jiréjudice |)our personne, de tels |)ères dans leurs fils!