‹ Saint François de XavierChapitre 65 sur 84 · I. Ajuda, ms. Lettres des Indes · texte numérisé non relu

I. Ajuda, ms. Lettres des Indes

414 FRANœiS A COCHIN (1549).

Le I*' février, encore un billet pour Simon Ro-l^ driguez :

La grâce et raniour de Jésus-Chrisl Nolre^Seiçiieur, etc.

Tant de personnes me demandent des lettres pour vous, que je dois m'exécuter quelquefois; puis, j'ai plaisir à vous écrire, parce qu'il me semble que ce même plaisir vous !f ressentez à me lire.

Les porteurs de la présente sont deux hommes mariés it Malaca, gens de bien et bons chrétiens. Ils vont en Portugal pour des affaires qu'ils sont obligés d'y traiter. Ils vous donneront beaucoup de nouvelles de Malaca; ils vous parleronL comme témoins oculaires, des biens qu'y font ceux de la Compagnie. Ils sont aussi porteurs de lettres du Père Francisco Perez, où ces mêmes choses sont, je crois, exposées. Ils vous fourniront quelques renseignements sur la Chine et If Japon, qui leur sont venus à Malaca, où ils ont longtemps vécu.

Tous mes amis (devotos) sont stupéfiés de me voir entreprendre un voyage si long et si périlleux; et moi je me pdiur (pasmo) de voir leur peu de foi : Il est vrai, les tempêtes de ces régions sont les plus violentes (jue Ton ait encore observées; mais Dieu Notre-Seigneur est maître; il règne dans ces mers de la Chine et du Japon. Les vents y sont redoutables, les écueils nombreux : force vaisseaux y périssent ; mais ces vents et ces écueils ne peuvent rien qu'au gré de Dieu. Il va tant de larrons de mer dans ces parages; ils sont si cniels: ils torturent de si horribles façons, avant de leur donner la mort, ceux qui tombent en leurs mains, les Portugais surtout, qu'il y a là déjà de quoi trembler; — mais Notre-Seigneur a tout pouvoir sur ces larrons : ni eux donc, ni le reste ne me font peur. Ce dont j'ai peur, c'est que Dieu Nolre- Selgneur ne me châtie pour être négligent à son service, pour

l'être rendu inutile, incapable de propa^^er, au milieu des lenlils qui Fignorent, la connaissance du nom de Jésus- Ihrisl; mais les périls, les labeurs, les épouvantes dont parent mes amis, je les compte pour rien : seule la crainte de 3ieu me demeure, puisque ce que les créatures ont de puissance redoutable ne s'étend pas au-delà de la limite que lui race leur Créateur.

Pour l'amour et service de Dieu Notre-Seigneur, je vous prie de faire bon accueil aux deux porteurs de ma lettre; aidez-les, favorisez-les, comme vous pourrez bonnement le faire, durant le peu de jours qu'ils passeront à Lisbonne. V^ous pourrez avoir par eux bien des renseignements sur l' Inde, et par eux vous m'écrirez très longuement. Parlez-moi de tous ceux de la Compagnie qui sont en Italie, en France, en Flandre, en Allemagne, en Espagne, en Aragon et au béni collège de Coïmbre. De Malaca, il part, tous les ans, des vaisseaux qui vont en Chine, et de la Chine au Japon : vous adresserez vos lettres aux Pères de la Compagnie qui sont à Malaca. Eux garderont les originaux, mais, par bien des voies, ils nous en adresseront des copies, et tant de copies, que quelqu'une nous parviendra.

Xotre-Seigneur nous réunisse dans sa sainte gloire du paradis. Amen.

Aujourd'hui, i®'' février 1649.

Votre tout en Jésus-Christ affectionné frère,

Francisco *.

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