‹ Saint François de XavierChapitre 67 sur 84 · COSME DE TORRES · texte numérisé non relu

COSME DE TORRES

^^ ^tre écoliers de grammaire, naturels du pays. Par la 4jn\ce ^^ Dieu, ils en profitèrent beaucoup, y recevant connaissance ^^ Notre-Seiçneur et un singulier don de larmes; nous étions ^^xis émerveillés de cette impression (pie faisaient les Exer- '^^ces, les rares effets qu'ils produisaient en ces âmes de nou- ^""«aux convertis. Le P. Maître François en était encore plus *^avi que nous; il louait Dieu, et ne cessait de s'informer aiil'^rès de moi si le fruit persévérait, tel que je l'avais observé. Peu après, le P. Maître François alla visiter les chrétiens du cap de Comorin. Avant de s'éloijjner, il me parla d'un pays appelé Japon, et me dit qu'à son retour de Comorin, il désirait m'y prendre avec lui; ce que j'acceptai avec reconnaissance, comme çràce très s^rande de Notre-Seiji^neur et marque si touchante de l'amitié que le Père avait pour moi. Je vous prie, mes Pères et frères en Jésus-Christ, de m'aider à rendn» grâces à Dieu.

Il y a, dans ce collège, un jeune Japonais appelé Paul, de qui vous verrez une lettre; il a un jugement si lucide, \\m* mémoire, une intelligence si heureuses, il pénètre si bien dans la connaissance de Dieu, que je vais prochainement, par ordre du P. Maître François, lui donner les Exercices.

Nous partirons pour le Japon au nu)is d'avril i54y. Jusqu'à présent, on n'a pas décidé quels autres y devront aller '.

I. Le second élu de Fraiiçjois fut Juan Fcrnandoz. Le P. I^uis Frois parir ainsi de ce digne conipac^non de l*apùtrc du Japon :

« Juan Fernandez, natif de (^ordoue, ('Mait, avec son frère aine, marchand e soies et de velours à Lisbonne, quand il entra, à viui^-deux ans, au noviciat, le 19 niai 1^47, à suite d'une prédication du Fr. Franrois de Kstrada. Il partit, Tannée (Paprès, pour les Indes. Maii^re, délicat, faible, il faisait, à Ijoa, trois et (}uatre heures d'uraison, à genoux, et y remplissait, à la fois, les offices de liuiçer, d*intîrmior et de sous-minislre. Dès que Fran<;ois de Xavier Feut observé, il le choisit pour aller avec lui au Japon. Kn même temps, il commanda qu*ou le (onsu rat, qu'on lui donnAt un bréviaire et qu'il fùl préparé pour l'ordination sacerdotale avant le départ. Franeois ne revenait guère sur les décisions qu'il avait prises, parce «prelles étaient bien préméditées : ici cependant, telles furent les larmes et les supplications de Juan

Nous avons «grande espérance ({u'il s'v fera beaucoup de ïm, et cela pour deux raisons : la première est qu'une sDrte df prophétie, répandue chez les Japonais, leur aiiuouoe prédio | tion d'une reliçion meilleure que la leur; la seconde, quel» ' cens reliçieux de ce pays aiment fort à entendre tout ce i instruit et porte à la vertu. Ce sont là les motifs de la sTànit espérance du P. Maître François... ^

La lettre du Japonais, qui ne partit qu'avec celle de Gosme de Terres, était déjà écrite depuis le -^9 novembre i548 : Paul de Sainte-Foi l'adressse à sainl Ig'nace :

J.H-S. Paul de Japon envoie la paix, la g-ràce et TaiiHjur de Jésus-Christ au P. Iv^nace et aux autres Pères et Frères df la Compaifnie de Jésus, afin qu'il soit glorifié et la sainte Foi augmentée.

11 plut à Celui qui me réserva, dès le sein de ma luèiv (venu qu'il est [)our chercher la brebis errante et perduej. de ne me pas oublier, moi, si éloigné de lui, de me tirer des ténèbres et de m'amener à la lumière et à un état de salut, par la Foi de Jésus-(]hrist, le Réparateur de nos âmes. Et, non content de m'avoir attiré à la connaissance de la Vérité, il a

Keruaiulrz, pour cire laissé dans le clcjufré de Frère eoadjutcur, nue Frani,'0& crut devoir s'y rendre. Juan fui le premier à savoir la laDg'ue japoDaise. et il composa de doctes écrits sur celte lancçue. Ils périrent dans un iocendir* et Juan n'en tcmois^na aucun trouble. 11 fui un des plus utiles ou\'riers île U Compagnie au Japon. I^ P. Cosme de Torres disait : »« Il se ferait bien peu de chose au Japon, si nous perdions le Frère Juan Fernandez. » Tombé malade et muni des sacrements, le '.*J\ juin lîAi-j, il mourut le suricndeniai»- 1^ japonais était devenu son unique langau^c, à tel point (|uo, ôans !>«id at>;onie même, il n'invoqua Notre-Dame ou Notre-Seîgneur quVn japonais. Les chrétiens de Firando, au milieu descfueU il mourut , le pleurtrfDt longtemps. »

ï. Aju'la, Lellrcs des In<lcs.

PAUL, LE JAPONAIS (1549). 41i>

voulu être mou avocat auprès de son lV*re, aliii que rien ne me manque, et que tant de santç, répandu pour tous, ne soit pas perdu pour moi. Si grandes sont les 4»:ràces dont je sens la présence en mon ànie, qu'elles montrent bien la toutepuissance de Dieu; et lui, qui n'a besoin de [)ersonne, il veut se servir d'un si faible instrument. (Comment rette faveur du Seiçneur m'est veiuie, je vais vous le router, pour (ju'il en soit béni et loué.

Étant en mon pays de Japon, et encore InKdèle, il m'arriva de tuer, pour certains motifs, un homme... Je m'enfuis, de nuit, pour n'être point pris..., et j'allai trouver un Portugais, appelé Georjçe Alvarez, capitaine de vaisseau, qui m'accueillit et me traita bien, se proposant de m'amener et remettre à mon père Maître Fran(;ois, de qui il est grand ami. A ce qu'il me raconta de la vie de Maître François et de ses œuvres, il me vint un i^^rand désir de me voir avec lui.

Cheminant donc, nous arrivâmes à Malaca, et comme, durant la traversée, (ieori^e Alvarez m'avait appris ce (pie c/est qu'être chrétien, je me sentais déjà quelcpie peu disposé à accepter le baptême, et ce désir allait croissant de jour en jour, et je me serais vite fait chrétien, dès cette première venue à Malaca, si le vicaire de celte ville m'eut baptisé. Il nw demanda qui j'étais et dans cpielle condition je vivais. Je lui rendis compte, et lui dis que j'étais marié, et (|ue j'avais à retourner à ma maison. Sur (|uoi, il me refusa le baptême, disaut que je ne pouvais revenir à ma condition de nuu'ié avec une femme païenne. (Juand donc arriva la mousson pour h» Japon, je m'embarquai sur un vaisseau ({ui allait en CJiine. Parvenu là, je profiterais, h» temps favorable venu, d'un vaisseau qui irait au Japon.

i^irtis de (Ihine, voie de Japon (le traj(»t est dt* sept ou huit jours, soient 200 lieu(*s), nous n'étions ii^uère qu'à vingt lieues de la cote de mon pavs, (»t nous la voyions, (pumd nous

tûiiics assaillis d'une violeiile tempête, venant de terre el Imitant la proue. L'obscurité était si profonde, que nous ue sivions pas où nous étions, et cela dura quatre jours el quaire nuits, chacun criant miséricorde, en une si affreuse détressr. Il fallut, pour échapper, aller reprendre le port de Chine, d'où nous étions sortis.

Me trouvant ainsi ramené en Chine, c^*tte leinp4>te nie donnait à penser; mon désir, d'ailleurs, d'être chrétien et de m'instruire dans la Foi me suivait toujours : j'hésitais donr, ne sachant à quoi me déterminer. Alors, je rencoutrai le Portu^^ais Alonso Vaz, qui, le premier, m'avait encouragé, dans mon pays, à venir à Malaca : il fut tout étonné d'apprendir et mon retour de Malaca, et le fait de la tempête qui me ramenait en Chine, et comme il s*en allait, avec un vaisseau pour Malaca, il me dit d'y retourner avec lui. Avec lui me pressait de le faire un Lorenzo Botelho, hoiunie honorable : « Revenez à Malaca, me disait-il ; je crois que vous y trouverez le Père Maître François. De Malaca, vous irez dans Tlnde, au collège Saint-Paul de Uoa, où l'on vous instruira dans la Foi, et puis quelque Père ira, avec vous, au Japon. »

Le conseil me parut bon, et je me mis en route avec joie. En arrivant à Malaca, j'y rencontrai d'abord George Alvarez, qui s'empressa de me conduire au Père Maître François. Nous U trouvâmes dans une éçlise, occupé à célébrer un maria§[e. (ieorgcî Alvarez me remit en ses mains et lui conta lon^ement mon histoire. Pour comprendre que toutes ces choses étaient disposées par la providence de Dieu, il n'eût fallu quf voir avec (pielle «grande joie le Père Maître François me reirardait el nrembrassail. Cela, plus je vais, mieux je le comprends et le sens dans mon àme.

Déjà si satisfait, si consolé par la seule vue de Maître François, je [)us aussi m'entretenir avec lui, car j*entendais (juelque peu le portu«^ais et j'en pouvais dire quelques mots.

Le Père bientôt m'ordonna de me rendre au collèçe de Saint-Paul, en la compagnie de Georç^e Alvarez, qui allait à ^ioa, tandis que lui prendrait le chemin du cap Comorin, pour y visiter les chrétiens, et puis venir à Goa. Il ne s'attarda pas en route, car à peine j'arrivais au collège Saint-Paul, à l'entrée de mars i548, que, quatre ou cinq jours après, le Père Maître François y arriva. Ma consolation fut grande : du premier moment, en eflFet, où je Tavais vu, Témolion pieuse que j'avais ressentie m'avait mis au cœur le désir d'être à son service et de ne me séparer jamais de lui.

Étant dans ce collège et m'y instruisant dans la Foi, je reçus le baptême, au mois de mai de ladite année, le jour de la Pentecôte, dans la cathédrale et par les mains du seigneur Évêque; et, le même jour, fut aussi baptisé un mien serviteur (criado)y que j'avais amené du Japon : il est ici, comme moi.

J'espère de Dieu, créalei:r de toutes choses, et de Jésiis- (]hrist crucifié pour nous racheter, que ce qui est advenu tournera à sa gloire et à la propagation de la Foi. Les grâces particulières que j'ai reçues de Notre-Seigneur me font bien voir que là est la vérité; et tant de lumières, et un tel apaisement de ma conscience, une si grande paix, en rendent aussi témoignage. Plaise à Dieu, par sa miséricorde, que je ne lui sois pas ingrat, après de pcircils bienfaits; et aussi, de l'intelligence, mémoire et volonté qu'il m'a données, à ce que disent les Pères de ce collège. Ils s'étonnent de l'impression que font en moi les choses de Dieu; qu'en si peu de temps j'aie si bien appris à lire et à écrire; que j'aie pu entendre de si hautes doctrines; apprendre par ccrur l'évangile de saint Mathieu, que j'ai écrit en caractère japonais et divisé en phisieurs parties, afin de le mieux retenir. Vos Révérences trouveront ci-joints des spécimens de caractères et d'écriture du Japon.

Pour l'amour de Xotre-Seigneur, obtenez-moi, par vos prié-

res, que, m'ayant tant donné, il no laisse pas en moi sesHow sans aucun fruit, mais que tout y sen^e à sa louansçe et à si C^loire.

Et pour qu«» cela vienne à bon terme; pour que Nolre-Seit>^neur aide au Père Maître François, qui maintenant se prépare au voyai^e de Japon; pour que j'aie, moi, au besoin, la force de donner cent fois ma vie pour l'amour de Dieu, j'ai ijrand besoin d'un puissant secours du Père Isrnace et du Père Maître Antonio Gomez, et des autres Pères et Frères df la C()mpaA,^nie de Jésus. Qu'ils me recommandent donc oonlinuellement à Dieu, car j'espère en Xotre-Seifirneur qu'il se fera beaucoup de fruit au Japon, et que, avant de mourir, nous y verrons un collègue de la Compagnie, fondé pour la içloire de Jésus-Christ et la propae^ation de la Foi. Amen.

De Goa, 29 novembre i548.

Votre serviteur en Jésus-Christ,

Paul de Sainte-Foi, Japonais (ffitpon)\

A Gochin, François écrivit deux lettres, plus graves encore que celles qu'il adressait à Simon Rodrig'uez : une est adressée à saint Ignace, et l'autre à Jean III.

Il dit à saint Ig'nace, entr'autres choses, le î4 janvier:

« Toutes ces nations indiennes sont fort barbares, vicieuses et sans inclination pour la vertu ; pas de constance dans l*» caractère, nulle franchise. L'apostolat y est encore rendu bien difficile par les chaleurs excessives de IVtè, et par les vents et les pluies de Phiver; sans compter la difficulté des lanerues.

I. Ajnda. Lettres des Indes. — Le copiste imita la »ifinnaturc : .* Pouin (ir Snnrtn Fpp, ffttpon, •>

FRANÇOIS A COCHIN (^JAÎSVIKR 1549). 423

et les çfraves périls où l'on se rencontre, et pour la vie du du corps, et pour celle de Pâme,

Gntces à Dieu, nous tous, vos fils, hommes de la Compagnie, nous avons été bien gardés par sa providence, et, par sa même admirable grâce, nous sommes agréés, aimés, non seulement des Portugais, — soit hommes privés, soit magistrats civils, soit gens d^Eglise, — mais des païens euxmêmes.

L'ignorance est grande, chez les Indiens et les Mahométans : — ce n'est donc pas le grand savoir qui est principalement requis de ceux que vous nous enverrez ; mais il leur faut beaucoup de vertu, et surtout une parfaite chasteté, de la prudence, du courage, une vraie humilité, et puis, des forces corporelles.

Le Recteur que vous enverrez à (loa doit avoir deux qualités surtout : Tobéissance, afin de se concilier Tamitié des magistrats et du clergé ; qu'il soit ensuite, non pas grave et sévère, mais affable et doux; par là, il s'attachera le cœur de tous, et en particulier des écoliers et de ses frères. La Compagnie de Jésus n'est, ce me semble, qu'une Compagnie d'amour : loin de nous l'âpreté chez les ims, la crainte chez les autres. Nul ne doit être retenu par force : bien au contraire, il faut rejeter, malgré eux, ceux qui n'ont pas les vertus requises; et ceux qui les ont, c'est l'amour seul qui doit les lier, vu surtout qu'ils ont à souffrir pour Jésus-Christ Notre- Seigneur.

Je crois pouvoir affirmer que la Compagnie ne saurait, ici, se recruter, se perpétuer par l'admission de sujets indigènes; il faut donc, sous peine d'y voir le Christianisme s'éteindre, envoyer des sujets d'Europe. En ce moment, des hommes de la Compagnie vivent sur tous les points de l'Inde où il y a des chrétiens : quatre à Maluco, deux à Malaca, six au cap de Comorin, deux à Coulam, deux à Baçaïm, quatre

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à Socotora ; chaque croupe a son supérieur *. Ces terres sont séparées les unes des autres par de is^randes distances '.elles sont, de Goa, Maluco à plus de mille lieues; Malaca, à cinq cents; le cap de Comorin, à deux cents; Coulani, à cent vin$[lcinq; Baçaïm, à soixante; Socotora, à trois cents.

Dans ces pays, les Portugais ne sont maîtres que sur la mer et sur les côtes ; ailleurs, ils ne possèdent que les localités où ils vivent. Quant aux indigènes païens, ils ont horreur du Christianisme, et le labeur du moment est de protéger contre eux ceux qui se sont faits chrétiens. Sans doute, beaucoup se convertiraient, si les néophytes étaient bien traités par les Portugais; mais, les voyant méprisés, on ne veut pas se joindre à eux. Aussi, ne voyant moi-même aucune nécessité à mon séjour dans Tlnde, et silr de trouver, au Japon, des peuples avides de s'instruire, et libres, jusqu'à ce jour, de toute' accointance avec les Juifs et les Mahométans, j'ai résolu démo rendre chez eux, au plus tôt; et j'ai grande espérance que nos travaux y porteront des fruits sérieux et durables. Paul , un des trois Japonais venus avec moi, l'an passé, de Malaca. , vous écrit une longue lettre. En huit mois, il a appris à lire- , écrire et parler le portugais; il fait maintenant, et non sa» « utilité, les Exercices. Il dit des merveilles de son pays. Quan ^ j'aurai vu tout cela de près, je me propose d'en écrire à l'Université de Paris, afin que, par son moyen, toutes les Unive^T"sités de l'Europe en soient instruites. J'amènerai avec mO' îi outre les trois Japonais, un prêtre Valencien, Cosme de Torre^=^^ (jui s'est, ici, joint à nous, et, Dieu aidant, nous partirons, »- "" mois d'avril prochain. Le Japon est à plus de treize cen^lts lieues de Goa : il faut, pour s'y rendre, passer à Malaca ^t^'

1. (fonçjalvez observe : u M*^ François envoya à Socotora, en lôig, ''* P. Alphonse (^ypriano avec un autre Père et deux Frères; mais il n'y fc* *" sait que peu de chose. » Ce (ju'il ajoute prouve que les tentatives rcn<*«*" velées après la mort du Saint n'avaient pas encore eu de grands résultat-^» à la date de 1612 : le tçrand obstacle était la domination des Mores.

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^Vicher aux terres de Chine. Les dangers sont içrands, sur ce Kemin ; mais les récits de Paul de Sainte-Foi, ou plutôt Dieu aî-méme, m'animent tellement, que je me sens prêt à affroner plus de périls encore, pour semer TEvançile sur le sol du lapon.

Les Portugais ont, dans FInde, quinze forteresses : il serait facile d'y établir des maisons de la Compagnie, si le Roi aidait à la fondation : je lui en ai écrit, et aussi à Maître Simon, à qui je dis, de plus, que sa venue dans Tlnde, en compagnie de nombreux ouvriers et prédicateurs, si vous l'approuviez, serait d'une immense utilité : oui, mon Père, je le crois: Maître Simon jouit, auprès du Roi, d'une grande faveur, qui ser^'irait ici beaucoup à la fondation des collèges et à la protection des chrétiens, présents et à venir. Je désire bien que vous informiez Maître Simon de votre volonté, à cet égard. Le Père Antonio Gomez m'a dit que Maître Simon est tout disposé à venir^ avec de nombreux sujets du collège de Coïmbre : il on pourrait venir beaucoup d'autres de Rome ou d'ailleurs.

Ce serait nous rendre grand service et faire, ce me semble, chose agréable à Dieu, que de nous envoyer une lettre pleine de conseils spirituels : par celte sorte de testament, vous nous feriez part, à nous, vos moindres fils, des biens, des trésors que vous avez reçus du Ciel.

Le Père Enrique Enriquez, prêtre portugais, homme de {grande vertu, travaille au cap de Comorin : il parle et écrit très bien la langue malabare, et les chrétiens le vénèrent et le chérissent : consolez, je vous prie, par une de vos lettres un si bon, si laborieux, si utile ouvrier, qui portât pondus diei et aestus,

Fray Vicente m'a exprimé, de nouveau, le désir qu'il a de confier aux Pères de la Compagnie son séminaire de Cranganor : il veut (pie je vous en informe.

Enfin, je sollicite pour moi une irrAce, savoir, qu'un prêtre

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de la Compagnie célèbre, à mon intention, une fois le mois, dans Téçlise bAtie à l'endroit où, dit-on, saint Pierre fut cnjcifié; el veuillez aussi donner charge à quelqu'un de nous écrire ce qui se fait dans les collèges d'Europe, quelles opuvrw (Mit reprennent les Profès et autres membres de la Compa^if, et le fruit de ces œuvres : j'ai recommandé que les lettres venant de Rome soient expédiées à Malaca, d'oii elles me viendront au Japon.

Et vous, très vénéré Père de mon âme, comme si vous étiez là présent à mes yeux, je vous en supplie, les s^enouxpfi terre (c'est à genoux que je vous écris), ne cessez pas de me recommander A Dieu, dans vos saints Sacrifices et oraisons, afin que, ma vie durant, il me donne de connaître pleinement et de parfaitement accomplir sa très sainte volonté.

Votre moindre et plus inutile fils,

François.

Une hijuela du même jour renferme la louange de la sainteté du P. Antoine Griminale. François dit à saint Ignace que le P. Gyprien s'est d'abord effrayé, vu son âge, quand on lui a parlé d'aller, avec trois compagnons, à Socotpra, mais qu'il a pris courage, et que, fin janvier, il ira évang-éliser celle terre, pour l'expiation des péchés de sa jeunesse*. Le P. Lancilotti est à Coulam pour y fonder un collège. François envoie à Rome des spécimens de caractères japonais, et un mémoire sur le Japon, œuvre de Paul de Sainte-Foi.

I. J^«* p. (A'prien (Alphonse) avait plus do cinquante ans, lorsque saint liçnaccî, qui Pavait runnu lousrlcrnps auparavant, le reçut dans la (Ionipî>ti^nic. 11 vint dans l'Inde, en ir>40, et il y mourut, h San-Thomé d^ Mêliapour, après avoir vrénéreusenicnl travaillé au salut des Ames, |>endant treize ans : ce fut le jour anniversaire de la mort de saint ïsrnace, 3i juillet lârw).

FRANÇOIS A COCIIIN (.lANVIKR 1549). 427

La lettre adressée à Jean III est pleine des gfraves, des sévères avertissements d\\n Saipt à un Roi, qui aurait opéré des merveilles durables, en Orient, si une indomptable vigueur de caractère eut secondé chez lui la piété des intentions.

François lui annonce la venue à Lisbonne de Fray Villa del Conde; il lui redit les désolantes injustices, violences, rapines des Gapitans des forteresses et des autres agents royaux ; il lui donne l'assurance que le roi de Geylan est ennemi irréconciliable des chrétiens, et qu'en soutenant cet homme, comme il le fait, le roi de Portugal autorise tous les témoins de cette faveur à dire : Jean III possède les Indes, non pour y faire régner Jésus-Christ, mais pour y amasser de l'or, s'enrichir et enrichir les siens. — Il répète : — Ne comptez pas sur l'effet de vos recommandations écrites aux Gouverneurs, aux Gapitans; ce ne sont pas des paroles qu'il faut, mais des actes. — Il le supplie d'avoir quelque pitié des chrétiens du cap de Gomorin, sans défense depuis la mort de Miguel Vaz, leur si vrai père. Enfin, à plusieurs reprises, il lui remet devant les yeux la mort, le jugement, les peines de l'autre vie; et plaise à Dieu, dit-il, pour dernier mot, que ce ne soient pas les peines de l'enfer. — A Jean III, comme à saint Ignace, François déclare que s'il s' en/ni f au Japon, une des raisons principales de cette fuite est le dégoût et le désespoir que lui cause la vue de la mauvaise administration des Indes.

De Lisbonne, administrer les Indes ne pouvait

qu'être chose bien difficile, vu surtout que, dans] l'entourage du Roi , les coupables ne manquaient pas de s'assurer, à tout prix, de puissants complices, de tout-puissants patrons. La grandeur du mal, qui désolait François, inspirait, en ce même temps, les lignes suivantes à Gorrea :

« Combien s'en retournent en Portugal, chargés de vok,

« d'homicides, de crimes qui sembleraient impossibles, et

« je les vois passer devant le Roi, sans qu'on les châtie: s^nd

« sera le compte que le Roi en devra rendre à Dieu. Les Gi>u-

« verneurs vivant sans crainte, les capitaines des forteresses,

« les juges, les administrateurs des domaines ou des finances

« en sont encouragés à tout mal : pourvu que l'on rapporte

« force richesses en Portu|5i^al, les pires crimes y sont glorifiés,

« et les bonnes grâces du Roi sont acquises : il n'y a qu'à

« savoir distribuer quelque part des rapines. — La potencf

« à qui, s'il est pauvre, vole une vieille couverture; à ceux

« qui firent la conquête de l'Inde, l'hôpital ; aux larrons qiii

<( nous viennent de l'Inde, rien à craindre, et tout honneur.

« s'ils sont riches. »

Gorrea rappelle les prodiges qui accompagnèrent la conquête : quel avenir Dieu ouvrait au Portugal! Mais voici que la décadence s'accuse de toutes parts; Dieu châtie notre ingratitude. Gorrea fait noblemenl sienne l'iniquité de tous : « Que, par sa g'rande bonté, s'écrie-t-il, la sainte miséricorde de Dieu me pardonne mes péchés. Amen » ; et, sur ces ligpnes, il laisse tomber sa plume d'annaliste, qu'il avait prise avec un saint enthousiasme : « Les biens, dit-il, se sont changés en maux! » Ges gémissements de Gorrea sont de l'année i55i.

Rentré à Goa, au mois de mars, François, en prévision d'une longue absence, mit la dernière main à un travail du mois de janvier, savoir, ses belles instructions pour les Pères qui résidaient dans les forteresses : les voici :

Hèglement que le Bienheureux P, François avait coutume de donner aux Pères de la Compagnie de l'Inde, qu'il envoyait faire du fruit dans les forteresses.

I. Souvenez-vous de vous-même : soyez en règle avec Dieu et avec votre âme el conscience : ainsi vous pourrez être d'un grand secours au prochain...

II. Les choses humbles et basses, ayez grande ardeur (jiromptidUo) à les faire : enseignez vous-même les prières aux enfants des Portugais et aux esclaves : celle charge, ne la confiez pas à d'autres; visilez les pauvres de rh(^pilal, les exhortant à se confesser el à communier; visilez de même les prisonniers : exhorlez-les à faire une confession générale, car beaucoup parmi eux ne se sonl jamais confessés. Recommandez leur cause aux confrères de la Miséricorde, avec qui vous devez vivre en de très bons rapports.

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