‹ Saint François de XavierChapitre 68 sur 84 · III. Deux fois le jour, ou du moins une fois, examinez votre · texte numérisé non relu

III. Deux fois le jour, ou du moins une fois, examinez votre

conscience (faites les examens particuliers) : gardez-vous

de jamais laisser de les faire : que votre soin principal {sobre

tudo) soit de vivre plus occupé de votre conscience que de

celle des autres; car, qui n'est pas bon pour soi, conunent le sera-t-il pour les aulres?

430 FHAN<:OIS A (iOA (MARS lolVh.

IV. (Jue vos [)ré(licatioiis soient aussi snivit's {roiitimm\. qiiVllcs le pourroiil être, parce que c'est là i:ii (Je ces iiiiiiistè- 1 res universels (l*oii résulte le plus de fruit, et \nniv le senirf de Dieu, et pour le bien des ànies. Preiiez-^-arde de jamais ' faire de prédication sur des questions douteuses^ des llièses controversées entre les Docteurs; — ne j)arlez que <le rhos^ fort claires et de doctrine morale : attaquez les vices; plai^iiezvous des offenses que Ton fait à Dieu; gémissez de la nuidamnation des pécheurs aux peines éternelles tle l'enfer; pariez de la mort subite {niuito arrehciiada), (|iil emporte les hommes, alors qu'ils y pensent le moins et très au dépourvu; et. à [>ropos de tel ou tel point, introduisez coiniiie des co11<m|iip> [pathétiques entre le pécheur et Dieu; ou faites entendre ie> menaces de la colère de Dieu contre le pécheur : travaillez «!»• toutes vos forces à renuier les passions (aj/erfon) <Ians lamr de l'auditeur, à lui inspirer la contrition, la douleur, à Iri tirer des larmes : enfin, exhortez-le à se confesser et à rw'«*voir le Très Saint^Sacrement : ainsi faisant, vous prèchon»z avec fruit.

V. Je vous reconuuande [)articuHèreinent île ne jamais reprendre, dans vos prédications, quelqu'un qui, dans le pavs. aurait autorité {nianclo) : de telles réprélrensions, faites-lesleur en particulier, dans leur maison, ou au confessionnal : n* sont là, en effet, des hommes fort danjfereux imui péri- (josos) : repris ainsi pul)li<piement, au lieu de s'amender, ils deviennent pires. Faites, d'abord, amitié avec eux ; puis, vous les reprendrez, et vous mesurerez la réprimande à raniilié : selon (pie celle-ci sera /grande ou petite, ainsi sera la réprimande. Ne les repreniez jamais que d'un vîsaçe joveux (ro.v/o (ilefjre) : n'y usez (pu» de paroles de douceur et d'anuMir {inansas e de amor), jamais de rigueur : de temps en temps, cmbrassez-les, et humiliez-vous devant eux, et cela, pour qu'ils accu(Milent mieux la réprimande. Si vous procédez avec rifi^ueur.

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je crains bien que vous ne leur fassiez perdn» patience et respeci, et qu'ils ne vous deviennent ennemis : je parle surtout de personnes puissantes, de cens ayant autorité et richesse.

VI. Lorsque de telles gens riches ou des commerçants viendront à vous pour se confesser, exhortez-les à faire, d'abord, pendant deux ou trois jours, un retour sur leur vie passée, à se ressouvenir de leurs péchés, à les écrire même, pour plus de sûreté. La confession faite, ne les absolvez pas tout de suite : dift*érez deux ou trois jours, et proposez-leur à faire f|uelques méditations de la première Semaine^ afin cprils considèrent et pleurent leurs péchés : conseillez-leur <pielque pénitence, quelque discipline, pour s'exciter aux larmes {pour pienrer); et, en même temps, faites qu'ils restituent ce qu'ils doivent; qu'ils se réconcilient avec leurs ennemis, et qu'ils s'éloignent des péchés de la chair (»t autres, où ils sont enracinés; tâchez qu'ils fassent cela, avant de leur donner l'absolution, parce ([ue, au confessionnal, ils promettent beaucoup, mais ils exécutent peu : il sera donc bon qu'ils fassent, avant d'être absous, ce que, avant d'être absous, ils promettent.

Notez bien encore ceci : (]uand vous entendez des confessions de ce çenre, n'ayez aucune sévérité, n'inspirez aucune crainte aux pénitents, jusqu'à ce (pi'ils aient achevé de dire leurs péchés : parlez-leur, au contraire, de la i»;rande miséricorde de Dieu; faites léger ce (jui, en soi, est très «^^rave (/</zendo levé o que en si he niuito grave)^ et cela, juscju'à ce que tous les péchés soient dits : faites-v bien attention, cha({ue fois que vous confessen*z, parce que vous rencontrerez des personnes qui, [)()ur ressentir vivenuMit la confusion d'être tombés en certains péchés vilains, honteux ifeos, for/)es), n'ont Jamais osé les découvrir au confesseur. De tels pénitents, encouragez-les grandement ie/n yrande nuineird)^ afin (pi'ils disent leurs péchés; dites-leur (pie vous en savez d'autres, plus grands que ceux qu'ils ont cxmunis; faites léij^er tout ce

qu'ils accusent {/asendolhes todo levé) ; et encore, cruvet m'en, avec de telles personnes, pour leur aider à avouer des ^ fautes que la honte et le démon les empêchent de confesscrt il servira que vous leur disiez quelques-unes des misères de votre triste vie passée : tout cela, l'expérience vous l'apprendra.

VII. Vous en rencontrerez (et plût à Dieu qu'ils ne fussent pas nombreux), qui doutent, au sujet des Sacrements et surtout de l'Eucharistie : la cause de cela est le long* temps qulU ont ()assé sans communier, et aussi le fait de leur vie proloiij(ée au milieu des Infidèles : je laisse d'autres raisons : comment n'auraient-ils pas des doutes, au sujet de l'Eucharistie, en nous voyant, nous prêtres, vivre si différents de ce que nous devrions être? — Obtenez de ces pénitents qu'ils vous manifestent toutes leurs imaginations, toutes leurs incrédulités, tous leurs doutes, et puis excitez-les à croire fermement que le vrai corps de Notre-Seig^neur Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie. Ce qui les aidera surtout à se tirer (sahirse), et des péchés, et des erreurs, c'est de communier très souvent (militas oeces).

Quand vous aurez à confesser des Capitaines, des Facteurs.... obtenez, d'abord, qu'ils vous exposent la manière dont ils procèdent en leurs opérations commerciales : par là, vous verrez s'il y a lieu à des restitutions. Sans cela, et si vous vous contentez de leur demander : Avez-vous fait quelque tort? Ils v(ms répondront : — Aucun...

VIII. Vous serez très obéissant et grandement (em grande maneira) au Père Vicaire. En arrivant, vous irez lui baiser la main, et cela, les genoux en terre. Y^^s aurez de lui licence, pour prêcher, confesser, enseigner et faire les autres œuvres spirituelles. Pour aucun motif vous ne romprez avec lui. Travaillez fort à être son ami, comme aussi à lui donner les Exercices, ceux du moins de la Pénitence, ou de la Première se^ mairie^ si vous ne pouvez obtenir davantage. Soyez également

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très aiui avec tous les autres Pères, et pour rien ne rompez avec aucun d'eux; mais, au contraire, honorez-les beaucoup, faitez-vous aimer d'eux, et donnez-leur les Exercices : Que s'ils ne veulent pas les faire tout entiers, obtenez que, pendant quelques jours, enfermés {encerrados), ils fassent ceux de la Première semaine,

IX. Au Capitaine vous obéirez beaucoup et grandement, vous humiliant fort devant lui, et pour «lucun motif vous ne romprez avec lui, quand même vous lui verriez faire des choses 1res mal faites; et lorsque vous vous apercevrez qu'il est votre ami, alors, avec beaucoup d'amour, préoccupé (doente) des intérêts de son âme et de son honneur, vous lui direz, avec beaucoup d'humilité et d'un visaçe gai (alegre)^ ce que, au dehors, on dit de lui. Cela, vous le ferez, quand vous verrez qu'il en peut tirer profit et que, d'ailleurs, il se fait déjà ^rand bruit sur son compte. Il vous viendra bien des gens se plaindre du Capitaine, et vous prier d'aller lui parler; excusez-vous-en de toutes vos forces ; dites que vous êtes fort occupé d'affaires spirituelles; que vous ne savez pas ce (jue vous §^agneriez à lui parler, et que si le Capitaine était homme à ne tenir compte ni de Dieu ni de sa conscience, bien moins feraitil cas de vous.

X. Vous vous occuperez de la conversion des Infidèles quand vous en aurez le temps. Souvenez-vous, par-dessus tout, de ne jamais laisser un bien universel pour un bien particulier : ne laissez jamais la chaire pour le confessionnal, — ni l'enseignement quotidien des prières, à l'heure marquée, pour quelqu'autre œuvre utile à un particulier.

Une heure avant d'enseigner les prières, vous irez, ou votre compagnon, par les rues, invitant les gens à venir à la Doctrine chrétienne.

XI. Dès le premier jour, tîichez de savoir, de gens très vertueux, quelles sont les mœurs du pays, (juels en sont les tra-

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fies [tratos) ordinaires, afin de parler plus à propos, euchairr ou au confessionnal, soit pour instruire, soit pour repremliv.

XII. Tous les soirs, par ([uelques paroles brèves, mais failes pour émouvoir les auditeurs à dévotion et pitié, vous recommanderez les i\nies en souffrance dans les feux du Purgatoire ; — et de même, les âmes qui sont en péché mortel, afin que Notre-Seiçneur leur fasse la ii^ràce d*eii sortir ; — el vcnis direz, pour les inies et puis pour les autres, le Pat^r ft\ VAve.

XIII. Avec tous, dans les uMitreliens, avez bon el ;rai \isasje : rien de fâché, rien de triste ; car si Ton vous voil triste ou fâché, beaucoup, par crainte, laisseront de mettre à profil votre ministère. Soyez donc toujours affable et bénhi. Si vous reprenez, que ce soit en particulier, et avec amour et bonne iÇ"râce, sans (jue celui à qui vous parlez puisse avoir l'idée qu'il vous déplaît.

XIV. Les dimanches et fêtes, après dîner, d'une à deux heures, ou de deux à trois, comme vous aimerez mieux, vous prêcherez, à la Miséricorde ou à l'église, sur les articles de la Foi, aux esclaves, hommes et femmes, aux chrétiens libres el aux enfants des Portujjais. Avant cet exercice, si vous u*v allez vous-même ou votre compa^^non, vous enverrez quelqu'un par les rues, qui, av^itant une rampanilhn^ invite les «yens à aller entendre Texplication des articles de la Foi.

XV. Si vous receviez quelqu'un pour être de la (^)mpaifiiie ou que vous jugiez qu'il pourrait lui convenir, pour v senir Dieu, les épreuves el nu)rtifications auxquelles vous le soumettrez, une fois les Exercices achevés, seront : le service des malades de riiopilal, h» service des prisonniers de la iladèn (la chaîne) el celui d(?s pauvres de la Miséricorde. Qu'il iir fasse rien d'étrançe, rien qui donne au public sujet de ristV ou de moquerie : tout au plus, pourra-t-il mendier pour l'amour de Dieu, a l'intention des pauvres de Thopital et des

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prisonniers de la Chaîne. Ces morllficalions ou épreuves, vous les adapterez aux qualités diverses des sujets et au dcî^^ré de leur vertu, de peur qu'au lieu de leur être utile, vous ne les exposiez à périr ou à se découraii^er, juscpi'à ne savoir plus se mortifier en rien. N'omettez rien (travaillez) pour qu'ils vous découvrent leurs tentations ; ear e'est là un ^ran(l remède pour ceux qui, n'étant pas encore parfaits, tendent cependant à la jierfection. Si vous vous montrez sévère, rigoureux, ils ne vous manifesteront rien...

XVI. Dans vos prédications ou entretiens, poiir ram«»ner à Dieu des séculiers que l'injustice ou la corruption «les mœurs retiennent enchaînés, il faut d'abord éveilh^r en eux le sentiment de la crainte, — et commencer par le sentiment de la crainte des châtiments temporels, cpii atteignent la fortune et le corps, comme les tenq)étes, les maladies; parce <[ue, après une longue habitude du péché, leur foi est si diminuée, que l'appréhension de ces maux est la seule qui les touche...

XVII. Les dimanches et jours de fêtes, ou (pu^lqii'autre jour de la semaiiu*, occupez-vous à terminer des brouilleries ou des procès : il s'y dépense plus (pie ne valent les objets en litijçe, et tout le profit est pour les prorureurs et les notaires. Le remède au mal sera (pu* vous arrivi(»z à donner les Exercices à ces procureurs et nolain»s; car ce sont eux (pii souh'*vent tous les procès.

XVIII. Dans vos prt'»dicji lions, vous alléguerez des autorités ifallares par antoridades)^ le moins que vous pourn^z. Parlez des chos(»s intimes, (pii se passent dans I'Aum» des pécheurs, tandis (pi'ils \ivenl uuil; p<irlez de \\\ fin (pii l(*s attend; pîirlez des lronq)eries de rKnnemi; dites des choses que le peuple ent(Mid(*, t»t non pas des choses où il ne (romprend rien. Si vous voulez fjiin» beaucoup de fruit, (M pour v(nis-mème et pour le prochain, et vi\re consolé, liez amitié {ronrrrsais) iwcc les péelu'urs. el ;inieiie/.-h's à s\»uvi'ii- à

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vous : là sont les livres vivants que vous devez éUidier, el pour bien prêcher, et pour la consolation de votre àme. Je ne dis pas que vous ne puissiez, quelques fois, lire dans d<*s livres écrits; par exemple, afin d'autoriser, par des textes de l'Écriture sainte, les remèdes que vous sig-nalerez contre Ifs vices et péchés lus et étudiés dans les livres vivants; comiiif aussi, pour appuver par des textes de rÉcrilure et de? exemples de Saints, ce que vous direz contre les vices.

XIX. Puisque le Roi vous fait doiuier tout le néces^^aire, tirez de là, avant de recourir à qui que ce soit; car c'est uue ] «grande chose que de ne rien recevoir de personne. Oovez- ! moi, à qui reçoit, celui (jui lui donne prend la liberté; je veux dire : (piand vous êtes l'obligé de quelqu'un, vos paroles, à son endroit, n'ont plus autant d'efficacité qu*elles en auraient si vous ne lui deviez rien ; il nous en coûte {^fios pesamos) de remplir le devoir de la réprimande envers qui nous oblii^e: nous n'avons pas de lang-ue pour parler contre eux.

Vous rencontrerez force personnes, vivant dans le pécW. qui rechercheront beaucoup votre amitié, et à vivre familièrement avec vous : ce n'est pas qu'ils désirent mettre à profit cette liaison pour leur àme ; ils veulent s'en couvrir, aux veux du public, et vims empêcher de parler de leur inconduitc. Entre vous et ces ijens-là, il devra être entendu que si vous répondez à leurs invitations ou acceptez leurs présents, ro sera à condition (jue vous les sermonnerez pour le salut de leur âme. Invité à leur table, allez-y, et, pour la paie {em piKjo)^ invitez-les à se confesser; et s'ils ne veulent pas s'aider de vous jMuir le bien de leur àme, donnez-leur à entendre que vous ne [)ourrez pas accepter leurs invitations ou leurs présents.

Je vous disais, plus haut, de ne rien recevoir ; je n'entendais pas exclure les petits présents, comme de quelques fruits et autres choses de |»eu de valeur, car si vous ne les ri?cewz

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pas, on s'en ofFenserail. Des choses de valeur, ne les recevez pas, el s'il vous vient abondance de présents en comestibles, envoyez-les à ThApital, ou aux prisonniers ou à d'autres pauvres. Quant aux petits cadeaux faits à la maison, vous édifiez plus en les acceptant qu'en les refusant, puisque le refus offenserait; si Ton n^accepte rien des Portu^i^ais de Tlnde, ou les offense {i/s se scandalisent).

En voilà assez pour maintenant. Que Notre-Seis^neur aille îivec vo!is et demeure avec nous. Amen.

A (foa, janvier i549^

Restait la plus grande solliciludc de François; c'était, lui parti, la direction du collèg-e de Goa et le g-ouvernement spirituel des religieux de cette maison et des autres Résidences de Tlnde. Antonio Gomez s'était déjà montré incapable d'exercer la charge de Supérieur : François révélait discrètement ses déficils, quand il disait à saint Ignace, le i4 janvier, les qualités requises chez un Recteur de Goa; et cependant, on ne pouvait remédier au mal. Ecoutons le P. Lancilotti; il écrira bientôt, de Coulam, à saint Ignace :

Puisque vous m'ordonnez dVcrire ce (|ui se passe chez nous, voici une chose qu'il me semble ne pouvoir taire :

Antonio Gomez est venu, de la part de Maître Simon Rodriguez, pour être le Supf^rieur de nous tous : un di«^ne homme, sans doute, mais tellement ardent, (pfil lui parut que tous les ouvriers de la Compaç^nie, dans les Indes, avaient à renaître, pour acqut^rir vraie intellitrence de Tlnstitut. On erU

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