Mon. Xav., p
Ignace, ajouter cette discrète remarque : « Dieu Notre-Seigneur veuille lui donner la grâce de bien gouverner ces Indes si grandes, et quod sic transeat per temporalia ut non amittat aeterna ^ . »
Certains faits cependant, durant l'hivernage de Mozambique, avaient pu éveiller l'attention du saint. Il n'en dit mot, bien entendu, dans sa correspondance, règle de prudence apostolique dont il ne se départit jamais. Tant qu'il ne s'agissait pasdirectementde ses œuvres, il laissait colons ou officiers à leurs affaires et à leurs ambitions. Il n'en écrivait rien ni à son Père Ignace, ni à ses frères d'Europe, ni au roi lui-même. Ces petits intérêts étaient trop peu de chose pour sa grande âme. A peine pouvons-nous y trouver une lointaine et très vague allusion dans ces lignes : « Nous avons une consolation et fort grande. C'est que le seigneur gouverneur, et tous les nobles venus par la flotte, sont bien persuadés que nous ne désirons aucune faveur humaine et que nous n'agissons que propter Deum. Tels sont en effet nos labeurs que, pour le monde entier, je ne consentirais pas à les subir, même une seule journée. Grâces soient rendues à Dieu Notre-Seigneur pour nous avoir fait faire cette expérience, et nous avoir donné les forces nécessaires 2. »
Que se passait-il? On savait, à Goa, que Sousa revenait comme gouverneur. La nouvelle avait eu le temps d'arriver par Venise et Ormuz. Les vaisseaux n'ayant pas paru aux Indes en septembre, on en avait conclu qu'ils hivernaient à Mozambique. Sur quoi Gama envoyait aux informations le capitaine Louis Mendez de Vasconcellos, sur ieCoulam. Mais, par le même vaisseau, parvenaient jusqu'à Sousa des lettres où les ennemis du gouverneur en charge l'accusaient de dilapidations. Sousa devait se hâter, surprendre son prédécesseur, avant qu'il eût fait disparaître la trace de ses fautes. Pures calomnies. Sousa eut le tort de les croire. Il fit mettre aux arrêts Vasconcellos et le frère de Gama, don Alvaro de Ataïde, pour avoir voulu en
1. Ibid., p. 262. « Qu'il passe à travers les biens de la terre sans perdre ceux du ciel.» (Oraison du 3« dim. après la Pentecôte.) Cf. Sousa, Orientent. I, p. 35-38.