Barros, Dec. I, 1. V, ch. 1 (t. I, p
l' « ASIA PORTUGUESA » 129
prêchaient. Les Hindous eussent laissé faire, mais les musulmansredoutaient la concurrence européenne. Là-dessus, émeute et massacre. Les Portugais épars dans la ville furent tués et, avec eux, deux religieux. Cabrai répondit en bombardant la ville et incendiant les vaisseaux du port. La guerre était déchaînée pour cent ans ^
Calicut fermé à l'Evangile, on se rabattit sur Cochin, dont le rajah, toujours en rivalité avec son voisin, n'était pas fâché de recevoir ce renfort inespéré.
Nous ne suivrons pas les Portugais dans le détail de leurs conquêtes. Le gigantesque plan d'accaparement commercial, œuvre de François d'Almeida (1505-1509) et d'Albuquerque (1509-1515), fut réalisé en quinze ans. Les ports d'Afrique furent fermés aux Arabes. On ne parvint pas à clore la mer Rouge, mais Ormuz et Mascate furent occupés, bloquant le golfe Persique. Cochin remplaça Calicut comme tête des lignes de navigation entre l'Inde et l'Extrême-Orient. Il eût été sage de s'en tenir là; mais comment ne pas s'emparer encore de Malacca, clef de la Chine et des îles malaises? Que si l'on s'arrêta aux Moluques, c'est qu'au delà il n'y avait plus rien.
Parfois il fallut détrôner les rois indigènes qui faisaient résistance. Souvent quelques volées de coups de canon suffisaient pour leur imposer un traité de commerce comportant les clauses suivantes : vassalité, tribut annuel, monopole du négoce, fermeture du port aux Arabes, fixation du prix des denrées, et concession d'une forteresse. Au pied delà forteresse, on bâtissait une église et l'on installait un vicaire. Une petite paroisse portugaise était fondée, qui pouvait devenir centre de mission. Tous les ans, la «flotte du roi » amenait un renfort de prêtres et de religieux, surtoutde frères mineurs. En 1503, avaient paru les premiers Dominicains, chapelains préférés d'Albuquerque.
Que furent les travaux et les succès de ces missionnaires? nous ne saurions le dire en détail. On n'avait pas encore, en ce temps-là, l'idée d'envoyer régulièrement en Europe des statistiques précises et des relations circonstanciées. Les chroniques franciscaines et dominicaines sont écrites d'après des
1. Ibid., ch. 5, p. 433. Cf. Marcelliao de Givezza, 0. S. F., Storia itniv. délie miaaione franciscan';,t. VI, ch. 6 à 9.
documents incomplets, souvent vagues et très optimistes. Sur ce dernier point, elles contrastent d'une façon curieuse avec les lettres de François Xavier, Le récit laisse deviner à chaque instant de grosses lacunes. La chronologie est flottante. On voit des stations se fonder, dont ensuite il n'est plus question.
Les prêtres séculiers formaient le clergé des principales forteresses, Mozambique, Ormuz, Cochin, San Thome, Malacca. Les religieux étaient aumôniers des garnisons et des flottes. On les rencontre dans toutes les batailles et tous les sièges ^ Plusieurs s'occupaient de ramener à l'unité les Syro-Malabars. D'autres étaient attirés par les vastes régions du centre. En 1502 le franciscain Louis de San Salvador s'aventurait dans le grand royaume de Vijiyanagar, l'un des sept principaux Etats de l'Inde, suzerain plus ou moins efl'ectif de toutes les petites provinces du sud. Là, en plein brahmanisme, il prêcha ; une émeute éclata sur ses pas. Le rajah voulut le voir; séduit par son courage et son désintéressement, il l'autorisa à rester. Il en fit même son intermédiaire auprès du vice-roi Almeida, en vue d'un traité de commerce (1505). Vers 1512, le franciscain mourut assassiné par un musulman^. Quels avaient été les fruits de sa prédication? Que devinrent par la suite les chrétiens qu'il avait dû grouper? Nous ne savons.
Un dominicain, Jean du Rosaire, paraît un instant à Ormuz, dont il devait faire un centre de missions pour la Perse et l'Arabie-^ (1507). A la même date, le franciscain Antoine de Loreiro essaie de fonder une église à Sokotora^. Un moment on voit passer d'autres frères mineurs aux Moluques^. En 1517, ils inaugurent à Colombo leurs missions de Ceylan^.
L'année 1510 marque la fondation de l'église de Goa. Albuquerque voulait donner une capitale au nouvel empire maritime
l.Luis DE Cacegas, O. p., Hiatoria de San Domingos particular do reino e conquistos de Portugal, édition de Luis de Suza, Lisbonne, 1767, t. I, p. 302 et suiv.; — André Marie, 0. P., Let Missions dominicaines en Extrême-Orient, Paris, 1865, t. I, p. 70 et suiv.
2. Wadding, Annales Minorum, ad annum 1505; — Judice Bicker, CoUeccâo de tralados, t. I, p. 24, 118.