‹ Saint François XavierChapitre 126 sur 820 · Nazareth, Mitran lusitanas, t. I, p. 11 et · texte numérisé non relu

Nazareth, Mitran lusitanas, t. I, p. 11 et

l' « ASIA. PORTUGUESA » 133

administraient le baptême à des gens dont ils entendaient à peine la langue, puis partaient et ne reparaissaient plus. Les prêtres eux-mêmes y allaient quelquefois avec une rapidité déconcertante. On écrivait en 1547 :

« La population de ce pays est corrompue ; on dirait qu'elle n'a pas l'usage de la raison. Ceux qui se font chrétiens, le font uniquement par intérêt temporel, et souvent même pour une mauvaise fin; il ne peut en être autrement dans un pays où régne l'esclavage. Ceux qui sont esclaves de musulmans ou d'idolâtres se font chrétiens pour être émancipés, d'autres pour être protégés contre leurs tyrans, d'autres pour un bonnet, une chemise, une bagatelle, pour n'être pas pendus, pour épouser des femmes chrétiennes. Ce serait à canoniser celui qui se ferait chrétien par vertu. Voici comment se font les baptêmes : quel que soit le temps ou le lieu, quelqu'un manifeste-t-il le désir d'être chrétien, sans plus l'instruire, on le baptise et on le laisse aller. Aussi beaucoup retournent au paganisme ou à l'Islam.

« Les indigènes sont si pauvres qu'ils n'ont pour se couvrir qu'un lambeau d'étoffe autour des reins. Ils habitent dans des paillottes beaucoup plus basses que celles de nos bergers. Beaucoup de ceux qui les poussent à se convertir leur disent qu'une fois baptisés, ils seront hidalgos et passeront tout leur temps à manger. Ils sont peu intelligents en tout ce qui touchel'âme, trèssubtilspourleschosesdu corps. La malice règne chez eux, et le pays est si grand que mille prêtres ne sulfiraient pas à l'évangéliser. Il exige des hommes énergiques, lettrés, vertueux, résolus à souffrir toutes les tribulations qu'ont endurées saint Paul et les autres saints. Il faut leur dire que cette terre est pire que celles qu'on évangélisait au temps de la primitive Eglise ^ »

Le vén. Antoine Griminale est plus précis encore. Il écrivait à saint Ignace, en 1545 :« Il y a ici, à Goa, beaucoup de gens n'ayant personne pour leur dire la messe ni pour leur enseigner la doctrine. Aussi ne savent-ils dire autre chose si ce n'est qu'ils sont chrétiens. Si vous leur demandez quelle est leur croyance, ils vous répondront : « Nous croyons ce que croient les chré-

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