‹ Saint François XavierChapitre 151 sur 820 · Orlandini, P. I, 1. VIII, n · texte numérisé non relu

Orlandini, P. I, 1. VIII, n

petite leçon. Du moins il les bénissait, les caressait, les prenait dans ses bras, rendant grâces à Dieu qui donnait à cette famille l'espérance d'une belle postérité, et demandant pour eux une vie honnête et chrétienne <.

Il allait plus loin. Dans ce pays de jalousie farouche, où la moindre indiscrétion eût été suivie d'un coup de poignard, où les femmes goanaises ne descendaient en public que voilées, portées dans un palanquin aux rideaux soigneusement tirés, il demandait à voir la mère de ces petits innocents qu'il venait de bénir. Il parlait si bonnement, on le savait si saint, qu'on allait chercher la mère. 11 l'interrogeait doucement sur sa patrie, lui demandant si elle était chrétienne, depuis quand, et choses semblables. 11 louait ses talents, ses charmes : « On dirait une Portugaise. Les enfants qui naîtront d'elle seront dignes de leur père. » Alors, résolument, simplement, Xavier mettait le pied sur le terrain défendu. — « Qu'est-ce donc qui empêche le mariage, poursuivait-il? Pouvez-vous trouver mieux ? » Et il parlait de l'honneur de la mère qu'il fallait sauver, de la réputation des enfants. Souvent ces hardiesses saintes étaient bénies de Dieu, et lui-même avait la joie de mener l'affaire à bon terme. Quelquefois tout se réglait séance tenante ~.

Ou encore il s'invite, et, à peine assis : « Je ne prendrai rien que je n'aie eu l'honneur de voir la dame du logis, mon hôtesse. » Il fait si bien que celle qui, de fait, n'est qu'une hôtesse dans la maison, vient se mettre à table. Le repas fini, l'hôte et l'hôtesse se lèvent; mais François les fait se rasseoir. Il rappelle la loi de Dieu avec tant de charité, qu'il les décide à régulariser leur situation ^.

Il arrivait que la pauvre femme était une indienne noire ou une négresse d'Afrique, et les enfants gardaient le teint et les traits repoussants de leur mère. Pouvait-on songer à un mariage ? Xavier savait quelle était ordinairement la misère de ces unions disparates : à brève échéance, l'infidélité du mari et

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