‹ Saint François XavierChapitre 154 sur 820 · Sel. Ind. Ep.. p · texte numérisé non relu

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loba sans manches, pareille à celles des prêtres du pays. On lui en offrit une en soie moirée assez grossière. Elle lui parut trop riche. On eut beau lui faire observer que l'étoffe était à bon marché, que les prêtres n'en portaient pas de qualité inférieure, que les esclaves eux-mêmes avaient des habits de soie, et que le luxe, en ce pays-là, consistait à s'habiller de serge portugaise; tout cela était trop beau pour lui. Il se fit faire une soutane en grossière cotonnade ^

Il continua par la suite à mendier son vêtement, ses chemises, ses souliers. Mais il fallait qu'ils fussent absolument hors d'usage pour qu'il en acceptât d'autres. Si l'on voulait le prévenir, changer sa chaussure toute rompue : « Attendons, disait-il, celle-là peut encore aller. » A grand regret, il abandonnait ses vieilles soutanes ; il fallait user de ruse parfois, les lui enlever la nuit et les remplacer par une neuve. Et il arrivait qu'il ne s'apercevait pas du changement. « Quelle belle soutane vous avez là, mon Père ! » lui disaient un jour, chez son ami François Payva, des convives qui étaient dans le secret. Xavier sursauta, palpa la soutane et resta interdit comme un voleur pris en flagrant délit 2.

A cette sainteté de l'abnégation et du zèle, Dieu joignait-il déjà en son serviteur le prestige du miracle? Dès ce premier séjour à Goa, l'apôtre se révéla-t-il le thaumaturge qu'il sera plus tard ? Parmi les innombrables merveilles qu'on racontera de lui un jour, un seul fait peut se rapporter à cette courte période.

Il avait, on s'en souvient, laissé à Mozambique la flotte sur laquelle il était venu de Portugal. Ordre avait été donné par le gouverneur de remettre à la voile aussitôt que possible. « Cependant, racontait Gosme Anes au procès de 1556, Maître François parlait souvent àxx Santiago. « Oh ! ce navire !... » disait-il; et autres paroles que j'ai oubliées, car je n'y faisais pas grande

1. Seb. GoNÇALVEZ, dans Gros, I, p. 215, 216. — Tursellini, I. II, ch. 2. Vers 1600 l'usage des serges de coton avait prévalu dans le clergé. La laine coûtait cher, car elle venait du Portugal, mais on avait le coton pour rien. Les laïcs continuaient à préférer la soie. Pyrard, II, ch. v, vi, p. 75 et 98;

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