‹ Saint François XavierChapitre 160 sur 820 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Quelqu'un cependant pensait à eux. Le vicaire épiscopai, Michel Vaz, principal promoteur de cette mission, ne voyait pas sans tristesse son œuvre compromise, faute d'ouvriers. Il y avait bien, à Lisbonne^ et <à Goa^, quelques jeunes Paravers qui se préparaient au sacerdoce. Mais on devait, on pouvait avoir mieux. Maître François était venu aux Indes pour les missions de ce genre : une visite aux Paravers lui fut proposée. Comment n'aurait-il pas accepté ? Enfin le rêve de ses nuits d'Italie allait se réaliser. Il allait prendre sur ses épaules l'Indien que Dieu lui avait montré. Consultés, l'évéque et le gouverneur approuvèrent. Sousa entra d'autant plus volontiers dans ces projets que lui-même, quatre ou cinq ans auparavant, alors qu'il était capitâo mor^ grand amiral des forces portugaises, avait eu à s'occuper des Paravers.

Les pirates musulmans, amis et alliés du Zamorin^ de Galicut, chassés en 1534, étaient revenus trois ans plus tard, avaient pillé Tuticorin et fait une rafle sur la côte. Les pauvres gens qui, selon le mot de Xavier, « vivaient collés à la mer^ », se virent enlever leurs barques, leur gagne-pain. Un de ces pirates, Ali Ibrahim, s'était installé et fortifié à Beadala, aujourd'hui Vedalai, près de Ramnad.

Par deux fois Sousa voulut aller le déloger ; le mauvais temps d'abord, puis le manque de provisions l'arrêta. Enfin il doubla le cap Comorin^'. « Il rejoignit les Maures, nous raconte Xavier, et en tua un grand nombre. Il les a complètement défaits, leur a pris tous leurs navires sans exception, ainsi que ceux qu'ils avaient enlevés aux chrétiens. Il a rendu ces derniers à leurs propriétaires ; et, quant aux pauvres qui n'en avaient pas et ne pouvaient en acheter, il leur a donné ceux des Maures. C'a été une grande et mémorable victoire. Notre-Seigneur l'avait aidé et il a su le reconnaître par sa libéralité envers les chrétiens. Maintenant on ne parle plus des Maures. Pas un d'entre eux n'ose bouger. Le gouverneur a

Page 1