II. — Les Paravers après leur baptême
Le Pape et le roi de Portugal ne Pavaient pas envoyé aux Indes pour se renfermer dans l'apostolat des Européens. Sa vocation providentielle était d'ouvrir toutes grandes les portes de l'Orient aux missionnaires, d'élargir certaines routes déjà connues, d'en frayer d'absolument nouvelles, par lesquelles, pendant plusieurs siècles, se précipiteront des foules d'ouvriers et de martyrs.
Désormais donc sa vie d'apôtre va se partager entre trois catégories d'âmes.
Il lui faudra toujours s'occuper des Européens et des métis, leur infuser un peu de sève chrétienne, quand ce ne serait que pour les empêcher d'arrêter, par leurs désordres, le progrès de la foi. Puis il y a les païens qu'il lui faut arracher à leurs superstitions ridicules et honteuses. Enfin, et cette dernière catégorie n'est pas celle qui l'absorbera le moins, restent les indigènes déjà baptisés, mais enrôlés à la hâte dans l'Eglise et demeurés sans instruction, sans prêtres, sans sacrements. Il vient de consacrer cinq mois aux Portugais de Goa; plusieurs fois. Dieu le ramènera vers cette partie du troupeau chrétien. Maintenant il lui faut aller à d'autres plus abandonnés.
La conversion des pêcheurs de perles remontait à huit ans déjà. Mais, rarement visités par les Fransciscains de Cochin, ils gardaient leurs mœurs et leurs superstitions. Un peu plus tard, après avoir vu de ses yeux l'état des choses, Xavier dira : « Il n'y a pas de Portugais à vivre parmi eux... ils n'ont personne qui les enseigne, personne qui leur dise la messe, leur explique les prières et les commandements'... Ils ne seraient pas où ils en sont si, une fois devenus chrétiens, ils avaient eu quelqu'un pour les instruire-. » N'eût été la présence intermittente à Tuticorin d'un capitan portugais et d'une poignée d'hommes, venus là pour prélever sur la pêche des perles la part de la couronne, on eût pu croire les Paravers complètement oubliés à Goa.