Mon. Xav., p
à saisir. Ces sons malaisés à noter, étaient encore plus malaisés à rendre. La prononciation tamoule est toute en nuances, et il suffît d'une erreur pour rendre tout inintelligible ^
Autre embarras : il fallait créer une langue chrétienne, plier un idiome exclusivement païen jusque-là à rendre des idées absolument inédites; travail délicat où le dogme était en jeu. Quand Xavier demandait quelles syllabes indiennes répondaient à tel mot du symbole portugais, créateur^ résurrection^ rémission des péchés^ et qu'on lui faisait entendre des sons qu'il ne comprenait pas, il ne pouvait que les enregistrer de confiance. Les apôtres des premiers siècles, quand ils créèrent la langue chrétienne, avaient la ressource de prêcher dans leur langue à eux, et de savoir exactement le sens matériel des expressions qu'ils revêtaient de sens nouveaux et mystérieux^. Pour Xavier, rien de tel; et, du tamoul, il ne savait pas le premier mot. Lui-même dut constater dans son travail de grosses erreurs. Il en corrigea quelques-unes, et les corrections ne sont pas toujours heureuses"^. Ses successeurs durent modifier encore le texte, sans parvenir à en faire une oeuvre présentable. Le Père de Nobili voyait, dans la barbarie de ce tamoul, un obstacle à la diffusion du christianisme parmi les Indiens instruits '.
Quelque imparfaite qu'elle fût, cette traduction fut pénible
1. « Pour discerner les moindres nuances de prononciation, écrivait un missionnaire il y a soixante ans, il faut que chaque mot se présente à la porte de l'intelligence indienne sous le costume qui lui est propre ; n'eùt-il sur son habit qu'une petite pièce de couleur inusitée, cela sufBt pour le rendre méconnaissable... Cela est si Trai que, quand nous parlons à des personnes qui nous entendent pour la première fois, il est extrêmement rare que nous soyons compris, à moins que nos phrases ne leur soient répétées par une bouche indienne. » Lettres du Maduré, t. IV, p. 380; cf. t. II, p. 43, III, p. 61.
2. L'Eglise primitive avait eu recours à un langage figuré. Chez les premiers fidèles, les mots bain, bonne nouvelle, fraction dupain, lieu du rafraîchissement, étaient parfaitement intelligibles aux initiés. Les missionnaires de l'Inde recoururent de même j\ d'ingénieuses périphrases. A cette question : « Combien y a-t-il d'emblèmes de la divine opulence (sacrements)? » l'enfant tamoul répond : « Il y en a sept, le bain spirituel, la solide crepissure, la bonne grâce, la subsécutive affliction, la crépissure de la détresse, la qualité du maître spirituel, la véritable union. » Pour imaginer ce curieux vocabulaire, il fallait autre chose qu'une connaissance superficielle des mots et des tours de la langue, il fallait en avoir pénétré la psychologie \a.ieï\ie. [Lettres du Maduré, t. III, p. 132. — Perrin, Voyage dans l'Indoustan, II, p. 290).