III. — Tulicorin
Tuticorin, où notre saint venait d'arrivor^, est aujourd'lmi une agréable petite ville de 30.000 habitants, assez vivante, centre de communication entre l'Inde et Ceylan. I*]n \Wi'l, ce ne devait être qu'un gros bourg indigène, de cinq à six mille âmes^. Plage aride, côte inho3j)italière, ban-e dangereuse: c'est pourtant un des moins mauvais havies du littoral, malgré les écueils dont il est encombré.
Xavier fit à Tuticorin un séjour assez long. Il avait à y exécuter un travail délicat et dilliciie. Plus d'une fois de|)uis un mois, il avait dû se sentir paralysé par son ignorance de la langue. Dépendre absolument des interprètes enchaînait son action; et puis pouvait-il toujours com[)ter sur eux? En attendant qu'il pût s'exprimer dans l'idiome du pays, il fallait s'ingénier. Voi('i ce qu'il imagina :
« Us parlent le malabar, dit-il (c'est-à-dire le tamoul). Ma langue à moi, c'est le bascjue. J'ai donc réuni ceux d'entre eux qui étaient plus instriiils. .l'ai cherché des gens (jui entendissent et leur langue et la nôtre, et nous nous sommes mis au travail. Nous avons passé de longs jours à rcWliger les formules de prière : d'abord le signe de la croix avec la profession de foi en un seul Dieu en trois personnes, puis le Credo et les commandements, le Pater, VAçe, le Salve Regina, le Confùeor^. » Aces prières, Xavier ajouta uneinsti'uction « sur ce qu'est un chrétien, sur le paradis et l'enfer, sur ceux qui vont dans l'un, ceux qui vont dans l'autre^ ». Armé de cet instrument d'apostolat un peu primitif, il pouvait désormais s'en aller seul au milieu des indigènes. Il ne s'y trouvait plus absolument annihilé.
Ce travail de traduction était moins simple qu'il ne paraît au premier abord. Il y avait des difficultés d'ordre philologique. L'alphabet européen était insuffisant pour rendre les multiples sons du tamoul. Il fallait combiner lettres et syllabes pour traduire des nuances qu'une oreille étrangère avait peine
1. De Tuticorin est datée la lettre 15 aflresséeà S. Ignace, et datée du 28 octobre.
2. En IGW, Tuticorin comptait 8270 chrétiens (A. Lopicz, p. 20).