II. — Les collaborateurs
Au mois de février 1544, saint François Xavier était rentré dans sa chrétienté. Il reprenait sa vie de dévouement obscur, la même que nous avons décrite, à cette différence près qu'il n'était plus seul, et qu'il allait pouvoir étendre son action.
A chacun de ses compagnons, prêtres, clercs ou laïques, il assigna sa tâche, et problablement, car c'était sa coutume, il remit un petit mémorial, règlement dévie intérieure et d'apostolat'. Il entretenait avec eux une correspondance suivie, encourageant, redressant, et, au besoin, sachant parler raide. Malheureusement, de ces billets au jour le jour qui eussent élé sî intéressants, nous ne possédons que ceux qu'il adressait à François Mansilhas pendant les années 1544-1545 ^. Ils sont au nombre de vingt-six.
Lettres précieuses entre toutes. D'autres sont plus éloquentes,, plus riches de doctrine ascétique ou d'anecdotes; celles-là sont de simples avis écrits à la hâte. Nulle part Xavier ne se dévoile avec plus d'abandon, bon et ferme, tendre et attristé, préoccupé^ avec une pointe de découragement à certaines heures. Nous le voyons aller et venir d'une chrétienté à l'autre, s'occuper des moindres détails, plaisanter doucement quelquefois, s'indigner, s'attendrir, faire des projets et des confidences, réclamer des nouvelles, exiger des rapports détaillés, blâmer, encourager, redresser. Il lui arrive de prendre la plume deux fois dans une journée pour compléter, corriger, insister, à mesure que le& nouvelles se succèdent. C'est bien, selon l'heureuse expression du Père Gros, «le journal de ses sollicitudes apostoliques^»..
Mansilhas était homme de bonne volonté. Tant qu'il fut sous la direction paternelle du saint, il travailla et fît du bien. Pour le moment, il n'est pas encore prêtre ; on en est à se demander s'il le sera jamais, car la science lui fait trop défaut, même pour ces pays-là. Mais il est catéchiste, il baptise, enseigneles prières, ensevelit les morts. La tâche est rude, et il lui arrive de perdre