Ibid
LES BADAGES 263
capitan, on lui saurait gré de songer aux chrétiens, plus qu'aux chevaux de Betebumar.
« Ci-joint un mot pour les patangatins de Punicale et de Combuturé, je leur ordonne de tenir prêts leurs tonys pour aller au secours des fugitifs de Tuticorin... qui meurent de faim et de soif sur leurs îles... S'il n'y a pas nécessité d'aller, n'allez pas, faites ce qui vous semblera bon, je vous en laisse juge. Mais si vous allez, veillez à ce que les tonys soient pourvus de vivres et d'eau. Notre-Seigneur soit toujours avec nous, Amen. Ditesmoi comment vont Manuel da Gruz et Mathieu, je les ai laissés fort désolés. »
A peine ces ordres étaient-ils donnés, que, dans la journée, arrivent d'étranges nouvelles. Retour offensif des Badages ; pillage de Tuticorin, le capitan lui-même n'est pas épargné, sa maison, son vaisseau sont brûlés, il est en fuite, réfugié aux îles. Aussitôt nouveau courrier: « Pour l'amour de Dieu, vite, avec tous vos gens de Punicale, allez; embarquez toute l'eau que vous pourrez sur ces tonys. Aux patangatins j'écris fort raide de partir avec vous. »
Tel fut le premier mouvement du saint, et il s'agissait de l'officier coupable, presque un ennemi. Voyons le second.
« Si je savais que le capitan fût heureux de me voir, j'irais et vous laisserais à Punicale. Mais il m'a envoyé une lettre où il déclare qu'il ne pourrait sans un très grand scandale écrire tout le mal que je lui ai fait. Dieu sait, et tout le monde sait ce qui en est. Mais j'ignore s'il me verrait avec plaisir. Pour cela •et pour d'autres raisons encore je n'irai pas le voir. J'ai écrit aux patangatins de Combuturé et de Bembar d'aller à lui avec tous leurs tonys, pour lui porter de l'eau et des vivres. Pour l'amour de Dieu, dépêchez-vous. Vous voyez que le capitan •est dans une grande détresse ainsi que tous ces chrétiens. Pour l'amour de Dieu dépêchez vous '. »
Que s'était-il passé, et d'où venait cette reprise d'hostilités? Il était dit que les Européens commettraient toutes les fautes imaginables : rien ne les éclairait.
D'une part, le petit seigneur de Talle, neveu du roi de Tra-
van'core hier si favorable aux chrétiens, venait de se voir enlever par un Portugais un de ses serviteurs. Outré de colère, il avait juré de se venger sur les Paravers baptisés. D'autre part, à l'heure même où l'on était en pourparlers en vue de la paix, c'est le beau-frère du chef des Badages en personne que les colons, nous ne savons pourquoi, font prisonnier. Et maintenant les pauvres chrétiens sont pris entre deux feux, les Badages et les Travancorais. C'est au cap Gomorin qu'ils sont menacés surtout. On parle très haut de les emmener captifs.
Que faire ? les stations de Virandapatanâo et lieux voisins ont absolument besoin d'être visitées. Mais on écrit à Xavier du cap Comorin que là sa présence est indispensable ; sans lui les plus grands malheurs sont à craindre. Le seigneur de Talle s'est rendu au cap pour venger son injure sur les néophytes qu'il protégeait hier. Il profère les menaces les plus significatives ^