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Nagam-Aiya, p

LES BADAGES 265

Xavier n'avait point à s'occuper de ces intérêts de politique locale. Mais, pour mieux le gagner, le roi lui faisait dire que les chrétiens seraient en sûreté chez lui, qu'il les défendrait. Pourquoi ne pas profiter de cette offre et ne pas envoyer au Travancore tous les néophytes en détresse ? Donc, « ce soir même, je pars pour Manapar et de là... je vais voir Iniquitribirim et traiter avec lui la question de l'asile à donner aux Paravers ». Mansilhas s'occupera des pêcheurs de Tuticorin, il les réunira à Gombuturé et à Punicale, d'où sans doute Xavier compte les évacuer sur l'autre côte. Cela, sans préjudice des autres travaux nécessaires. « Que Notre-Seigneur, conclut le saint, daigne nous donner plus de repos dans l'autre vie que dans la vie présente^ »

Trois jours après, 10 septembre, Xavier est à Manapar : il attend le moment de partir pour le Travancore. Les nouvelles se croisent bonnes et mauvaises. A Tuticorin, les Badages se sont éloignés ; le capitan est sauvé et tous les autres : « Dieu soit avec eux comme je désire qu'il soit avec moi^. » Mais le bruit court que les Badages n'ont disparu que pour se porter en hâte sur un autre point. Au dire du seigneur de Talle, ils veulent aller surprendre le Grand roi par la côte. Cependant la tranquillité revient au cap Gomorin: la paix est faite, le pays se calme. Et voilà que les adigars du rajah, soi-disant au nom de leur maître, se mettent à pressurer les chrétiens ruinés. Ils arrêtent les arrivages de riz et autres vivres. Le Père François Goelho, qui a été bien reçu par le seigneur de Talle, va tâcher d'agir encore sur lui pour obtenir des ordres, tandis que lui, François, s'adressera au rajah^.

On respirait donc enfin. Maintenant la visite au Grand roi n'était plus aussi urgente : il devenait inutile de lui demander l'hospitalité pour les chrétiens. Xavier différa donc son départ. Vers le 20 septembre nous le trouvons à Tuticorin. Un rapprochement s'est opéré entre le capitan et lui. Xavier lui a écrit*. Disons-le tout de suite, l'accord ne devait pas durer. Le saint

continuera à s'inquiéter pour cette âme en péril, mais il n'osera guère intervenir de sa personne. Ses conseils, ses reproches sont mal accueillis ; l'heure n'est pas loin où il devra menacer.

« Aidez Cosme de Paiva, écrira-t-il un jour à Mansilhas, à décharger sa conscience des nombreux vols qu'il a commis sur cette côte, des maux, des meurtres dont il est responsable à Tuticorin, de sa grande cupidité. De plus, conseillez-lui, au nom de son honneur, de restituer l'argent que lui ont donné les meurtriers des Portugais. C'est chose si honteuse de vendre pour de l'argent le sang des Portugais! Je ne lui écris pas, car je n'espère de lui aucun amendement. Mais avertissez-le de ma part que je vais aviser le roi de ses méfaits ainsi que le seigneur gouverneur, pour qu'il soit châtié ; et je vais demander à l'infant don Henri (grand inquisiteur) que l'Inquisition punisse les persécuteurs de ceux qui se convertissent à notre sainte foi. Donc, qu'il s'amende ^ »

Septembre s'était passé, puis octobre, à remettre un peu d'ordre dans les chrétientés. Dans les premiers jours de novembre, saint François Xavier était encore à la Pêcherie. Il venait de recevoir deux nouveaux prêtres indigènes que l'évéque de Goa lui envoyait^. Il jugea donc pouvoir, sans trop d'inconvénients, s'absenter quelques mois.

Avant de s'éloigner, il fit ses dernières recommandations à Mansilhas. Elles sont d'un homme qui s'est acquis le droit de parler en maître. Il est devenu la grande autorité de ses chrétiens, leur providence visible. Il supplée à ce que ni les chefs locaux, ni les capitans portugais ne savent ni ne veulent faire. Et n'est-ce pas là le secret de Tanimosité dont le poursuit Cosme de Paiva ^?

« Vous me ferez plaisir de visiter les chrétiens exilés de Tuticorin. Comme ils n'ont pas, là où ils sont, de lieux de réunion, convoquez-les en plein air et là enseignez-les. A Nicolas Barbosa, déclarez sérieusement qu'il ne doit pas admettre à la pêche des perles ceux qui sont restés à Tuticorin et se sont

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