Valicnano, p
3. Mon. A'af., p. 349. Dans la citation qui suit, les mots entre crochets sont empruntes à la version du Père Poussines, qui avait sous les yeux une copie plus complète.
LES BADAGES 267
emparés de la maison des fugitifs. J'entends bien que des gens si désobéissants, ou, pour mieux dire, de vrais apostats, ne jouissent pas des fruits de notre mer. Que si ceux de Punicale veulent aller pêcher sur les bancs de Tuticorin, qu'ils aillent, et fassent bonne pêche. Mais dites à Barbosa de bien se garder de toute faute : son passé n'en est que trop chargé. »
Enfin, vers la mi-novembre, Xavier quittait Manapar. Son voyage avait plusieurs objets. Avant tout, il voulait, au passage, répondre à l'appel du rajah de Travancore, se charger de ses requêtes pour les présenter au gouverneur. En retour, il en obtiendrait, pour son apostolat et la liberté des chrétiens, des concessions importantes. De là il monterait à Cochin, puis à Goa. 11 reviendrait ensuite, toutes affaires réglées, et pourrait s'occuper des demandes qui lui étaient venues de Geylan.
Il lui fallait, pour gagner la résidence du roi, traverser les cent kilomètres de plaines qui venaient d'être le théâtre de la guerre. Le pays n'était pas sûr. Les hostilités avaient pris tin : les Badages étaient rentrés au Maduré ; mais les esprits restaient surexcités. Les chrétiens ne manquaient pas d'ennemis, et ils redoutaient pour leur père ce long voyage. Quant à lui la mort ne Teffrayait pas, au contraire; il l'eût reçue avec joie. « Souvent, raconte Mansilhas, il me proposa d'aller au royaume du Prêtre Jean pour y chercher le martyre, s'il plaisait à Dieu^ » « Je m'en vais donc, écrit-il lui-même, et je prends la voie de terre pour m'éloigner du cap Comorin. J'irai visitant les chrétientés et baptisant les nouveaux-nés... Priez pour moi, faites prier les enfants. Avec ce secours, je suis au-dessus de toutes les craintes que les chrétiens d'ici voudraient m'inspirer. Ils me disent de ne pas aller par terre, que tous ceux qui leur en veulent m'en veulent aussi. Je suis si ennuyé de vivre que le meilleur pour moi serait de mourir pour la défense de notre foi et de notre loi. Voir se commettre tant dépêchés et n'y rien pouvoir!... Non, je n'ai pas d'autre peine que de n'avoir pu arrêter ceux que vous savez bien et qui si cruellement offensent Dieu ^. »
Quels étaient au juste les ennemis dont le saint avait à