‹ Saint François XavierChapitre 25 sur 820 · BoBADiLLA, cité dans Astrain, t. I, p. 77, note · texte numérisé non relu

BoBADiLLA, cité dans Astrain, t. I, p. 77, note

air, et Ton sortait de ces cours ivre de science, raillant au passage les « capettes » de Montaigu et leurs maîtres « fumivendulos triobolares, vendeurs de fumée à trois liards le paquet », et vouant aux dieux infernaux la faculté de théologie et Noël Beda son syndic.

C'est dans ce milieu incandescent que François passa ses premières années d'université. Quelle part prit-il à ces controverses ? Quelle influence eut sur lui cet enseignement novateur ? Quel fruit littéraire en retira-t-il* ? On ne sait. Sa correspondance, le seul document par où nous en pourrions juger, montre une âme préoccupée de toute autre chose que du beau langage. Evidemment, pour ce qui est de l'espagnol et du portugais, ce n'est pas un écrivain. Ses lettres, dictées à bâtons rompus, ne se recommandent ni parla pureté de langue, ni par l'originalité du style. Fut-il latiniste? Deux ou trois phrases latines tombées par hasard de sa plume, au milieu de lettres espagnoles, ne suffisent pas pour se faire un jugement. Elles sont correctes et, en somme, élégantes^. Nous n'en savons pas davantage.

L'année scolaire 1525-1526 dut se terminer par un examen qui mit fin aux études littéraires, et le l"" octobre 1526, François Xavier commença le cours des arts, nous devrions dire de sciences et de philosophie.

La carrière qui s'ouvrait devant lui était longue, surtout s'il aspirait à ce titre de docteur en théologie ou en droit canon qui permettait de prétendre aux plus grands honneurs. Il lui fallait d'abord cinq ans pour parvenir au grade de maître es arts. Arrivé là, le plus grand nombre s'arrêtait. Les autres s'orientaient vers la théologie, le droit ou la médecine, et c'était encore, avant le doctorat, six ou sept ans d'études. Le cours universitaire complet était donc d'une douzaine d'années. Suivons notre étudiant aux premières étapes de cette vie nouvelle.

1. QuiCHERAT, op. ct7., t. II, p. 95, dit que c'était « un sujet de littérature ordinaire et d'une conduite fastueuse ». Le second traitest fort exagéré, etquant au premier, il ne s'appuie sur rien.

2. On trouvera des bribes de ce latin dans les Mon. Xav., t. I, p. 224, 225, 235. — Quant au fameux sonnet A'o me mueve attribué tour à tour à saint Ignace, à sainte Thérèse et à saint François Xavier, « il est peut-être tout simplement l'œuTre de quelque poète obscur dont l'anonymat ne sera jamais déToilé » (R. FouchI^-Delbosc, Revue hispanique, 1895, p. 120-145. — Cf. Mon. Xaf., t. I, p. 934 (n* 167).

L'université était une véritable corporation ayant, comme les autres, son monopole : l'enseignement, ses apprentis, ses ouvriers, ses maîtres. On était maître es arts, maître (ou docteur) en sacrée théologie, comme ailleurs maître barbier ou maître maçon. Seul le maître avait licence d'exercer son art, c'est-àdire de tenir école.

François Xavier commença donc par être apprenti, c'est-àdire simple écolier. Il suivit les cours de son collège, prenant des notes, argumentant et discutant. Cette préparation à la « bachélerie » durait deux ans et demi. Dans le carême de 1529, il dut être admis à subirl'examen dedéterminance^ à la rue du Fouarre, dans la salle de sa nation. Comme le but dernier de toute cette organisation était de former des professeurs, la déterminance consistait à faire, devant ses confrères et ses maîtres, une leçon de philosophie et à subir leurs objections. De la déterminance l'apprenti sortait ouvrier, c'est-à-dire en langage universitaire, bachelier formé. D'ores et déjà, il avait un certain droit d'exercer son métier. 11 pouvait, tout en continuant ses études de philosophie, se faire professeur de grammaire et de lettres pour les débutants^.

François avait donc franchi les premiers degrés de la hiérar- <}hie universitaire. Mais ces années d'études avaient été critiques pour son âme. Transporté de la Navarre patriarcale en ce monde latin tumultueux et débridé, il avait dû se trouver tout d'abord dépaysé. Nulle part le milieu des écoles ne passe pour être favorable à l'éclosion des vertus délicates. A cette règle générale le Paris scolaire du xvi^ siècle ne faisait pas exception. Laissons de côté les étudiants tapageurs, pipeurs, batteurs de pavé, ceux qu'on appelait les galoches. Il y avait pis, et les règlements des collèges, par les mesures prises contre le désordre, par les pénitences prévues et fixées à l'avance, laissent nettement entrevoir les dangers courus par la morale.

Les statuts du collège du Mans portaient ^ : <( Défense aux portionnistes d'avoir ou de donner à manger ou à boire dans leurs chambres. Défense de découcher : le boursier non gradué

1. p. Anl. Deciievrens, S. J., Les Université! catholiques autrefois et aujounrhui, Paris, Delhomme, b. d., p. 123-124, 130-133, note».

2. Gkos, Doc, p. 258. Cf. Fhlibie.n, Hist. de Paris, t. III, Preuves.

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qui le ferait aura la première fois les verges dans la classe ; la seconde fois, il sera châtié in aida selon l'usage de l'université de Paris. Défense aux portionnistes et aux boursiers de sortir seuls; on leur désignera leurs compagnons, etc. » Sages mesures, mais qui n'atteignaient qu'une partie minime de la population scolaire. Encore eût-il fallu, pour obtenir l'exécution du règlement, une surveillance active. Or, en fait de surveillants, il n'y avait guère que les portiers dont la conscience n'était pas à répreuve d'un peu d'argent. Des professeurs eux-mêmes il fallait se défier. Les plus graves faisaient de l'enseignement leurcarrière;maisd'autresnedonnaientdesleçonsquepourvivre en poursuivant eux-mêmes leurs études. A peine plus âgés que leurs élèves, ils avaient comme eux l'amour du bruit et du plaisir; ils étaient leurs complices, parfois pis encore. En termes voilés et charitables, le bienheureux Pierre Le Fèvre, dans son Mémorial^ nous parle des troubles de conscience où le jetait la vue de ce qu'il appelle les « défauts des autres, les imperfections sans nombre qu'il ne soupçonnait pas jusque-là ».

On entrevoit les périls auxquels vivait exposé notre écolier de vingt ans. D'où vient qu'il n'y périt pas comme tant d'autres ? Pour lui apprendre sans doute la miséricorde envers les pécheurs, entraînés au mal par les circonstances plus que par leur propre malice, pour ajouter à cette leçon celle de l'humilité expérimentale, que l'on prend en touchant du doigt sa propre fragilité. Dieu permit qu'il allât jusqu'au bord de l'abîme. François Xavier vit le moment où il allait tomber.

C'est un des rares points où nous ayons ses confidences. Un prêtre de l'Inde, qui l'hébergea quelque temps, déposait peu après la mort du Père François : « Tout en causant, il me raconta ses débuts dans la vie jusqu'au moment où nous étions. Il me parla de sa patrie, de son père et de sa mère, de l'âge auquel il vint à Paris, de ce qui lui était arrivé dans cette ville. Et, à propos de la vie des étudiants, il me dit qu'ils étaient fort débauchés, eux et leurs maîtres; que souvent ils sortaient la nuit du collège et l'entraînaient avec eux. Le maître en était. »

Arrivé là, il n'y avait plus qu'un degré à descendre, et peutêtre l'apôtre des Indes était perdu. Ce degré ne fut pas franchi. Mais, pour que la leçon d'humilité fût complète, ce qui

arrêta le jeune homme, à ce qu'il raconte, ce ne fut ni une pensée surnaturelle, ni même le sentiment de la dignité humaine. Il voyait que ces misérables étaient aussi pourris de corps que d'âme, et il eut peur. « Cette peur, continue le témoin, le retint un an ou deux. Alors le maître mourut de ses excès. Un autre lui succéda, chaste et vertueux, dont le bon exemple le sauva; jamais, jusqu'au jour où il me confiait ces détails, sa pureté n'avait subi la moindre atteinte. Il me dit cela en confidence intime, sans ombre de vanité^. »

Ce maître nouveau, à qui François, étudiant de vingt-deux ans, dut de garder sa chasteté, était le docteur espagnol Jean de Pena^.

Mais la Providence avait mis auprès de François mieux qu'un bon maître. Pierre Le Fèvre, son condisciple à Sainte- Barbe, était né dans une des moins pauvres familles d'un village savoyard où nul n'était riche. Petit enfant, il gardait sur les pentes des Alpes les troupeaux de son père. Là, dans la solitude, FEsprit-Saint prévint en lui l'action des maîtres humains. Ses longues heures d'isolement étaient des heures de prière. Très pieux, très doux, grave et réservé, d'une grande modestie, il avait pris dans son entourage un ascendant irrésistible. Aimé, respecté, il se faisait le prédicateur des autres enfants, et, quand il voulut étudier pour être prêtre, cela parut tout simple. Dans une école rurale d'abord, puis au petit collège de la Roche, il fit brillamment ses classes. Déjà helléniste distingué, il vint les achever à Paris et s'y préparer au sacerdoce. Son talent fut apprécié, et l'on raconte que son maître Jean de Peîla, quand il rencontrait dans l'interprétation d'Aristote une difficulté de texte, recourait volontiers au clerc savoyard^.

Par quel concours de circonstances Le Fèvre devint-il le conchambriste de François? On ne nous le dit pas. Dieu était

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