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Oriente, t. I, p

LES MARTYRS CINGHALAIS 295

que cette conquête n'irait pas sans contestation de la part du rajah. Pour lui, ce passage au christianisme était un passage aux Portugais.

Eut-il alors connaissance des troubles qui éclataient au nord de l'Inde et qui nécessairement devaient immobiliser le gouverneur et sa flotte autour du golfe de Gambay? Mais certainement les révoltes du royaume de Cotta, l'impunité avec laquelle son rival et voisin avait fait couler le sang chrétien et bravé le Portugal, l'encouragèrent à agir. Ce fut vite fait. Le prêtre avait dû partir vers septembre-octobre 1544. Au mois de janvier, la chrétienté s'effondrait dans un massacre général.

A la nouvelle de la conversion, le roi avait envoyé ses troupes, avec ordre de tout mettre à feu et à sang. Six cents néophytes périrent au village de Patim. Les uns après les autres, ils reçurent le choix entre Tapostasie et le martyre. Ces chrétiens baptisés d'hier, instruits sommairement, mais en qui la grâce du sacrement agissait avec une efficace merveilleuse, préférèrent la mort. On vit des mères proclamer que leurs enfants, qui ne parlaient pas encore, étaient chrétiens comme elles, et mourir avec eux ' .

Le massacre de Manar fît grande impression dans le public. Notre sainty vitle présage d'une plus abondante récolte d'àmes, et ne put s'empêcher de remercier Dieu^. La nouvelle, toute fraîche encore, partie parles vaisseaux de janvier 1545, arriva en Europe vers octobre. Du même coup, l'on apprit à Lisbonne et les conquêtes de François au Travancore,etla mortdes pêcheurs cinghalais. Comme pour commenter la lettre de son ami, le vicaire général de Goa, Michel Vaz, débarquaità Lisbonne. Plus que tous les autres, en homme de foi qu'il était, Jean III laissa éclater sa joie, et, tout de suite, en vint aux résolutions pratiques. Les martyrs lui semblaient réclamer des apôtres : il décida d'en envoyer un bon nombre par le prochain départ. Lui-même en écrivit à Pierre Le Fèvre qui venait de quitter le Portugal et se dirigeait vers le concile de Trente : il le priait de recruter au passage le plus de missionnaires qu'il pourrait^. De son côté,

1. TuRSELLiNi, 1. II, ch. 12; — LrcENA, 1. 11, ch. 19, p. 126; — Bartou, Asia, 1. I, n. 45. SousA, t. I,p. 239. D'après André Lopez (p. 22), le lieu du martyre serait Tolavaly.

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