‹ Saint François XavierChapitre 265 sur 820 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

bilité des charges qui tue l'esprit de suite, par les jalousies iatéressées qui le poursuivaient et dont les chroniques restent imprégnées, par le manque de contrôle efficace sur les officiers inférieurs, par la toute-puissance de l'argent qui lui faisait résumer la situation en cette formule : « Quanto tienes tanto vales, tu vaux ce que tu possèdes ^ » Le gouverneur était le premier à en souffrir, et on nous assure qu'il ne souhaitait qu'une chose : être relevé de sa charge.

Un jour, peu de temps avant que les vaisseaux du roi n'amenassent son successeur, il assistait à la messe avec un officier qui retournait en Portugal. A l'élévation il dit à son compagnon: « Dites au roi de me faire remplacer par les prochains vaisseaux. Il m'est irnpossible de gouverner l'Inde, tant les hommes changent ici, surtout les hommes le plus en vue. S'il ne le fait pas, je jure par cette hostie très sainte et parle vrai Corps du Christ que j'y contemple des yeux de la foi, d'ouvrir les lettres de succession et de laisser le pouvoir à ceux qui y sont marqués. Son Altesse ne peut pas vouloir exposer un vassal comme moi à se faire couper la tête. » — « Tel était, ajoute Faria y Souza, l'état des Indes. 11 n'y avait quasi plus de remède, puisque, si le gouverneur était encore tolérable, les gouvernés ne l'étaient plus 2. »

Quand don Alphonse était à ce point dégoûté de sa charge et fatigué de sa responsabilité, que ne devait pas être la sévérité de saint François Xavier? Un des passages les plus célèbres de ses lettres date précisément de cette époque.

« Ne permettez à aucun de vos amis, écrit-il au Père Simon Rodriguez, de venir aux Indes comme officier du roi. C'est à la lettre qu'on peut appliquer à ces gens le mot : « Deleantur de libro viventium et cum jusds non scribantur^. » En vain vous vous confierez à leur vertu ; s'ils ne sont confirmés en grâce comme les Apôtres, n'espérez pas qu'ils feront leur devoir. Ici c'est si bien la coutume de ne pas faire ce que l'on doit, qu'on n'en a cure, et tous vont par le chemin de rapio, rapis. Et

1. Annaes dus sciencias e lettras, Lisbonne, 1857-58, t. I, p. 321.

2. Fakia y Souza, Aiia Portugueza, t. II, P. I, ch. 14, n. 9. On voit, par celte citation, que tous les historiens no sont pas également sévères pour Sousa.

■i. (( Qu'ils soient efTacés du livre des vivants, et ne soient pas inscrits parmi les justes. »

j'admire comme ceux qui nous arrivent de là-bas, inventent des temps, modes et participes nouveaux à ce verbe rapio, rapis. Et ils font si belle diligence, ceux qu'on nous dépêche àe là-bas avec ces charges, qu'ils ne lâchent jamais ce qu'ils ont pris. Par où vous voyez comme ils s'en vont mal dépêcliés de cette vie en l'autre '. »

Toujours plus hardi et sûr d'être compris, François poursuit : « Que le roi comparé les immenses richesses que Dieu lui a données dans les Indes et le peu qu'il a fait jusqu'à présent pour lui ; qu'il fasse cet examen en conscience et qu'il conclue à être plus généreux quand il s'agit des intérêts éternels. » — Si, lui, ose parler de la sorte, c'est qu'il aime profondément le roi; c'est' qu'il lui semble qu'une voix s'élève des Indes reprochant au prince d'être avare envers cet empire dont les besoins spirituels sont immenses. Et Xavier détaille ses espérances prochaines. Avant un an, à Jafnapatam et au Travancore, il y aura plus de cent mille chrétiens. A Gotta, la persécution continue; les bienfaits de Jean 111 ne parviennent. pas à amollir le cœur du roi ; mais de nouveaux champs d'apostolat s'ouvrent vers l'Orient, au delà de Malacca, donc il faut envoyer de nouveaux ouvriers de la Compagnie-.

Telles étaient les saintes libertés de Xavier avec son protecteur. Jean III était homme à l'entendre. Sans doute, nous ne le voyons point prendre les mesures radicales que suggérait et que suggérera encore plus tard notre saint. 11 lui manquera toujours de savoir punir, trompé qu'il sera par les rapports contradictoires venus des Indes, arrêté par l'extrême difficulté de savoir le vrai des hommes et des choses, et de mener un procès sérieux à de telles distances. Du moins, il sentait ses responsabilités, et c'est bien un écho des lettres de Xavier que nous entendons à travers ces paroles que, par retour de courrier, il adressera au successeur de don Martin Alphonse, 8 mars 1546.

« J'attends beaucoup de vous que, pour votre part, vous

1. Mon. Xai'., p. 375. « Os que de lu vem despackados com estes cargos..., por iso podeis ver quam mal despackados vâo as aimas... )> Ce passage a été commenté par le Père Antoine Vieyra dans son célèbre sermon sur le bon Larron, et appliqué aux officiers du Brésil.

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