PoLANco, Chronicon, t. [, p
l'étudiant 29
là qui préparait de loin ses œuvres et amenait ses saints au rendez-vous prévu par lui. Grâce aux relations scolaires, les deux jeunes gens, le gentilhomme et le paysan, s'étaient liés. Intimité qui est tout à la louange de François, car Pierre était la réserve même. En dépit de tentations dont il nous fait le discret aveu, c'était une âme angélique. Dès l'âge de douze ans, à genoux dans un repli solitaire de la montagne, il avait demandé à Dieu ce qu'il devait faire pour lui plaire. « Le vœu de chasteté », lui dit une voix intérieure. Immédiatement il avait obéi. Dès lors, sans trop savoir ce que par là Dieu voulait de lui, il s'était toujours considéré comme un être consacré, une chose sainte qui ne s'appartient plus^ La pureté de son âme éclatait sur son visage. A Paris comme au village, il inspirait le respect et en même temps il entrait dans les cœurs. « Le Fèvre écrira plus tard un de ses compagnons, entre autres vertus, avait une rare et délicieuse douceur de rapports, que je n'ai trouvée chez personne autre à ce degré. Vraiment je ne sais comment il s'insinuait dans l'amitié ; peu à peu son influence grandissait ; son amabilité, sa suavité de langage poussait tous ceux qui le fréquentaient à l'amour de Dieu^. »
Contre cette influence surnaturelle, Xavier n'avait pu se défendre. Il la subit comme les autres, et d'autant plus profonde que Le Fèvre était plus discret. Entre eux se noua une de ces amitiés mâles et tendres comme seuls les saints les connaissent, ft Qu'elle soit à jamais bénie, s'écrie l'un dans son Mémorial, la divine bonté qui m'a donné un maître comme Jean de Pena, et une société comme celle que je trouvai chez lui, je parle surtout de Maître François Xavier^.» L'autre n'oubliera pas, au fond de l'Asie, son ami de Sainte-Barbe. Avant même d'avoir appris sa mort par des correspondants du Portugal, il le prendra pour protecteur dans les dangers de terre et de mer ; il intercalera son nom dans les litanies des Saints et invoquera « l'âme bienheureuse de Pierre Le Fèvre ^ ».
Le cours des études se poursuivait pour nos deux amis.