‹ Saint François XavierChapitre 280 sur 820 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

tiser » ; et il attribuait ce progrès de la foi aux merveilles dont avait été le théâtre la tombe de son frère'.

Les choses en étaient à peu près là, quand François quitta Cochin.

Les anciens biographes le font passer par un port de Ceylan, Colombo sans doute. Là se place une conversion célèbre. Nous transcrivons le récit naïf du Père du Jarric^.

« Le pilote du navire, dans lequel il s'embarqua, estoit un homme fort desbordé en ses mœurs, et là mesme avoit les principales occasions de son malheur, qui n'estoient pas une seule mais plusieurs. Le Père s'appercevant de la vie de cest homme, taschait de l'accoster, et s'en alloit souvent au timon du navire où il se tenoit pour deviser avec luy des choses de son art, laissant toujours aller quelque parole qui lui touchoit au cœur, sans toutesfois en faire semblant, et se gardant bien de venir aux matières qui le pouvoient ennuyer; le pilote voyant la grande douceur et débonnaireté du Père, commence à se découvrir à luy, et luy dit qu'il estoit un grand pécheur, et voudroit bien se réconcilier avec Dieu par le moyen d'une bonne confession, s'il lui plaisoit l'entendre si tost qu'ils seroient arrivés au port. Le Père lui répond qu'il en estoit bien content; cependant l'entretient avec de bons et saints propos. Or comme ils eurent abordé, le pilote sembloit ne se souvenir plus de ce qu'il avoit promis, remettant sa confession de jour à autre et fuyant, tant qu'il pouvoit, la présence du Père. Mais un jour comme il se pourmenoit le long du bord de la mer, tenant les yeux fichez au ciel, selon sa coutume, ils se vont rencontrer tous deux par cas fortuit, ou plustost par providence divine; le pilote voyant qu'il ne se pouvoit plus cacher, ni fuyr le Père, qui desjà l'avoit apperçu, luy dit comme par jeu : Et bien, mon Père, quand me voulez-vous ouïr en confession ? Le Père, avec une face riante, lui respond en ces termes : Jésus, dit-il, mon bon amy, quand je vous veux ouïr? tout maintenant, si vous voulez, et icy mesme, s'il vous semble, nous promenant tous

2. Du Jarric, 1. 1, p. 122, traduisant presque Lucena (1. II, ch. 21, p. 137); cf. Tursellini,

1. II, ch. 13; Valignano, p. 58. Le récit de Bartoli (1. IV, n. 49) semble un peu forcé.

Ce que raconte Tursellini (loc. cit.) d'une entrevue à Colombo avec un prince de Ceylan repose sur une erreur de date : les princes baptisés étaient alors à Goa.

deux sur ceste rive ; et soudain qu'il eust dit cela, se met à faire le signe de la Croix, pour commancer la confession; lepilote, faisant de nécessité vertu poursuit, disant le Confiteor, bien qu'au commencement il se trouva tout troublé, et comme un homme prins au pied levé, qui ne sçait bonnement ce qu'il fait; toutesfois ayant advancé quelque pas, il revint à soy, et tout changé en son âme print courage; de façon que ce qu'il avoit commancé quasi par contrainte, ou par honte, il le continue avec bonne volonté et dévotion. Le Père cognoissant cela, le mène en une petite chapelle qui estoit là bien près du rivage;... estans là tous deux seuls, le Père qui d'autrefois l'avoit ouy plaindre que les genoux luy faisoient mal, lui agence une natte qu'il trouve là, et le fait asseoir dessus, ne prétendant pour lors autre chose, sinon qu'il eust douleur et contrition de ses péchez; laquelle de là à peu, il conçeust si grande, qu'il ne pouvoit poursuyvre sa confession, pour l'abondance des larmes et sanglots qu'il tiroit du plus profond du cœur. S'estant donc jette des deux genoux en terre, il battoit rudement sa poitrine, et demandoit pardon à Dieu de tant de péchez, qu'il avoit commis. Mais désirant faire une confession générale de toute sa vie, il pria le Père de lui donner quelques jours de terme, pour s'y préparer, durant lesquels il fit plusieurs actes de pénitence et satisfaction, et entre autres osta d'auprès de soy les occasions qui le faisoient tresbucher, et de là en avant, s'adonna de telle sorte à la vertu et nomméement à la fréquentation des sacremens de la confession et communion, qu'ar-^ rivant à la fin de ses jours, bien muny d'iceux et du divin secours, il partit de ce monde fort consolé pour avoir mené une vie exemplaire après ce changement : lequel il attribuoit, aprèa Dieu, à la douceur, de laquelle le P. Xavier avoit usé en son endroit, s'accommodant à son infirmité. »

Après une escale assez brève, Xavier reprit la route de Négapatam. Nous le trouvons bientôt à Manar^ De son séjour dans cette terre des martyrs, nous ne connaissons qu'un épisode. Le témoin qui le rapportait au procès de 1616 disait le tenir d'ufa

1. Cet itinéraire, s'il est historique, suppose que Xavier faisait le voyage, au moins depuis Colombo, sur une embarcation assez légère pour franchir les passes étroites et peu profondes du pont de liama.

homme bien informé. Le capitan Jean Mello de Sampayo avait eu le commandement de la forteresse que les Portugais, peu après la mort de François, avaient construite à Manar. Il avait donc pu recueillir sur les lieux des souvenirs encore récents et en vérifier l'exactitude. Il disait que, « cette région étant désolée par la peste, le Père Maître François vint, proche de là, à Patim. Les gens du pays, presque tous païens, allèrent le trouver, au nombre de trois mille, le suppliant de remédier à leurs maux. Le saint pria pour eux pendant trois jours, au bout desquels la peste cessa tout à coup. Cette merveille amena la conversion et le baptême de presque tous ces infidèles'. »

Un autre témoin au procès de 1556 assure que, de Manar, le saint gagna la petite île voisine dit Vileaux Vaches^. « J'ai ouï racontera son compagnon Jean de Eyro', aujourd'hui franciscain, que, en cet endroit, il rappella à la vie l'enfant d'un musulman ou d'un païen. Gela, je le tiens de son compagnon lui-même. » C'est peut-être encore au cours de cette traversée que, longeant les côtes de la grande île, on l'entendit s'écrier : « Ah ! Geylan, Ceylan ! que de sang chrétien tu coûteras ! » Allusion aux longues guerres que, plus tard, les Portugais devaient soutenir dans leur conquête'.

Dans la seconde moitié de mars, François était à Négapatam.

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