‹ Saint François XavierChapitre 285 sur 820 · Mon. Xav., p · texte numérisé non relu

Mon. Xav., p

de Sousa et de François Xavier, et, par la force des armes, imposa au roi une forteresse à Manar (1560) ^

Le saint n'a confié à personne le secret de sa tristesse devant ce peu de bonne volonté. Il comprenait sans doute qu'après tout, c'était imposer à ces marchands un notable sacrifice que d'exiger d'eux l'abandon de leurs profits, par ailleurs légitimes. Tout le monde ne pouvait avoir son mépris pour les biens de la terre. Aussi chercherions-nous en vain dans ses lettres la moindre parole d'amertume : « On n'a point pris Jafnapatam, écrit-il à ses amis de Goa, on n'a pas mis en possession de son royaume le roi qui devait se faire chrétien; on a tout abandonné à cause d'un vaisseau du roi qui a donné à la côte en venant du Pégu , etc. . . On n'a point exécuté les ordres du seigneur gouverneur. Tout est bien, si la gloire de Dieu sort de là^. »

Pour autant que l'on peut entrevoir les intentions divines, il semblerait que Dieu, en cette occasion, ait voulu donner une leçon aux prédicateurs de l'Evangile. Certes l'intervention du pouvoir séculier chrétien en matière d'apostolat, la protection donnée aux missions dans les pays barbares ou de demi-civilisation, sontdans l'ordre. C'est l'union légitime des deux pouvoirs sur les terrains qui leur sont communs. Mais il est des avantages auxquels il faut savoir renoncer avant qu'ils ne se tournent en obstacle. Il n'est pas bon que Fapôtre et le soldat se suivent de trop près : l'apostolat peut en être retardé pour des siècles. Saint François Xavier avait raison quand il demandait qu'une leçon fût donnée au persécuteur : mais Dieu servit à la fois et la gloire de son ministre et l'intérêt de la mission en reculant de plusieurs années l'expédition de Jafnapatam.

Quefaire maintenant? De quel côté se tourner ?Ceylan,entr'ouvert un instant, se refermait. Pour l'heure, le Travancore et la Pêcherie pouvaient se passer de Xavier. Du reste la saison ne permettait pas de descendre au cap Comorin. Des lueurs, du côté de Alalacca, semblaient l'appeler; mais Dieu n'avait pas encore parlé clairement^. Le saint reprit alors son projet de

1. Do GouTO, D. VII, I. IX, ch. 1 et suiv. (p. 300, etc.) ; — Tursellini, 1. Il, ch. 13, — LucE.NA, 1. Il, ch. 23 ; — Bartoli, 1, I, n. 48 ; — Sousa, t. I, p. 198.

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