PoLAisco, t. VI, p
chrétienne. Les femmes mariées ne venaient à l'église que rarement, en carême, pour se confesser et éviter l'excommunication. Leurs maris les tenaient enfermées à la mode musulmane. Comme pour justifier cette abstention de leurs femmes, eux-mêmes, les dimanches, n'allaient pas aux offices. Gros désordres aussi dans le clergé, qui se mêlait de commerce et s'enrichissait par des contrats illicites'. »
La matière ne manquait donc pas au zèle de Xavier,et il reprit à Malacca ses labeurs habituels. Comme toujours, il mit à la base de son apostolat prière et mortification. Voici ce qu'étaient ses repas: « J'ai ouï dire au vicaire de la ville, Alphonse Martinez, racontait en 1556 Don Diogo d'Abreu, sénateur de Cochin, que ledit Maître François passait souvent deux ou trois jours absolument à jeun, sans rien boire ni manger tant il était pris par les confessions et autres bonnes œuvres 2. »
Il avait d'abord été loger chez un ami, près de l'hôpital : mais bientôt il revint à son invariable coutume et s'installa parmi les malades ^.
Des témoins oculaires nous diront ce qu'étaient les nuits de Xavier. Dame Jeronyma Pereira, femme de Simon de Gunha, racontait en 1556 : « Mon frère Antonio et Diogo Pereira étaient grands amis du Père Maître François. Ils voulurent savoir ce qu'il faisait pendant la nuit. Donc, à travers les trous et fentes de sa case en feuilles de palmier, ils le virent à genoux devant un ci'ucifix; il priait, et toute la nuit se passait ainsi en oraison. Si parfois, après ses exercices de piété, il dormait, c'était sur un petit lit de cordes, ou de cairo, comme on dit (une simple natte probablement), avec une pierre sous la tête : et ce sommeil était très court ^. »
Un autre donne plus de détails : « J'habitais la même maison
1. Jbid., 806, 807. Ces derniers détails sont empruntés à des lettres de 1556, mais sont certainement vrais de l'époque où Xavier vint à Malacca pour la première fois.