Process. 1556, Goa, n
que le Père et son compagnon. Le Père avait une chambrette à part. Il s'y retirait pour prier, quand son compagnon et moi allions nous coucher. Il avait là une petite table, et, dessus, un crucifix en bois de saint Thomas (en bois provenant de ce qu'on disait à Méliapor être la maison de l'apôtre), avec une croix voilée et un bréviaire. A côté de cette table, était une pierre noire, grosse comme une tête et davantage, un peu allongée (un galet). Quand nous étions endormis, le Père, à genoux, vêtu comme pendant la journée, contemplait et priait, les mains levées vers le ciel. Je l'ai observé moi-même quelque temps. Deux ou trois fois je l'ai vu reposer la tète sur cette pierre et sur quelques autres qui étaient là près de la table. Avant l'aurore il se levait pour dire son office et sa messe ^ »
A l'autel, les ravissements, déjà observés ailleurs, se renouvelaient. On eût dit alors que le temps pour lui s'arrêtait. L'extase l'emportait hors du monde visible. Son servant de messe, un jeune soldat qui, tous les jours, pouvait le voir absorbé par la sainteté du sacrifice, témoignait que c'était pour lui une consolation céleste que de le regarder^.
Le docteur Saraiva disait de son côté: «J'avais pour le Père une singulière vénération. J'assistais toujours à sa messe. Un jour que j'étais là (c'était dans l'hôpital dont j'étais médecin), après la consécration, il me sembla le voir élevé de terre, ses pieds ne touchaient plus le pavé. Mais j'hésitai à croire, je redoutais une illusion à cause de l'amour et dévotion extrêmes que j'avais pour le Père ^. »
Après les nuits de prière, les jours de travail. Il écrivait: « Je prêche les dimanches (et jours de fête) dans la grande église. Tous les jours, pendant une heure et plus, j'enseigne les prières aux enfants (ainsi qu'aux néophytes. J'ai beaucoup à confesser: j'entends les malades à l'hôpital où je suis descendu, je confesse beaucoup d'autres personnes). Je dis la messe aux infirmes et leur donne la communion. J'ai tant de pénitents que je ne puis suffire à tout. Dieu aidant, j'ai pu réconcilier bien des soldats et d'autres habitants de la ville. Le soir je parcours la cité,