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III. — La flotte de Villalobos

Saint François revint à Amboine dans le courant du carême. II y trouva un surcroît de besogne inattendu. Sept navires portugais étaient en rade, escortant quelques navires espagnols et attendaient le moment de passer aux Indes.

Dernier épisode d'un vieux conflit. Espagnols et Portugais, partis chacun de leur côté à la conquête du monde, avaient fini par se rencontrer en Extrême-Orient. Les Portugais avaient paru les premiers aux Moluques; mais Magellan avait conduit les Espagnols aux Philippines (1521)*; et maintenant, querelles, coups de canon, navires saisis. Les deux cours de Madrid et de Lisbonne conclurent un accord. Chacun garda son archipel; mais défense fut faite aux navires d'une nation, sauf cas de force majeure, et sous peine d'être traités en pirates, d'entrer dans les eaux de l'autre.

Or, en 1542, don Ruy Lopez de Villalobos était parti de la Nouvelle-Espagne avec une flotte, des soldats, des colons, des prêtres. L'essai d'occupation aux Philippines fut malheureux. Des vaisseaux se perdirent; puis famine et épidémies. C'était vraiment la force majeure prévue par les traités. Les Espagnols durent se rabattre vers les Moluques.

^Malheureusement Villalobos laissa voir des prétentions que les Portugais jugèrent insoutenables, et, pour les accentuer, alla jeter l'ancre, non chez eux, à Ternate, mais à Tidor, l'île rivale. De là, un conflit armé entre chrétiens, grand scandale chez les

I. On àlssÀl A'BÎiiOTà archipel Saint-Lazare. Le nom de Philippines fut donné par Villalobos en l'honneur du futur Philippe II.

infidèles. Charles-Quint désavoua ses officiers et il fallut se soumettre. L'affaire n'alla pas toute seule; la fierté castillane se révolta. Mais enfin des otages furent livrés, l'artillerie confisquée, liberté laissée aux soldats d'entrer au service du Portugal, et les navires dirigés vers Amboine pour être renvoyés jusqu'aux Indes et remis sur le chemin de l'Europe •.

Telles étaient les ouailles nouvelles que Dieu envoyait au Santo Padre. Elles avaient grand besoin de son ministère, car c'était parfois un singulier ramassis d'aventuriers et de héros que ces populations flottantes en quête d'un eldorado introuvable. Hommes et femmes, soldats et colons, vrais apôtres et vrais flibustiers, il y avait là de tout. Pour Xavier, que d'âmeschargées de fautes et peut-être de crimes! On était en carême; il fallut prêcher, confesser, faire des réconciliations. Le Père avait des collaborateurs, cinq religieux Augustins et quatre prêtres séculiers. Mais c'est à lui qu'on voulait s'ouvrir, de lui qu'on voulait recevoir le pardon, et il redisait ce qui revient comme un refrain dans ses lettres : « Le temps me manque pour les satisfaire tous-. »

Les procès de canonisation ont gardé le souvenir de quelques conversions notables. Trois Portugais qui vivaient mal, et ne s'étaient pas confessés depuis cinq ou six ans, lui furent signalés. 11 se fit comme leur compagnon, coucha chez eux^ mangea à leur table, gagna tellement leur confiance qu'il finit par les confesser. C'est l'un d'eux peut-être, Christophe de Castro, qui, dans les enquêtes de 1556, disait : « Venant de Maluco et passant par Amboine, j'avais avec moi une servante. Le Père me sépara d'elle et me confessa. Ce qu'il fit pour moi, il le fit partout pour une foule d'autres^. »

« Portugais et Castillans de la flotte, disait encore Odoard de Soveral Fonseca, qui se trouvait là, avaient tous les vices du pays. Maître François, par son exemple, son autorité, ses prédications les corrigea tous : on aurait dit une tout autre armée, tant ils étaient changés, tant le vice avait fait place à la vertu. Et,.

1 . Do CouTO, Dec. V, I. VIII, ch. 10 (p. 239) ; I. IX, ch. 6 (p. 334) ; I. X, ch. 5 (p. 406) ; Dec. VI, I. I, ch. 4 et 5 (p. 22 et suiv.).

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