II. — Les îles du More
Au bout de trois mois, le Père songea à exécuter ses projets sur ces « îles du More » dont on lui avait dit tant de maP.
Il s'agissait de la péninsule nord-est de Halmahera et des îles voisines, Morotaï et Rieou. Le théâtre de l'apostolat que nous avons à raconter paraît s'être restreint aux rives du détroit qui sépare les trois terres. Le village de Galela, au fond d'une baie, marque peut-être l'emplacement de ce qu'on appelait la « ville » de Tolo. Le bourg de Mamoya n'était pas loin, probablement au pied du volcan Gounoung Mamouja. Les éruptions ont trop bouleversé le sol pour qu'on puisse préciser davantage 2.
Il est tout aussi malaisé de se faire une idée de ce qu'étaient les habitants. Au milieu du xvi^ siècle, le seul Tolo, nous diton, comptait jusqu'à 3.000 familles chrétiennes, près de 25.000 néophytes 3. Cent ans après il restait 3.000 chrétiens-*. Aujourd'hui à peine rencontre-t-onlà quelques milliers d'Alfourous venus d'ailleurs. Les causes de ce déclin sont multiples, guerres incessantes, razzias des musulmans marchands d'esclaves, tremblements de terre et sinistres volcaniques, à quoi sans doute il faut ajouter le système colonial hollandais, qui jadis ruinait les pays que les Compagnies ne pouvaient exploiter.
Au temps de saint François Xavier le gros de la population se composait d'Alfourous. L'état présent de Mindanao donnerait, ce semble, une idée assez juste de ce qu'étaient les îles du More, voilà quatre siècles. Certains cantons occupés par les MoroSj Malais musulmans; ailleurs, des autochtones de toute
1. On disait indifféremment l'ile, les iles, la cote du More, ou simplement o Moro, Homoro. Ce dernier mot semble être l'expression indigène, quia donné lieu à la terminologie portugaise. Les Maures, les Moroa des pays voisins, comme Mindanao, n'ont rien à voir ici, semble-t-il. Plus tard, la région forma une des quatre capitaineries des Moluques (Amboine, les îles des Papous, Maluco, les îles du More). On la divisait elle-même en deux parties : Morotia, le « Moro de la terre », péninsule septentrionale de Halmahera, chef- lieu Gilolo; — Morotai, le « Moro de la mer », composé des deux îles Morotaï et Rieou (SousA, I, p. 336; — L. de Guzman, Hist. de las Misiones... 1891, p. 107).
2. Annales de VExtrême-Orienf ^ janvier 1879; — A. Petermann, Mittheilungen, 1873, p. 210. — Reclus, p. 511, 545; — Crawford, Dict. ofthe Indianisiands, au mot Morotaï; — Vivien de S. Martin, Dict., au mot Morotaï.