‹ Saint François XavierChapitre 343 sur 820 · Annales, loc. cil · texte numérisé non relu

Annales, loc. cil

DANS LES MOLUQUES DU >'OBD 39l>

Maures gâtaient leur cause par leurs violences, et ces violencesprovoquèrent par contre-coup l'entrée du christianisme.

C'était en 1533, douze ans avant l'arrivée de Xavier. Le bourgde Momoya était resté idolâtre avec son chef. Un jour, des pirates musulmans arrivèrent en deux caracoras, ravageant tout sur leur passage. Un marchand portugais, Gonzalve Veloso,. qui faisait des achats dans les environs, conseilla aux indigènes de recourir à ses compatriotes de Maluco. Le mieux serait de se faire chrétiens, ils sauveraient ainsi à la fois et leur âme et leur corps. Peu après Veloso rentrait à Ternate avec une petite ambassade. Les indigènes revinrent instruits, baptisés, vêtus à la portugaise, enchantés. Le roi partit à son tour et, à son tour, reparut chez lui chrétien. II amenait un prêtre nommé Simon Vaz. Bientôt il fallut envoyer du renfort et un autre prêtre, François Alvarez, se rendit aux îles du More. INIaintenant on passait en niasse à la foi chrétienne ; on brisait, on brûlait, on noyait les idoles. On purifiait les cases qui avaient servi de temples, pour en faire des églises. Une petite garnison portugaise s'établissait à Momoya pour défendre le roi contre ses^ ennemis musulmans. Tout cela était bien brusque. Sur le moment, les Portugais ne virent qu'une chose : un progrès de plus pour eux et pour l'Evangile '.

L'année suivante, un orage ruina tout. Le capitan Tristan d'Ataïde avait compromis la colonie. Un acte de piraterie exercé à Mindanao, et bientôt connu partout aux environs, fit déborder les colères. Le massacre des Portugais fut résolu. Les émissaires de Tidor et de Gilolo vinrent à Momoya. Sept ou huit Européens furent tués. Le prêtre Alvarez et quelques autres, criblés de blessures, échappèrent en barque, furent poursuivis, se défendirent avec valeur, jetèrent à l'eau les ornements d'autel qu'ils avaient sauvés, pour retarder la marche de leurs ennemis en tentant leur cupidité, et parvinrent à gagner Ternate. Dans l'ile de Chiâo, l'autre prêtre, Simon Vaz, fut tué-.

Momoya échappait au Portugal. Qu'allait devenir la foi chré-

1. Do CouTO, D. IV, 1. VKI, ch. 13, p. 294. —Cf. Sousa, I, p. 356, etc.

2. Do CouTO, D. IV, 1. IX, ch. 4, p. 333. L'île de Chiâo, donnée par do Couto comme « principal de Morotay », doit être le Morotaï actuel.

tienne? Le sultan de Gilolo, nommé Gatabruno, menait guerre ouverte contre l'Evangile. Partout où il y avait des baptisés, ses flottes portaient la persécution. Le chef chrétien de Momoya fut assiégé à son tour, avec quelques Portugais qu'on lui avait envoyés de Ternate. Bientôt, se voyant perdus, ces derniers s'enfuirent dans les bois où ils furent massacrés. D'autres disent qu'ils se rendirent à merci. Momoya fut pris, pillé, brûlé. Les néophytes durent apostasier. Le chef tenait encore dans sa forteresse. Il résista le plus qu'il put. Enfin, voyant que c'était fini, il crut bien faire, dans son ignorance, pour sauver l'âme des siens et les empêcher d'abjurer, de les tuer jusqu'au dernier. Fait prisonnier le lendemain, il en imposatellementà ses ennemis par sa fierté, qu'ils le laissèrent libre (1536)^

La chrétienté des îles du More n'existait plus. Le successeur d'Ataïde, Galvano l'apôtre, fut sur le point de la ressusciter (1538). Vers ce temps-là, un corsaire écumait l'archipel, s'en prenait partout aux chrétiens et menaçait Ternate. Le capitan équipa une flotte, emprunta aux sultans de Tidor et de Ternate leurs caracoras de guerre et confia l'expédition à un prêtre, Fernand Vinagre. L'aff'aire fut menée rondement. Une fois le corsaire vaincu, le soldat missionnaire fit une croisière à travers les îles, encourageant les chrétiens et baptisant les infidèles.

Des prêtres revinrent à Momoya. Plusieurs apostats se convertirent. Mais, à leur tour, les missionnaires furent empoisonnés et, depuis ce temps, personne n'osait plus s'aventurer à prêcher la foi en ce triste pays^.

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