‹ Saint François XavierChapitre 374 sur 820 · Process. i.',.'6, Goa, n. 9 et · texte numérisé non relu

Process. i.',.'6, Goa, n. 9 et

siècles, les chercheurs d'aventure méditaient sur ces lignes de Marco-Polo : « Une isle en Levant qui est en la haultemer, loings de la terre ferme mille cinq cens milles; et est moult grandisme isle. Les gens sont blancs et de belle manière. Hz sont idolastres et se tiennent par eux; et si vous dy qu'ils ont tant d'or que c'est sans fin; car ilz le trouvent en leurs isles. Ils sont pou de marchans qui la voisent, pour ce que c'est si loings de 1» terre ferme. Si que pour ceste raison leur habonde l'or oultre mesure. » Et le voyageur poursuit, décrivant par ouï dire le palais du roi couvert d'or, comme nos maisons et églises le sont de plomb ; pour pavé, des plaques d'or épaisses de deux doigts ; sur les murs, sur les fenêtres, partout de l'or ; sans parler des perles, des pierres précieuses, etc. C'est le Cipangu que Christophe Colomb cherchait par delà les Antilles. Pendant plus de cinquante ans, la merveilleuse terre resta inabordable. Les Portugais ne dépassaient pas la Chine, plus proche et déjà si riche. Les Espagnols s'égaraient trop au sud, vers les Philippines. Quant au Japon lui-même, il se maintenait volontairement enveloppé dans son mystère. Les jonques chinoises le visitaient; mais ses barques, à lui, restaient comme collées au rivage. On trouvait partout des Chinois, de Ceylan à Singapour et des Moluques en Corée. Les Japonais n'y apparaissaient que par hasard. Tout à coup, en 1542, au moment où Xavier débarquait aux Indes, le voile fut déchiré K

Une jonque s'en allait de Macassar en Chine, Elle portait trois marchands Portugais, x\ntoine de Motta, François Zeimotto et Antoine Peixoto. Soudain, probablement lorsque après avoir dépassé les Philippines ils se trouvaient presque au but, en face de Canton, un typhon les prit et les emporta, vingt quatre heures durant, bien au nord, jusque sur l'ileTanega, le chaînon le plus septentrional des îles Riou-Kiou^.

1. Il n'est pas impossible que des Européens, et même des missionnaires, aient été jusqu'au Japon avant cette date. Les annales dommicaines réclament pour les Frères Prêcheurs l'honneur d'avoir donné à ce pays son premier évèque au xiv» siècle. C'était un Français, il s'appelait Guillaume et vécut à Ochia (lloki) dans le Nippon (Le Quien, Oriens C/irislianus, p. l'tl'i). Piien d'invraisemblable : n'y avait-il pas déjà en Chine une hiérarchie ?

2. Annaliste de Macao, Chos, t. II, p. 4r.. — Sur l'auteur de ces annales, voir Cros^ ir, p. 37.

Les naufragés furent bien reçus. Les insulaires, gens paisibles et hospitaliers, les soignèrent de leur mieux, quitte à noter dans leurs chroniques que ces Nam-ban^ « barbares du Sud », ignoraient les lois delà politesse, se laissaientalleràleurs passions, étaient inconstants, voyageant de-ci, de-là sans se fixer, échangeant ce qu'ils avaient contre ce qu'ils n'avaient pas, par ailleurs pacifiques. Puis ils les dirigèrent vers le port voisin d'Akaoki. En retour decette hospitalité, les Portugais apprirent aux Japonais à construire et à manier des arquebuses ^ Ils ne quittèrent pas les îles sans espoir de retour. Ils parlèrent à Malacca de ce peuple inconnu, comme de gens polis, aimables, très fiers et curieux de s'instruire. Ils n'avaient pas la sauvage défiance des Chinois. Ils s'intéressaient aux produits d'Occident. Dès lors les relations commerciales furent nouées.

Un vaisseau portugais parut à Bungo, principauté au nordest de l'île Kiu-siu. « On négocia sans mot dire, lisons-nous dans une histoire manuscrite de l'Eglise du Japon, les poids et les balances servant de paroles. Le duc de Bungo, père du duc François qui s'est fait chrétien, voyant les richesses du vaisseau, voulait tuer les Portugais pour s'approprier la cargaison; son fils l'en dissuada en lui disant qu'un pareil acte le déshonorerait, étant contraire à la raison et aux sentiments de respect et de bienveillance toujours dus aux étrangers 2. » Une autre ville, Gangoxima^, au sud delà même île, fut aussi visitée par les marchands. Le commerce ne devait pas être seul à en profiter cette fois.

En 1546 ou 1547, un Japonais, qui connaissait les Portugais, ayant commis un meurtre, se réfugia de nuit sur un de leurs vaisseaux''. Le capitaine, Georges Alvarez, l'accueillit et l'emmena. Il s'appelait Yajiro^. C'était un homme de la classe

1. Clironique de la l'ainlUe Yaita, cité dans Mans Haas, Geschichte des CIn-lstentums in Japan. t. I, p. 29.

2. Cité dans Gkos, loc. cit. Ici encore Pinio nous donne ce même récit, agrémenté d'anecdotes où il joue le principal rôle.

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