Epistolae Mixtae, I, p. 559, lettre du P. Jean d'Aragon
désir de voir celui qui remplaçait pour eux Ignace et Rodriguez. Il est intéressant de surprendre dans leur correspondance la première impression que le saint fit sur eux.
Au mois de novembre 1548, le Fr. Balthazar Nunez mandait aux Pères de Coïmbre :
« Il faut d'abord queje vous donne des nouvelles de notre bon et vénérable Père^. Il est de taille moyenne, grand comme notre Père Manuel de Nobrega^. Sa démarche est distinguée, sans rien d'affecté. Il a le visage ouvert, les yeux toujours au ciel et mouillés de larmes, les lèvres pleines de sourire 3. Il parle peu, mais ses paroles sont à faire pleurer. On n'entend sortir de sa bouche que : « Christ Jésus, très Sainte Trinité! » Et il ajoute : « O mes frères et compagnons, combien notre Dieu est « meilleur que nous ne pensons ! Réfléchissez-y, pour lui en ren- « dre grâces et louanges. Ily a si peu de temps que notre sainte « Compagnie a été confirmée, sept ans au plus, et nous voyons « que le Seigneur a voulu opérer en elle tant de choses ! Nous le « voyons, mes bien-aimés compagnons, les uns sont à Rome, les « autres à Valence, à Candie, à Coïmbre, à Sante-Foi de Goa, « d'autres àSocotora^, au cap Comorin, à Malacca, à Maluco, au « Japon où j'irai prochainement. » Ces paroles, mes Pères, il les disait avec tant de dévotion que nous avions tous envie de pleurer. Tout cela, dit avec cet amour et cette charité, était pour nous encourager, nous faire concevoir une ferveur spirituelle plus grande, de grands desseins et le désir d'affronter fatigues et labeurs.
« Dans les pays qu'il traverse, il laisse un renom que l'on ne peut imaginer. Ce sont là choses que je ne puis écrire : elles sont de telle conséquence qu'on ne peut les confier au papier. Seulement, os justi meditabitur sapientiam et lingua ejus loquetur judicium>. Sa renommée est telle dans l'Inde qu'il est connu partout. Le plus heureux est celui qui peut se dire son ami plus intime.
1. De nosso boni padre e pai. Nunez joue sur le sens de ces doux mots qui signifient ^^ père » ; mais pai a le sens plus restreint de « progéniteur ».
2. Le P. de Nobrega, fondateur en 1549 de la mission du Brésil.