‹ Saint François XavierChapitre 4 sur 820 · I. — La Famille · texte numérisé non relu

I. — La Famille

Le mardi saint, 7 avril 1506, au château de Xavier, en Haute Navarre, naissait le sixième enfant de dona Maria de Azpilcueta et du docteur don Jean de Jassu, conseiller du roi, et seigneur de Xavier et Ydocin. Il reçut le nom de François^.

Gomme Ignace de Loyola, François Xavier sortait donc de la race basque, ardente et forte, féconde en marins, en missionnaires, en conquérants de mondes nouveaux. Gomme lui, sur les genoux de sa mère, il parla cette énigmatique langue euscarienne, qui reste encore isolée au milieu des idiomes connus et classés. Plus tard, en Orient, il lui arrivera d'écrire : « Eux (les Indiens), parlent le malabar ; moi, ma langue est le basque 3. » Mourant, on l'entendra prier en une langue inconnue, et l'on se demande si, au dernier moment, les mots qui lui revenaient sur les lèvres n'étaient pas ceux qu'il avait appris de sa mère^.

Faut-il dès lors le compter parmi les saints espagnols ? La question peut sembler étrange ; mais elle se posa quand l'apôtre

1. Pour toute la période navarraise de la vie de François, les ouvrages à consulter avant tout sont ceux du P. L. J.-M. Cros : Saint François de Xavier^ son pays, sa famille, sa fie. Documents nouveaux, 1" série, Toulouse, 1894 (la seconde série n'a pas encore paru); Saint François de Xavier, sa vie et ses lettres, 2 vol. in-8o, Paris-Toulouse, 1900.

2 Cette date a été fixée par le P. Poussines, De anno natali S. F. X. dissertatio, 1677-1680 (Cros, Doc., p. 131, Vie, t. I, p. 48). On la lisait dans le livre de famille de D. Jean de Azpilcueta, frère du saint, copiant le livre de raison de ■jon père.

3. Mon. Xuc, t. I, p. 279. Aujourd'hui Xavier est en dehors de la zone où l'on parle basque.

4. Cros, Vie, t. II, p. 348. Le Chinois Antonio, qui nous a conservé ce détail, sachant le portugais, aurait compris l'espagnol. Quelle était alors cette langue inconnue.'

fut canonisé. Il y avait à peine un siècle que la Navarre avait perdu son autonomie. Pour les quatre cinquièmes, elle appartenait à l'Espagne ; le reste était au roi de France. Que mettra-t-on dans la légende du bréviaire, hispanus ou navarrus? Le sol où François était né, avait pu être conquis, il n'était pas encore assimilé. Plaidoyers pour et contre. Survinrent les Français : sous prétexte que Jassu, lieu d'origine de la famille, était situé sur l'autre versant des Pyrénées, en Navarre française, ils voulurent à leur tour accaparer l'apôtre. Le général des Jésuites, J. P. Oliva, à qui l'on recourut, se récusa ; et Rome écrivit simplement au bréviaire que François était né diocésain de Pampelune ^

Il appartenait aux premières familles de Navarre. Ne nous laissons pas éblouir par les titres cependant. Rien de plus simple que les cadres nobiliaires en ce pays patriarcal. Au-dessus des roturiers, les infanzones ^ puis les hidalgos^ et rien de plus. Hiérarchie très élémentaire, et aussi très élastique. 11 était facile d'y franchir le degré suprême : l'histoire des Jassu en est la preuve.

Cent cinquante ans avant la naissance de François, dans un petit village de Basse Navarre, à Jassu^, près de Saint-Jean-Piedde-Port, vivaient de petits gentilshommes, des infanzones probablement, les Echeberria. Au milieu du xiv® siècle, un cadet, nommé Pedro, se fixa dans la ville voisine, y fonda la famille des Jassu, etfit fortune. II. était fermier de l'hôtel royal des poids et mesures. Son fils aîné Pedro Periz lui succéda et devint bailli. Un cadet, Arnalt Periz, fit rapidement son chemin dans les finances. Vers 1445, il devenait, avec son frère Bernard, auditeur à la Cour des comptes, et épousait la fille d'un de ses collègues le seigneur de Atondo. L'anoblissement des Jassu était chose faite. Un siècle plus tard, dans une enquête provoquée par notre saint sur ses preuves de noblesse, un témoin dira :

« J'ai connu Arnalt Periz de Jassu et sa femme Guillerma de Atondo. Je les ai vus vivant grandement en leurs maisons,

1. Cuos, Doc, p. 143-14i. Un dernier t'ciio de ces coiid'ovcrses se retrouve dans la Revue des questions hlsioiiques, 1880, t. 28, p. 214, article de M. l'abbé Soubielle sur Les Orii^ines françaises de S. F. X.; — en 1881, t. 30, p. 22C, réplique de M. Haristoy. Voir encore lioletin de la real Academia de la historia^ Madrid, 1"' janvier, 1881.

2. On dit encore Jasso, Jaxii. Les basques prononcent yaisou.

comme étant des principaux du royaume, caballeros tenant écuyers et vêtus ainsi qu'il convient à des hijosdalgo. Les armes du palacio de Atondo étaient : « Sur champ d'azur deux bandes d'or, entre lesquelles deux croissants du ïnême'. » Les Jassu avaient pris pour blason un ours accoté à une yeuse.

Arnalt de Jassu et Guillerma de Atondo sont les aïeuls paternels de saint François Xavier. Ils eurent six enfants dont deux garçons, Jean et Pierre. L'aîné continua, à la cour des rois de Navarre, les honorables fonctions de son père. Reçu docteur « es décrets» dans la « glorieuse mère des sciences », l'université de Bologne 2, il devint en 1472 maestro de finanças à la Chambre des comptes, puis en 1476 alcade de la Corte majoi\ le parlementnavarrais. En 1478, en récompense de ses loyaux services, le roi Jean transforma la terre d'Ydocin, que le docteur tenait de sa mère, en bien noble de première classe^.

Le jeune magistrat voyait donc grandir sa fortune. Son mariage, entre 1475 et 1480, lui apporta mieux encore : il épousa celle que Dieu destinait à être la mère d'un saint. Cet avenir surnaturel, seule gloire durable des Jassu, restait caché : l'on ne discernait qu'une chose alors : les avantages brillants de cette alliance'^.

Dona Maria de Azpilcueta était fille d'un soldat, plus riche, nous dit-on, de vaillance que d'argent, et dont le castillo^ dans la vallée de Baztan, défendait la frontière du côté de la France. Par sa mère, dona Joana de Aznarez, elle se rattachait aux plus vieilles familles de Navarre. On trouvait parmi ses ascendants un duc, EridonAznar, ancêtre commun desroisde Navarreet d'Aragon. De ce chef, elle avait pour palacio la vieille petite forteresse royale de Xavier \

C'est dans un coin reculé, à l'ouest du royaume, en pays perdu, loin desgrands chemins. Naguère encore, pour y aborder,

1. Gros, Doc, p. 37-39. Les deux blasons se voient, p. 46, sur le diplôme de doctoi-i.t délivré à D. Jean de Jassu.

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