IV. — Au royaume de Kandy
Le Père François ne resta pas plus de dix ou quinze jours à Manapar. 11 avait hâte d'aller porter ailleurs ses conseils et ses consolations. De plus, une grosse affaire, et de grande conséquence pour l'Evangile, l'attendait à Ceylan.
On se souvient que, trois ans auparavant, 1545, quand il quittait l'Inde pour Malacca, c'était le cœur navré d'avoir vu échouer tousses plans pour la conversion des Cinghalais.
La situation n'avait fait qu'empirer. Le massacre de Manar demeurait impuni. Les deux jeunes princes sur lesquels on comptait étaient morts. Leur père continuait sa politique à double face. Xavier pourtant espérait quand même. Il espérait si bien que nous l'avons entendu déclarer que, si Jean III et les gouverneurs le voulaient, en un an l'île serait chrétienne^. En fait les Portugais étaient moins influents sur les rois cinghalais qu'il ne l'imaginait. Mais certains indices pouvaienttromper. Vers ce temps-là en effet, un royaume de l'intérieur les appe^ lait, eux, leurs soldats et leurs missionnaires.
La principauté de Kandy, au centre des montagnes, s'était jusque-là fermée à l'Evangile. Aussi bien était-ce une terre sainte pour les indigènes; on y vénérait sur un rocher l'empreinte du pied de Bouddha, et, dans une pagode, l'une de ses molaires. Les rajahs s'étaient tenus à l'écart des alliances étrangères et les Kandyens passaient pour les tenants irréductibles du nationalisme cinghalais. Mais la politique a ses exigences. Le rajah Jaya-Weira ^ était en lutte avec son voisin du Geyta-
l.Mon.Xav.,^. 845-853.