‹ Saint François XavierChapitre 455 sur 820 · Mon. Xav., p · texte numérisé non relu

Mon. Xav., p

feriez, mon frère bien-aimé, si vous nous arriviez avec sept ou huit prédicateurs, sans parler des autres qui n'auraient pas le même talent! Mais il leur faut une grande mortification, ils doivent avoir été éprouvés pendant de longues années. Les lettres ne leur seraient pas nécessaires pour l'apostolat des infidèles, car les indigènes sont ici très barbares et très ignorants. Mais en revanche il leur faut une forte vertu et une bonne santé ^.. » Rodriguez réformerait ce qui doit être réformé, puis il viendrait le rejoindre au Japon 2.

« Faites en sorte, continue le saint, réfutant sans le dire les idées chères au Père Gomez, que, tous les ans, il nous arrive des missionnaires, mais prêtres pour la plupart. Pas de novices : on ne pourrait les employer dans les collèges; ils n'ont ni la vertu ni l'expérience suffisantes pour travailler auprès des infidèles^... 11 nous faut des hommes entre trente et quarante ans, humbles, doux, patients, chastes surtout '...

« Pour vous, mon bien-aimé frère Simon, venez vite. Vous le voyez, j'ai un défaut quand je vous écris, je ne puis plus finir, vous devinez par là du moins quel plaisir j'y trouve, surtout lorsque vos lettres, à vous, m'ont provoqué. Allons ! je termine, mais le moyen de finir? J'espère que nous nous reverrons un jour en Chine ou bien au Japon. Certainement au ciel^. »

Il fallait bien parler aussi du recteur de Goa. Ecrivant à Rodriguez, il n'oublie pas que Gomez était l'homme de son choix. Il se garde de récriminer. 11 enveloppe le supérieur brouillon dans l'éloge général qu'il fait des derniers venus. Il ajoute seulement, sans commentaire, que Gomez ira prêcher à Ormuz : son éloquence y fera grand bien, c'est là son vrai talent. Barzée, qui s'est déjà montré bon « ministre » au collège, le remplacera^. Parlant à saint Ignace, il est beaucoup plus net, et telle de ses plaintes, à travers le Père Gomez, atteint Simon Rodriguez lui-même. « Si vous envoyez quelqu'un, mon Père, comme recteur de Sainte-Foi, tant des élèves

o. Ibid. Simon Rodriguez avait plusieurs fois manifesté le désir d'aller aux Indes. iTpis^ PP. BroHi... lioderici, p. 531, 607, etc. 6. Mon. .Yac, p. 485, 486.

indigènes que de ceux de la Compagnie, il lui faut nécessairement deux qualités, entre toutes nécessaires à un supérieur. D'abord une grande obéissance pour qu'il se fasse aimer et des chefs ecclésiastiques et des séculiers qui gouvernent. Il faut qu'ils sentent en lui, non pas l'orgueil, mais une profonde humilité. Je le dis, mon Père, parce que, dans ce pays, cléricales et séculières, les autorités veulent être très obéies. Si elles sentent en nous cette docilité, elles feront tout ce que nous désirerons. Si elles sentent le contraire, elles se scandaliseront.

« La seconde qualité c'est d'être affable et paisible avec les gens, sans raideur, usant de tons les procédés pour se faire aimer, surtout de ceux à qui l'on commande, indigènes ou membres de la Compagnie, présents ou à venir. Rien par rigueur et crainte servile. Car, à ce régime, beaucoup sortiraient de la Compagnie, bien peu y resteraient, indiens et autres. Je dis cela, Père de mon âme, parce que ceux de la Compagnie ici sont peu édifiés de voir le Père Gomez' arriver muni de pleins pouvoirs pour faire saisir, jeter aux fers et expédier à Lisbonne ceux qui lui paraîtraient mal édifiants^.

« Jusqu'à cette heure, il m'avait paru que ce n'est pas par force, contre la volonté des gens, à moins que ce ne soit la force de l'amour et de la charité, qu'il fallait les retenir dans la Compagnie. Ceux qui ne me semblaient pas nous convenir, je les congédiais malgré tous leurs désirs de rester. Quant aux autres, pour les affermir dans leur vocation, je les traitais avec amour et charité, tenant compte des grands travaux qu'ils ont à endurer ici pour Dieu, et cela, parce que, à mon avis. Compagnie de Jésus, cela veut dire compagnie d'amour et de conformité d'esprit, et non pas de rigueur et de crainte servile. Ce compte des choses de l'Inde, je le rends à votre sainte charité afin qu'elle pourvoie au plus tôt à cette charge, envoyant une personne capable, sachant commander sans que l'on sente en elle autre chose que le désir d'obéir 3. »

1. La copie reproduite par les Mon. Xav. porte simplement N. C'est un de ces cas sans doute que signale le P. Gros, où le nom du P. Gomez a été efiFacé dans les documents (Ckos, II, p. 251,252).

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