Sel. Ind. Ep., p
G. Mon. Xav., p. 504, 506, Sel. Ind. Ep., p. 120, 126, 156.
nombre de ses maisons sur la seule côte occidentale. On le voit, pour ce qui est des œuvres d'instruction, l'Inde n'était pas en retard sur FEurope. Alors que, là-bas, saint Ignace ne se décidait que lentement à accepter pour son ordre l'œuvre extérieure de l'enseignement, ici, pressé par les circonstances, François comprenait qu'il était impossible à la Compagnie de se dérober à ce surcroît de ministère.
Ces écoles contribueront à renouveler l'esprit chrétien et prépareront, il faut l'espérer, des générations meilleures. Mais peut-on en attendre davantage? Doit-on compter sur elles pour le recrutement des ouvriers apostoliques ? C'est la question délicate du clergé indigène et colonial. Nous n'avons pas à la discuter au point de vue théorique; elle est toute résolue. Voyons seulement dans quelle lumière spéciale, en 1549, elle se présentait à l'esprit de notre saint.
Xavier ne se demande pas si la colonie pourra se fournir sur place d'un clergé séculier portugais: le problème n'est pas de son ressort. Pour la Compagnie, il est clair qu'elle devrait tendre à se recruter aux Indes: mais est-ce possible? Il peut y avoir de bons candidats parmi les colons récemment venus d'Europe, pas encore touchés par la mollesse asiatique. Reste à savoir où ils en sont de leurs études. Le plus souvent ils ne savent rien, et, pour le moment, ce n'est pas aux Indes qu'ils pourront recevoir leur formation sacerdotale ^ A plus forte raison, les Portugais nés dans l'Inde pourront difficilement être promus aux ordres. On les recevra, mais pour être maintenus dans les offices domestiques. En faire des missionnaires, il n'y faut pas songer. Les vrais missionnaires doivent venir d'Europe déjà prêtres et complètement formés.
Les indigènes peuvent-ils être promus au sacerdoce ? Le collège Saint-Paul n'existe que pour cela, et Xavier y a envoyé des élèves paravers et moluquois. Faut-il multiplier les ordinations de telle sorte que les Indes puissent se suffire à ellesmêmes ? C'est ainsi qu'aujourd'hui la question est quelquefois posée. Xavier répondait négativement, et cela parce qu'aux Indes il y avait des Portugais. Il leur fallait des prêtres de leur
1. Mon. Xac,f. 728. Cf. Sel. Ind.Ep., p. 87, quelques remarques du P. Gomez.
race; jamaisils ne consentiraientà se confesser à des indigènes^ Les Indes chrétiennes se confondant encore avec les Indes portugaises, ce qu'il fallait aux colonies c'était un clergé colonial, c'est-à-dire mêlé, comme la population elle-même.
Le saint avait espéré, au début de son apostolat, que le nombre des prêtres indiens irait grandissant, et, avec lui, celui des baptisés 2. L'expérience lui a-t-elle laissé son bel optimisme ? Il n'y paraît pas. Dans la suite, s'il parle de ses prêtres malabars, c'est pour recommander qu'on les surveille, et qu'on les châtie au besoin 3. En 1549 il écrira aux Pères du séminaire: « Travaillez fort à instruire des garçons chinois et japonais... qu'ils sachent lire, écrire et parler le portugais, pour être les interprètes des Pères qui iront au Japon et en Chine ^. » Du sacerdoce à leur conférer, pas un mot. En somme, l'apôtre des Indes paraît avoir eu sur le clergé indien exactement les mêmes idées qu'ont aujourd'hui ses successeurs, évêques et missionnaires : il est indispensable, il est difficile à former, il est insuffisant.
Pouvait-on maintenant songer à recruter la Compagnie parmi les indigènes ?La réponse n'est que trop claire. Il n'y faut absolument pas songer. Sans doute, aucune raison a priori n'excluait les Indiens de la vie religieuse. De fait, bon nombre y font aujourd'hui excellente figure. Mais ils ont par derrière eux plusieurs générations de christianisme ; vers 1550 il n'y avait que des néophytes. Aussi, sans rien préjuger d'un avenir plus lointain, s'en tenant à ce qu'il pouvait toucher du doigt, Xavier ne comptait pas sur les recrues du pays. Quelques lignes à saint Ignace nous montrent le fond de sa pensée, et même, à la prendre à la lettre, son appréciation s'étend jusque sur le recrutement du clergé séculier : « J'ai l'expérience de ce pays, et je vois très clairement, ô mon unique Père, que, du côté des Indiens, nous n'avons pas à espérer que jamais la Compagnie puisse se perpétuer par eux. Le christianisme durera ici tant que nous y durerons, nous qui y sommes, ou tant que vous y