Mon. Xaf., p
enverrez du monde. » La raison qu'il en donne n'est peut-être pas celle que nous attendrions, tirée des défauts de la race. Ces défauts, il les ignorait moins que personne. Mais une chose eût manqué aux prêtres et aux religieux indigènes, la considération. Or, selon lui, la faute en était aux Européens, à la situation inférieure où ils maintenaient les néophytes, aux persécutions qu'ils avaient à souffrir: «Je n'entre pas dans le détail, dit-il, ce serait trop long; et j'ignore entre les mains de qui pourrait tomber ma lettre ^ »
A la formation rapide d'un clergé indien, il y avait d'autres obstacles, et plus profonds que celui que Xavier indique ici: mais ils ne s'imposeront que lentement à l'attention des missionnaires. Défauts de la race et surtout t3Tannie des castes. Qu'était le mépris des Européens pour les « prêtres noirs », au prix de l'aversion quasi physique du brahme pour le soudra et du soudra pour le paria? Là sera, dans l'Inde, l'obstacle longtemps insurmontable^. En pays portugais, les difficultés s'atténueront. Le mépris pour l'indigène disparaîtra à mesure que se formera la race nouvelle des Goanais. Elle sera vraiment indienne, au même titre que beaucoup d'autres races mêlées du pays, et, comme elles, gardera la division des castes. Elle aura son clergé abondant, complet^, digne ou scandaleux selon qu'il aura été bien ou mal formé, aujourd'hui capable de soutenir la comparaison avec bien des clergés européens, et se recrutant exclusivement dans les castes hautes.
En 1549, la situation amoindrie où les Portugais tenaient encore les Indiens baptisés s'opposait à tout progrès sérieux, non seulement du clergé, 'mais de toute propagation évangélique. Nous avons parlé plus haut des récents abus commis à la Pêcherie: un mémoire détaillé sur la question était envoyé au roi. Par le même courrier, Xavier recommandait à Jean III un Franciscain, qui s'en allait à Lisbonne porter les doléances des missionnaires de Ceylan. Il lui disait: