Mon. Xav., p
2. Pour comprendre les diflScullés de cette œuvre, rien ne vaut la lecture de l'Histoire des missions de l'Inde, par A. Launat (des Missions Étrangères), 4 in-8°, 1898.
3. Sauf l'épiscopat qui reste portugais. Sur ce clergé à l'heure actuelle, voir Mgr Zaleski, Ceylan et les Indes, Paris, Savine, 1891, p. 323.
« Je n'écris pas à Votre Altesse le détail des défaveurs et mauvais traitements qu'ont à souffrir les néophytes. Le Père fray Jean de Villa de Gonde, qui part pour le Portugal, vous l'exposera en toute vérité. Daigne Votre Altesse lui marquer sa reconnaissance pour tout ce qu'il a enduré dans ce pays en vue de la gloire de Dieu, et afin de décharger votre conscience.
« Il a supporté de rudes et continuels labeurs corporels, mais ce n'est rien au prix des peines de Tâme que lui causait la vue des mauvais traitements infligés par les capitans et facteurs aux nouveaux convertis, qu'ils eussent dû soutenir. Cela est intolérable, c'est un vrai martyre de voir ainsi miner ce qu'on a bâti, sans pouvoir faire autre chose qu'en souffrir.
«Ici, nous sommes absolument certains que le roi de Geylan envoie à V. A. une longue relation des services à vous rendus par lui. Sachez qu'en la personne de ce roi, Dieu a un grand ennemi à Geylan. Or ce roi, on le favorise et il use de cette faveur pour faire tout le mal possible. Il m'en coûte de l'écrire, mais l'expérience du passé est là, et nous craignons de voir Votre Altesse favoriser ce roi plus que les Franciscains de Geylan. Je le sais, V. A. ne peut rien dans l'Inde pour y propager la foi deJésus-Ghrist ; tout ce qu'elle peut, c'est d'acquérir et de garder des richesses temporelles.
« Que Y. A. me pardonne de lui parler avec cette clarté. A cela m'oblige le sincère amour que je lui porte. Je sens que l'heure du jugement approche avec la mort, et nul, si puissant qu'il soit, n'y saurait échapper. Pour moi, Senhor, je vois ce qui se passe ici : V. A. enverra, en faveur des chrétiens, des ordres et provisions ; je n'espère point les voir exécutés. Voilà pourquoi je m'enfuis au Japoa : je n'ai quasi pas d'autre motif. J'ai déjà perdu trop de temps, je n'en veux pas perdre davantage...
« Daigne Notre-Seigneur donner à Votre Altesse le sentiment intime de sa très sainte volonté, avec la grâce de l'accomplir parfaitement, aussi parfaitement qu'elle voudrait l'avoir fait à l'heure de la mort, quand il lui faudra rendre compte de la vie passée, et cette heure est plus proche que vous ne croyez. Tenez'vous donc prêt. Royaumes et seigneuries, tout a une
fin. Ce sera chose nouvelle pour vous, et bien inattendue, que de vous voir, à la mort, dépossédé de tout cela et d'entrer en d'autres royaumes où vous serez mande; plaise à Dieu que ce ne soit pas hors du paradis'. »
Que l'on compare cette lettre à celle que le saint écrivait au roi moins d'un an auparavant. Tout ce qu'il pouvait avoir alors de confiance dans la bonne volonté des autorités coloniales s'est évanoui. Il n'écrirait certes plus aujourd'hui : « Que V. A. commande, et, à bref délai, l'île sera chrétienne. » C'est que, de toutes parts, les ordres du roi se heurtent à quantité de mauvais vouloirs.
Et voici par exemple Kandy. Il y avait bien des mois déjà que les secours promis au rajah étaient prêts. Le vaillant Antoine Monis Barreto et cent cinquante hommes attendaient le signal du départ, et, ce signal, le nouveau gouverneur ne le donnait pas. Sur quoi le supérieur des Dominicains, Diogo Bermudez, écrivait : « Les progrès du christianisme faisaient espérer que la conversion de tout le pays ne pouvait tarder. Mais tout se défait et se dissout. La faute n'en est pas au roi Jean III, mais les gens d'ici ne sont venus aux Indes que pour amasser de l'argent et ils donneraient au diable tout Ceylan et leurs âmes pour un teston. » Les chrétiens persécutés par leur roi (de Cotta) et parle capitan (de Colombo) ou ses employés ne reçoivent aucun secours du gouverneur. De là des apostasies. Et « notre péché est bien grand, car, les ayant baptisés, nous avons l'immense obligation de leur venir en aide». « Tout cela, continue le Dominicain, nous décourage. L'évéque, Maître Frauçois, les autres Pères en sont tous tristes et perdent cœur^. »
L'affaire en était là au moment où Xavier préparait sa « fuite » au Japon. Peut-être cependant, à la dernière heure, eut-il la consolation de voir qu'on se décidait à agir. Barreto partait enfin. Mais les Portugais devaient payer cher cette année d'inertie. Dans l'intervalle, ie roi de Cotta avait retourné son voisin de Kandy; il lui avait persuadé que l'intérêt de tous était de s'unir contre les Portugais. Barreto allait à un guet-apens. II ne s'en tira qu'en faisant des prodiges de valeur. Mais une fois