I. — Le recteur du collège
Les vaisseaux de Malacca ne devaient partir qu'en avril. François avait deux mois devant lui pour régler les affaires de la mission en vue d'une longue absence. 11 était à Gocliin et allait reprendre le chemin de (ioa quand parut le Père Barzée.
Barzée venait lui rendre compte d'une importante affaire à lui confiée par le Père Gomez. On se rappelle cette ville de Chalé qui naguère avait demandé un collège, et d'où Xavier avait retiré le Père F. Enriquez. Goniez avait projeté d'y transférer le séminaire indigène. Il songeait maintenant à y organiser un noviciat. L'endroit semblait bien choisi, à portée de cette principauté de Tanor dont le petit rajah était toujours sur le point d'embrasser l'Evangile. Barzée fut envoyé inspecter les lieux. Quand il eut fini son enquête, fait choix d'un terrain, tout préparé pour un arrangement définitif, il descendit jusqu'à Gochin, rendre compte de tout au Père François'. Le Père François en tout cela avait-il été consulté? On peut se le demander, et il n'y parait guère. Il est certain du moins que, de cette fondation de Chalé, qui était toute prête, il ne fut plus question. Le Père Gomez commençait-il donc à se considérer comme le vrai supérieur de la Compagnie aux Indes?
Peu après, François et Barzée repartirent pour le nord. Mais, laissant son compagnon rentrer à Goa, François poussa jusqu'à Baçaim où il voulait voir le gouverneur Garcia de Sa. 11 fut
i. Barzée, lettre du 10 déc. 1549. Epistolne Indicae de stupendis..., Loiivain, 1556, p. 28, 2it; — A'/J. indicae, Louvain, 1570, p. 18.
réglé entre eux que de nouveaux missionnaires partiraient pour les Moluques, et que les autorités de Malacca seraient averties d'avoir à favoriser le voyage du saint au Japon'. Sans doute il fut aussi parlé de Socotora. Le départ de Cypriano et de Moralez avait été fixé au mois de janvier. Dès décembre, Barzée en parlait comme d'une chose faite, tant l'exécution du projet semblait assurée-. Le 20 janvier, Xavier écrivait que le départ n'était plus qu'une affaire de jours''. Mais, deux mois plus tard, nous trouvons Cypriano fondant une résidence à San Thomé \ Socotora semble abandonné. Que s'est-il passé? Vers ce tempslà, Garcia de Sa concluait la paix avec les musulmans du nord '. Il trouva sans doute le moment mal choisi pour les inquiéter vers l'ouest; car on ne pouvait laisser les missionnaires s'établir à Socotora, sans en chasser les Turcs. La mission fut donc remise à plus tard. Hélas! ce n'était pas la dernière fois. D'autres essais devaient être tentés, et échouer à leur tour*"'. Après trois siècles et plus, Socotora reste sans missionnaires, et il y a longtemps que les dernières traces de christianisme y ont disparu".
Au mois de mars^, Xavier rentrait à Goa. Une tâche délicate s'imposait. Il fallait enlever au Père Gomez sa charge de recteur et l'éloigner. Le saint l'envoyait évangéliser la ville d'Ormuz et le remplaçait par Barzée. Mission de confiance, qui cachait mal une disgrâce. Blessé au vif, Gomez se plaignit à Cosme Anes'^, Le « notaire de la matricule « était plein de bonnes intentions, mais il s'était engoué du nouveau supérieur. De plus il avait besoin de lui. Des ennemis le desservaient auprès du roi: il craignait d'être rappelé en Portugal, et comptait sur