‹ Saint François XavierChapitre 467 sur 820 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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Mais Xavier sentait que, plus que jamais, il allait avoir besoin du secours de Dieu. Ce qui l'attendait au Japon, c'était, sous une forme ou sous une autre, la croix, le martyre peutêtre. Aussi « j'ai un grand désir, dit-il à saint Ignace, que tous les mois, pendant un an, un Père de la Compagnie aille dire la messe pour moi à Saint-Pierre in Montorio^ dans la chapelle où l'on dit que l'apôtre fut crucifié S). Et il finissait sa lettre par ces humbles et affectueuses paroles, un des plus beaux témoignages qu'on puisse apporter de la sainteté d'Ignace :

« Je termine en priant votre sainte charité, ô Père très vénéré de mon âme, à genoux sur le sol, pendant que je vous écris, tout comme si vous étiez là devant moi, de me recommander beaucoup à Dieu Notre-Seigneur dans vos saintes et pieuses messes et prières, pour qu'il m'accorde la grâce de connaître en cette vie sa très sainte volonté et la force de l'accomplir parfaitement. Amen. — Je fais la même prière à tous ceux de la Compagnie '2. »

Le saint en était là de ses projets quand soudain des bruits fâcheux vinrent donner apparence de raison à ses amis. Les vaisseaux de Malacca apportaient la nouvelle que la route (\\x Japon était fermée. Que s'était-il passé ? Il était malaisé de franchir les cinq mille kilomètres qui séparent Malacca du Japon, sans faire escale en Chine. Or, de plus en plus, la Chine refusait de s'ouvrir. Le port de Canton restait interdit : les Portugais étaient réduits à faire la contrebande dans les îles du voisinage. Nous ne croyons pas qu'ils y aient été inquiétés. Mais d'autres s'étaient portés vers le nord. Ils avaient à Liampo, aujourd'hui Ning-Pouo, une petite factorerie. Les hauts manda-

1. La tradition qui met le martyre de saint Pierre à cet endroit est en contradiction avec celle, beaucoup plus ancienne, qui le met au Vatican.

2. Mon. Xav., p. 481. Cet acte de filiale humilité a scandalisé l'historien du Jansénisme français. Sainte-Beuve écrit dans son Port-Royal (t. III, p. 134) : « Cela jure avec la sainte et mâle idée du Christianisme, telle que nous avons été accoutumés à la voir apparaître chez nos amis... iS'ous avons vu à Port-Royal les Directeurs bien honorés et placés bien haut, mais rien de cet agenouillement, rien de cette sorte de bassesse superstitieuse à l'égard de l'homme: le tout était bien plus rapporté en droiture à Dieu et à sou Christ. Lancelot parlant de M. de Saint-Cyran et Fontaine de M. de Sacy, ne séparent jamais leurs noms vénérés de cette qualification de Monsieur, qui est le seul litre en usage à Port-Royal et qui constitue comme le signe respectueux de la personne humaine, etc. « Sainte-Beuve était-il qualifié pour nous dire en quoi consiste l'humilité des saints .'

rins étaient censés tout ignorer. Malheureusement des fautes graves, meurtres et vols, furent commises, et l'ordre arriva de Pékin, à la flotte du Fou-kien, de chasser les étrangers. Le vent contraire l'empêcha de monter jusqu'à Liampo, mais, à Ts'iuen-tcheou 1, elle força quelques navires portugais à s'éloigner. Deux jonques seulement restèrent, où les marchands continuèrent à faire en cachette de bonnes affaires avec les mandarins. Gela se passait en 1548, et ce sont là sans doute les événements qui avaient jeté l'alarme à Malacca^.

11 fallait autre chose pour intimider Xavier. « J'irai quand même, déclara-t-il. En cette vie de labeur, il n'y a de meilleur repos que d'être en péril pour le service de Dieu. »

1. Port jadis très renommé, peut-être le Zaîtoun dont parle Marco-Polo, remplacé aujourd'hui par Amoy.

'1 . Ils sont racontés dans le curieux livre de Gaspar da Cruz, 0. P., Tractado em que se côtammuito por estêso as cousas da China, 1569, Lisbonne, ch. 23 et 24. Cf. Hakluytus Posthumus, or Purchas liis pilgrims, réédition de James Mac-Lehose, Glascow, 1906, t. XI, p. 474, 565 ; — G. A. Moistalto de Jésus, Early Portuguese intercourse with China dans le Boletim da Soc. de Geographia de Lisboa, 1898, p. 650. Le récit de Mendez Pinto, (ch. 221) est, comme toujours, mêlé d'invraisemblables détails. 11 parle de massacres, dont il serait étrange que les chroniqueurs, comme do Gouto, ne nous eussent rien dit.

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