‹ Saint François XavierChapitre 480 sur 820 · III. — Un mois à Malacca (31 mai-24 juin · texte numérisé non relu

III. — Un mois à Malacca (31 mai-24 juin

« Nous avons mis quarante et quelques joursà gagnerMalacca, écrivait Xavier, le 20 juin. Nous y sommes arrivés en bonne santé, le Père de Torrès, les autres et moi. Pas de mal de mer. Le temps était beau : il n'y a pas eu de tempête. Les pirates d'Achen n'ont pas paru : Dieu soit loué à jamais. Enfin nous arrivâmes en cette ville de Malacca, le dernier jour de mai. Nous fûmes reçus par le capitan et par toute la cité. Grands et petits étaient là, très joyeux et très contents '. » C'est trop peu dire; ce retour du Santo Padre fut un triomphe. Entouré de la foule, escorté de ses missionnaires, au bruit des cantiques que chantaient les enfants, bénissant, saluant par leur nom les gens qu'il n'avait jamais vus, il entra dans la ville ^.

Or il avait eu pour compagnon de voyage un gentilhomme, — je cite le Père du Jarric, — « fort détraqué en ses mœurs, car il avoit avec soy dans le navire une personne qu'il traînoit par mer et par terre, sans aucune crainte de Dieu, ny honte des hommes, et qui le traînoit à luy en enfer. Le Père n'ignorant pas quel il estoit, et comment il vivoit, s'accostoit néantmoins de luy, avec telle familiarité que tous en estoient fort esbahis, et disoient entr'eux : le Père ne doit pas cognoistre le pèlerin ny la galande qu'il mène ». Le Père n'ignorait rien, mais, à son habitude, il prit son temps. Comme il mettait pied à terre, il aborda le gentilhomme libertin, et, sans préambule : « Se/ihor, il est temps maintenant. » L'autre comprit, se confessa, renvoya sa complice en lui donnant une dot et commença une vie chrétienne^.

Du vaisseau, Xavier alla droit chez le vicaire épiscopal don Alphonse Martinez, qui se mourait, plus souffrant encore de Pâme que du corps. Le pauvre prêtre, songeant aux trente années passées à Malacca, presque vides de bonnes œuvres, se croyait damné et poussait des cris de désespoir.

A la nouvelle que le Santo Padre était là, il voulut se lever.

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